La Serpente sacrée, le traumatisme de Méduse

20604593_531955920529492_8639007388119835744_nLe serpent a toujours accompagné le féminin. Ses représentations « sont connues dès le Paléolithique supérieur et se poursuivent au Mésolithique et au Néolithique[1]. » Ces formes serpentines feront, dès le Néolithique, place à une Déesse-Serpent invariablement représentée assise en tailleur, avec des bras et des jambes vaguement humains mais ressemblant surtout à des serpents.

Il en est ainsi dans un des temples les plus anciens que nous connaissions, Göbekli Tepe, fouillé par Klaus Schmidt. Dans ce site, dont le nom signifie « nombril » ou « ventre », il décrit le serpent comme l’animal le plus représenté. C’est donc dans la montagne ventrue, dans le ventre de la terre mère, que fut construit ce magnifique lieu de culte où fourmillent des serpents.Gobekli Tepe1

Dans les couches plus récentes du lieu, les archéologues ont découvert des représentations féminines. En particulier une sculpture de femme dont « la forme de cœur renversé donnée à la tête de la femme ne pose pas de problème particulier d’interprétation. Il s’agit soit d’une chevelure crépue pendant de chaque côté de la tête, soit, éventuellement, d’une tête d’animal, peut-être d’une tête de serpent[2]. » Il ne s’agit pas d’une extrapolation mais d’une observation concrète du lien tenu entre le féminin et le serpent : le serpent est l’énergie de la Déesse.

Déjà présent durant la préhistoire, le serpent est toujours là durant l’antiquité et il est toujours divin, sacré. Il était si important que Strabon[3] parle des temples sous le vocable de draconia(i), c’est-à-dire « maisons du serpent ». En 1864 Jean-Christian-Marc Boudin écrivait que ce culte « a été sans contredit un des plus répandus dans l’antiquité. On le constate en Egypte, dans l’Inde, chez les Perses, les Phéniciens, en Grèce et à Rome, il a joué un rôle considérable au deuxième siècle de notre ère dans la secte des Orphites ; on l’a trouvé au seizième siècle en Amérique ; de nos jours, il continue en Asie, en Amérique, en Océanie et dans une grande partie de l’Afrique[4]. » A propos de l’Egypte ancienne Philarque dira que «  Nulle part le serpent n’a été adoré avec tant de ferveur ; jamais peuple n’a égalé l’Égyptien dans l’hospitalité donnée aux serpents ».43652055_2299509916943731_119758170842202112_n

Jean-Christian-Marc Boudin cite M.G. des Mousseaux qui atteste que le culte du serpent existait chez les anciens peuples de l’Inde pour lesquels il « joua un rôle considérable au commencement du monde, et un temple est érigé en son honneur à l’est du Maïssour, dans le lieu appelé Loubra-Manniah. Tous les ans, au mois de décembre, on y célèbre une fête solennelle. D’innombrables pèlerins viennent de fort loin pour offrir au dieu, gardien et protecteur du pays, des adorations et des sacrifices[5]. » Dubois, supérieur des missions étrangères, ajoute de son côté rajoute « Beaucoup de serpents ont établi leur domicile dans l’intérieur du temple, où ils sont entretenus et nourris par les brahmanes[6]. »

Du côté de Rome, Clément d’Alexandrie  narre les orgies solennelles menées en l’honneur de Dionysos/Bacchus : « des prêtres qu’on dirait piqués par un œstre furieux déchirant des chairs palpitantes, et, couronnés de serpent […] L’objet spécial du culte bachique est un serpent consacré par des rites sacrés. »

De l’autre côté du monde dans les annales mexicaines,  la première femme, appelée « la mère de notre chair », « est toujours  représentée, nous dit Jean-Christian-Marc Boudin, comme vivant en rapport avec un grand serpent ; cette femme, figurée dans leurs monuments par une multitude d’hiéroglyphes, porte le nom de Cihua-Cohuatl, ce qui signifie mot à mot : femme au serpent[7]. »

