Visite à Wendake : Territoire Huron – Wendat au Canada

Le premier choc vient du ciel ! Il semble plus grand, plus malaxé, plus lumineux.  Est-ce parce que le paysage est moins cloisonné qu’en France par des vallées encaissées ou un bâti historique dense, qui réduisent le champ de vision direct ?

Est-ce la latitude et l’angle du soleil ?  Situé plus au nord, le Québec offre une lumière rasante une grande partie de l’année. Les levers et couchers de soleil y sont plus étirés, et la clarté de l’air (surtout loin des grands centres urbains) accentue la netteté et l’immensité perçue du ciel.

Ou bien la pureté de l’air et la plus faible pollution lumineuse ? En dehors de Montréal et Québec, la densité de population est très faible. Moins il y a de pollution lumineuse et atmosphérique, plus l’œil perçoit l’horizon lointain, créant cette sensation vertigineuse d’un dôme immense.

Peut-être un peu des trois, je ne sais pas, mais c’est un fait : le ciel est vertigineux.  Les nuages s’y trouvent constamment brassés. Nés du climat continental du Québec et du choc thermique extrême entre l’air arctique et les flux chauds du golfe du Mexique, de puissants courants verticaux façonnent la matière céleste : les nuages y bourgeonnent, vivants et sculptés.

Je ne peux m’empêcher, en regardant ces ciels, de penser à la légende d’Aataentsik, la femme tombée du ciel qui façonne la terre, « l’Île de la Tortue ». Et c’est avec fascination que j’écoute et regarde ce conte projeté dans le musée de Wendake.

Wendake est un territoire huron-wendat, une enclave autochtone dans la ville de Québec. Ce qui me surprend, c’est qu’une fois le pied posé dans le « village », il flotte une sorte de « joie ». Les maisons s’alignent aussi droites que celles de nos clichés du « Far West », mais elles sont pimpantes et fleuries. J’avais dans ma mémoire les images des « rez », les descriptions de Treuer, de Jean, et je découvre autre chose : la vie, la vie fleurie, un peuple qui s’approprie le monde moderne pour le mouler à son identité ; c’est autre chose que s’effacer, que fondre ou disparaître.

Je n’ai pas envie de faire la touriste, de fouiner, farfouiller, piller. Je veux juste être une visiteuse : je regarde, je hume, je respecte. Je ne suis pas dans un zoo, je suis sur une terre vivante. Et j’aime ça, j’aime ça au plus profond de moi.

D’ailleurs, l’espace n’est pas un stand à touristes, mais l’expression de cette culture vivante. Dans l’hôtel musée, dont le bâtiment magnifique affirme son appartenance, il n’est pas fait mention d’un avant et d’un après, mais de l’exposition claire de mouvances humaines, de mutations, d’adaptations. Voilà comment les Wendat se réapproprient leur histoire. Ils en font aussi notre histoire, dans tout ce qu’elle a d’horrible, mais aussi dans tout ce qu’elle porte d’espoir pour demain, sans oublier un seul de ses enfants.

J’ai voulu rencontrer le sel de la terre. Seule dans la pénombre de la maison longue, je n’ai pas voulu « imposer » ma croyance, ma foi. J’ai posé du tabac, j’ai regardé le grand ciel et j’ai respiré la terre. C’est là que j’ai croisé le fil du sacré qui n’oublie pas la terre, le lien au cosmos et la jonction au milieu : le quotidien.

Il ne peut en être autrement dans cet espace immense où c’est encore et toujours la nature qui fait la loi, depuis des milliers d’années. Ici, l’été c’est l’été et l’hiver c’est l’hiver : la neige qui couvre tout, défonce les voies routières et oblige chacun et chacune à prévoir et à anticiper. Quand on a survécu à l’hiver, quand on a survécu aux méandres glauques des folies humaines, se lèvent des puissances : des humains debout sur une terre sacrée.

Site du musée Hurons Wendat

Site de Wendake

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