Le Dagda, l’un des dieux majeurs de la mythologie irlandaise, apparaît dans les textes médiévaux comme un être colossal, puissant et profondément charnel, dont la présence incarne l’abondance de la terre et la force vitale. Dans le Cath Maige Tuired, il est décrit avec un ventre énorme, comparé à un grand chaudron, conséquence d’une gigantesque bouillie qu’il engloutit. Le texte évoque son manteau court, sa tunique gris-brun, ses chaussures en peau de cheval portées avec le poil à l’extérieur et son sexe laissé à découvert.
Il traîne derrière lui une arme gigantesque, décrite comme un instrument à roues que huit hommes auraient peine à déplacer et dont la trace dans le sol est comparée au fossé délimitant une province.
Son apparence était peu convenable : une cape lui descendait jusqu’au creux des coudes, et une tunique gris-brun l’enveloppait jusqu’au renflement de son derrière. Il traînait derrière lui une fourche montée sur roues, que huit hommes auraient eu du mal à déplacer, et dont la trace était assez large pour former le fossé-frontière d’une province. C’est pourquoi on l’appelle « la Trace de la Massue du Dagda ». Son long pénis était découvert. Il portait deux chaussures en peau de cheval, le poil à l’extérieur.
Source : traduction d’Elizabeth A. Gray, Cath Maige Tuired
Le Dagda possède un chaudron merveilleux, une massue redoutable et une harpe magique capable de susciter la tristesse, la joie ou le sommeil.
Le Dagda avait convenu de rencontrer La Morrigane à Glen Edin, au bord de la rivière Unshin pour Samhain. Lorsqu’il la retrouve au bord de la rivière, il la découvre en train de se laver. Elle se tient avec un pied sur chaque rive, enjambant le cours d’eau, et ses cheveux sont dénoués en neuf tresses. Le Dagda lui parle, puis ils s’unissent. Le lieu reçoit alors le nom de « Lit du Couple ».


Le Dagda semble appartenir à une vaste famille de figures mythologiques dont la démesure corporelle, la puissance sexuelle et le pouvoir de rétablir l’abondance participent d’une même logique symbolique. Dans cette perspective, Gargantua peut être envisagé comme une sorte d’avatar folklorique de l’ancien dieu, ou du moins comme une figure qui en prolonge certains traits. Le géant de la tradition populaire, avec son appétit insatiable, son corps démesuré et son rapport direct à la terre, au paysage et aux fonctions corporelles, évoque cette puissance vitale présidant aux limites ordinaires de l’existence.
Le rapprochement avec Priape s’impose également, non parce que les deux figures seraient identiques, mais parce que leur sexualité manifeste peut exprimer bien autre chose que l’obscénité : elle renvoie à la fécondité, à la croissance et à la force génératrice du vivant. Le Dagda, avec son ventre colossal, son appétit, sa massue et sa sexualité, semble incarner une forme de puissance qui ne sépare pas le sacré de la matière et de la chair.


D’autres rapprochements, plus inattendus mais tout aussi féconds sur le plan comparatif, peuvent être établis avec Baubo et Uzumé. Dans le récit grec associé aux mystères d’Éleusis, la déesse Baubo provoque le rire de Déméter, accablée par la disparition de sa fille Perséphone, au moyen d’un geste obscène : lever sa jupe et montrer sa vulve, qui rompt son désespoir et contribue à lui rendre la capacité de rire. Dans la mythologie japonaise, Uzumé, procède au même geste, déclenche le rire des dieux et parvient ainsi à faire sortir Amaterasu de la caverne où elle s’est retirée, restaurant la lumière dans le monde. Les contextes sont différents, mais une même association symbolique peut être explorée : le sexe exposé, peut agir et symboliser un force de rupture qui dénoue une situation stérile ou bloquée et permet au monde de retrouver son mouvement. Ces schémas invitent à reconnaître, au-delà de leurs différences, des motifs symboliques comparables, dans lesquels le corps sexuellement manifeste n’est pas nécessairement une dégradation du sacré, mais peut devenir l’un de ses instruments les plus puissants.