En 1836 est considéré comme la première mention historique du culte du serpent celle que l’on trouve dans le livre de Daniel et qui a trait à Babylone : Erat draco magnus in hoc loco et colebant eum Babylonii (« Il y avait là un grand dragon qu’honoraient les Babyloniens »)  Ce qui nous laisse entendre que ce fameux serpent est aussi présent à Babylone.  C’est cette même année que le père More écrit : « j’ai été, à Calcutta, témoin oculaire d’une fête religieuse célébrée en l’honneur de la déesse Kali : c’est une des plus solennelles de l’année ; elle se nomme la fête de la pénitence. Le premier jour de la fête, la multitude – des curieux était immense ; elle couvrait en quelque sorte le nombre des pénitents ; mais le second et le troisième jour, je vis en beaucoup d’endroits, principalement au coin des rues et dans les carrefours, des hommes qui avaient le milieu de langue transpercé verticalement d’une longue barre de fer ; ils l’agitaient en cadence au son des instruments, et ils dansaient eux-mêmes en cet état. D’autres s’étaient fait une large ouverture aux reins et aux épaules, et dans chacun des trous passait un serpent énorme dont les replis enveloppaient leur corps[8] ».

TiamatLe cheminement que nous pouvons suivre est celui qui part d’une énergie féminine agissante et créative, d’un(e) serpent(e) célébrée d’une manière ou d’une autre, depuis la nuit des temps, partout dans le monde. Elle est parfois associée à un taureau (un renard, ou un homme), et comme le dit Klaus Schmidt « De ce moment-là daterait la naissance spirituelle d’un couple divin que nous rencontrons alors et aux époques suivantes sous l’aspect de la Femme et du Taureau, ce dernier symbolisant naturellement la force masculine[9] »,

Snake_goddess_archmus_HeraklionSi le serpent, en tant qu’animal, accompagne la Déesse, c’est son énergie « émise par cet être qui s’enroule et forme des spirales[10] », qui est tout autant véhiculée et analogiquement assignée aux plantes grimpantes, aux arbres qui poussent, aux phallus qui se dressent… Le serpent préside aux sources de la vie,  à l’âme et à la libido.  « Son renouveau saisonnier, quand il mue et hiberne, en faisait un symbole de la continuité de la vie et du lien avec le monde souterrain[11] » Il se ressource dans la terre humide, les sources et les rivières et rejaillit, apportant avec les lui les forces vives de la terre. Cette force vive est le mystère d’où émerge la vie. A ce titre « Le serpent de la vieille Europe est sans contexte un animal bienfaisant[12] », permettant l’émergence de la force vive originelle. Par cette fonction vitale le serpent est aussi le pouvoir guérisseur de la Déesse dont Marija Gimbutas dira qu’ « associé à des plantes magiques, les pouvoirs de guérison et de résurrection du serpent devenaient très puissants[13]  » Ce n’est pas un hasard si nos médecins contemporains l’arborent comme emblème, ou même les pharmaciens porteurs de la coupe d’Hygie et son serpent. Il est à la fois son énergie, sa nature de déesse, et la manifestation qui « œuvre » en elle et pour elle,

Méduse

MedusacarreEn Grèce se trouve la plus célèbre des serpentes, « Méduse ». A l’origine la Méduse fait partie du trio des Gorgones qui appartenaient à la génération pré-olympienne, c’est dire qu’elle prend ses sources dans des croyances archaïques. Méduse est donc héritière des serpents primitifs que nous savons plutôt bienfaisants, offrent à l’humanité le pouvoir de vie, de mort et de résurrection, du passage d’un état à un autre, sans autre forme de procès.

 Les trois serpentes  « campaient, solidaires, dans leur demeure à l’extrême occident du monde, au-delà du fleuve Océan[14]. ». Les sœurs Sthéno (Σθεννώ / Sthennố, « puissante »), Euryale (Εὐρυάλη / Euruálê, « grand domaine »), et Méduse (Μέδουσα / Médousa, « dirigeante ») présidaient à la frontière entre conscient et inconscient, vie et mort. Figures psychopompes et initiatrices, elles ne possédaient pas les caractéristiques qui vont échoir à Méduse ultérieurement, l’effroi et la pétrification.

Les temps changent, peu à peu les mythes laissent apparaître la violence et la cruauté. Le serpent, énergie primordiale va en subir les conséquences. Le mythe grec fait alors de Méduse, une belle jeune fille, enfant de Phorcys et de Céto, dont le dieu Poséidon s’éprend. Et, Méduse est « violée » par le dieu dans un temple dédié à Athéna ou dans une prairie fleurie suivant les versions. C’est dire que la fonction archaïque du Féminin n’a pas droit de cité au pays présidé par Athéna, elle-même « pensée » par le Père. Ce viol, « détail » de l’histoire, est, comme dans de nombreux cas, l’élément déclencheur des « calamités ». Qu’il ait eu lieu dans le temple d’Athéna ou pas ne change pas grand-chose à l’histoire puisque quoiqu’il arrive c’est Athéna qui va « punir » Méduse et la jeter aux Enfers. Athéna qui portera l’effigie de Méduse sur son bouclier ! La déesse des patriarches avilie la serpente archaïque et utilise sa souffrance comme repoussoir. Ses cheveux deviennent des serpents, ses yeux se dilatent et désormais son regard pétrifie tous ceux qui la croisent.

Méduse est « violée » et dans le système en place n’a pas la possibilité de faire valoir son outrage, pire elle est punie. Il existe, encore de nos jours, quelques pays qui condamnent à mort les femmes violées. Méduse est ce féminin profané. Blessé, outragé, violé, ne pouvant se défendre et faire valoir ses torts l’être se métamorphose en « monstre », ou bien, se transforme en statut de sel. Le nom de Méduse nous a donné le verbe « méduser », « pétrifier ». En réalité Méduse est en état de stress post-traumatique. Le docteur Jean-Michel Thurin nous en propose un résumé : « exposition à un évènement traumatique avec mort, menace de mort ou de grave blessure, ou portant sur l’intégrité physique de soi ou d’autrui. Réaction avec peur intense, sentiment d’impuissance ou d’horreur…[15]. » Nous voilà changé en pierre, il n’est plus possible de parler, de livrer quoique ce soit,  « sur fond de paysage grandiose à la clameur muette, elle [Méduse] change en statues les malheureux qui osent s’aventurer en territoire de mort[16] ». Dans le vécu traumatique nous ne pouvons plus vivre, mais nous ne pouvons pas, non plus, pénétrer dans la mort, nous restons figé sur la porte, morts-vivants, pétrifiés. Sarah Mezaguer site : « Bachelard à propos de la Méduse fait remarquer que “cette vie suspendue […] est autre chose qu’une décrépitude, [Que] c’est l’instant même de la mort, un instant qui ne veut pas s’écouler, qui perpétue son effroi et qui, en immobilisant le tout, n’apporte pas de repos”[17] » : figé en un grand cri de silence et d’horreur. Elle fait pendant au chien Cerbère dont l’auteure nous dit aussi que s’il « semble interdire aux âmes défuntes de sortir de l’Hadès, elle (Méduse), ce sont les vivants qu’elle repousse loin du monde des morts[18]. » Elle nous empêche de mourir et nous repousse vers la vie qui nous est cependant devenue inaccessible.téléchargement

La souffrance non reconnue, la colère non exprimée, le « visage du guerrier déformé par la rage[19] » dont souvent Méduse est la figure, fige l’âme dans le traumatisme.

Méduse, traumatisée, victime, nous apparaît comme un « démon » par le retournement patriarcal des figures. Les Figures archétypales montrent dorénavant des dieux guerriers triomphant, tuant des serpents/monstres que sont devenues les anciennes déesses psychopompes, Indra tue Vritra, Thor Migdard, Marduc Tiamat, le Sage Serpent Originel devient le tentateur diabolique de la Bible et Patrick tue tous les serpents d’Irlande…

[1] Marija Gimbutas, Le Langage de la déesse, éditions des Femmes, 2005, p. 151.

[2] Klaus Schmidt, Premier temple, Göbekli tepe, CNRS Editions, Kindle, 2015, emplacement 2718.

[3] Strabon 1 XIV.

[4] Jean-Christian-Marc Boudin, Du culte du serpent chez divers peuples anciens et modernes. In: Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, I° Série. Tome 5 fascicule 1, 1864. P 488.

https://www.persee.fr/doc/bmsap_0301-8644_1864_num_5_1_6675

[5] Ibid.

[6] Mœurs et institutions des peuples de l’Inde, par M. Dubois, supérieur des missions étrangères, qui a séjourné 28 ans aux Indes, t II ; ch. xii, p. 43

[7] Jean-Christian-Marc Boudin, Du culte du serpent chez divers peuples anciens et modernes. In: Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, I° Série. Tome 5 fascicule 1, 1864. P. 495.

https://www.persee.fr/doc/bmsap_0301-8644_1864_num_5_1_6675

[8] Annales de la propagation de la foi, p. 535, t, IX. Lettre du père More, du 22 avril 1836.

[9] Klaus Schmidt, Premier temple, Göbekli tepe, CNRS Editions, Kindle, 2015, emplacement 2815.

[10] Marija Gimbutas, Le Langage de la déesse, éditions des Femmes, 2005, p. 150.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Sarah Mezaguer, La femme et la mort en Grèce ancienne, L’Harmattan, 2012, p 25.

[15] Dr Jean-Michel Thurin, Etat de stress post-traumatique http://www.ecole-psychosomatique.org/DU_STEP

[16] Sarah Mezaguer, La femme et la mort en Grèce ancienne, L’Harmattan, 2012, p 109.

[17] Jean – Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs, pp 209 – 210 in Sarah Mezaguer, La femme et la mort en Grèce ancienne, L’Harmattan, 2012, p 108.

[18] Ibid. p 27.

[19] Ibid. p 102.

J’ai lu : La cruauté ordinaire

41v3DUt5vuL._SX319_BO1,204,203,200_La cruauté ordinaire, Yves Prigent, Desclée de Brouwer, 2003.

A ne regarder que la lumière nous finissons par être éblouis, aveuglés et l’énergie de l’ombre s’en donne à cœur joie d’agir dans notre dos. Etre capable d’éprouver la joie, la paix, la vie, n’est possible que lorsque l’on sait les différencier de leur contraire. Cela rejoint avec pertinence le fait d’être capable d’être soi-même à condition d’identifier, en soi, ce qui n’est pas nous, ce qui est inculqué par l’éducation, la culture, identifier nos ombres et nos lumières, bref c’est un chemin d’individuation.

Etre capable d’identifier nos propres caractéristiques demande aussi, de clairement voir celles qui appartiennent aux autres. Il s’agit de cesser les projections négatives et positives, de rendre à chacun ce qui relève de sa responsabilité, dans le vivre, dans l’acte, dans la parole.

Donner un nom aux choses permet de les identifier, de les mettre à distance pour mieux les regarder. Quelle est la différence entre la blessure et la destruction ? Quelle est la différence entre blesser et détruire ? Quelle est la différence entre la maladresse et la volonté de nuire ?

Cet ouvrage est un véritable bijou. D’accord Yves Prigent est neuropsychiatre, expert judiciaire et conseiller scientifique de l’Union Nationale pour la prévention du suicide. Ça pèse son poids, mais moi je ne suis pas subjuguée par les titres, je regarde ce que les gens font et non ce qu’ils sont dans la parade. Et Yves Prigent a écrit un ouvrage, non pas avec des « thèses » toutes faites, des sentences énoncées, des dogmes scientifiques. Le verbe est clair, accessible, du « vécu », du ressenti, de l’expérience et tous les mots nous parlent, font écho, donnent du sens à l’imbroglio qui peut souvent nous estourbir et qui soudain s’éclaire. Comment mesure-t-on le chagrin, la souffrance, la différence entre la férocité et la cruauté ? C’est un regard direct et profond dans la psyché humaine, un témoignage savant sur notre condition qui n’est pas, nous le savons tous, qu’une partie de plaisir.

Son regard porté sur la souffrance et le Mal est pétri de bienveillance. C’est facile de regarder la joie et la paix avec bienveillance, mais il faut une grandeur d’âme hors du commun pour regarder l’Ombre avec douceur. Cependant c’est bien le seul moyen de ne pas la nourrir, de la faire parler, de la faire « couler »,  de la métamorphoser. On peut voir et enfin nommer Le Mal, y faire face, s’en protéger, s’en « sortir ». Respecter la Vie c’est donner un nom à son contraire qui  n’est pas la Mort, mais la cruauté. La mort fait partie de la vie, mais la cruauté la détruit. Les grandes mouvances cruelles des communautés humaines sont bien connues, nous ne parlons que de ça. Moins connue est  la cruauté quotidienne, interpersonnelle,  qui est abordée dans cet ouvrage et qui nous concerne tous.

« La violence physique ou psychique d’un être humain sur un autre être humain, si elle est source d’horreur, c’est qu’elle dénie cette fonction élémentaire, matricielle, archaïque, de solidarité avec son vis-à-vis humain. »

Savoir identifier ce Mal, nous permet de nous en protéger et de ne pas le nourrir par notre ignorance. Ce Mal que nous nous faisons à nous-même, que nous propageons, cette volonté de destruction qui anime de trop nombreux humains est dévoilé ici. Sans les voiles, La Chose perd de son pouvoir et de sa puissance, alors le socle fissuré peut voir pousser entre ses failles quelques fleurs vigoureuses.

A lire aussi : 

9782716315609FS

 

Bertrand de la Vaissière : Les énergies du mal en psychothérapie analytique jungienne (Editions du Dauphin)

 

512NnnaJWEL

Marie Louise von Franz : L’ombre et le mal dans les contes de fées (Fontaine de pierre)

 

 

téléchargement (2)

Saverio Tomasella : La folie cachée (Albin Michel)

 

 

9782700703726FS

Alice Miller :  C’est pour ton bien (les racines de la violence dans l’éducation de l’enfant )(Aubier)

Éros et Psyché : la femme et son Animus sur le chemin de l’individuation

Lire le conte d’Éros et Psyché 

« L’âme a besoin d’ailes pour s’élever au – dessus des contraintes qui l’enchaînent et pour voir l’horizon. Pour que le psychisme s’unisse légitimement au principe créateur d’Éros et délivre le sacré qu’il porte en lui[1] … »

Rêve d’une femme :

Un grand personnage masculin avec des ailes m’emmène devant une maison aux fenêtres artificielles. Pendant que je parle avec un jeune enfant assis dans une flaque d’eau et tenant un serpent – qui me dit être le gardien du silence –  le personnage essaie de passer la porte de la maison, mais se heurte violemment. Il se jette dessus comme un forcené et retombe à chaque fois par terre, blessé. Je ne supporte pas de le voir comme ça, je rentre dans la maison et lui montre que moi je peux rentrer dedans. Un homme sort de la maison. Pendant que j’embrasse cet homme l’ange saute d’un bond sur le toit et jette le feu dans la cheminée. La maison prend feu.

erosComment ne pas reconnaître Éros dans cet « Ange » magnifique, qui préside aux baisers et mets le feu dans la maison ? Comment ne pas penser à cette prière, que la rêveuse ne connait pas, mais que les êtres humains adressaient à ce dieu dans l’antiquité ?

« Je t’invoque, Origine de tout devenir, qui étends tes ailes sur le monde entier, Toi l’inapprochable, l’infini, qui inspires des pensées de vie à toute âme, qui a relié toutes choses par ton pouvoir. Premier né, créateur de l’univers, aux ailes d’or, être sombre, toi qui voiles les pensées toutes raisonnables et inspires de sombres passions, toi qui vit secrètement dans toutes les âmes, tu crées le feu invisible, touchant tout être animé, le torturant infatigablement de plaisirs et de délices douloureux, depuis que l’univers a existé. Tu entraines la souffrance par ta présence, toi, parfois raisonnable et parfois insensé, toi pour qui les hommes violent leurs devoirs par des entreprises hardies, toi le sombre. Toi le dernier –né, le sans lois, le sans merci, l’inexorable, l’invisible générateur des passions, archer, porteur de torche, seigneur de toute perception spirituelle et de toutes les choses cachées, Seigneur du silence, par qui luit toute lumière, jeune enfant quand tu es dans le cœur[2] …. »

Voilà comment les dieux anciens vivent encore au sein de nos psychés. Encore devons-nous savoir les y débusquer et leur redonner leur juste nature. Éros n’est pas le dieu de la lascivité, de la sexualité bestiale et aveugle. Il n’est pas même le dieu de l’amour. Il est le dieu de l’Amour, qui relie le sentiment et le désir, le corps et l’âme. Il est l’amour en Soi, entre nos pôles masculin / féminin, l’Amour de l’Anima, l’amour pour l’Animus, l’Amour du Soi pour l’âme qui « s’agit » en nous. Marie Louise von Franz le décrit comme « psychologiquement un symbole du Soi.[3] » Elle rajoute «  Éros est le Soi[4] envisagé sous l’aspect de source de toute inspiration créatrice, de vitalité : il est la capacité de se laisser émouvoir ; il donne le sentiment que la vie a un sens[5]. » De con côté James Hillman dit que ce dieu « nous conduit aux archétypes dissimulés derrière les modèles et nous fait jouer à divers mythes » et que «  Cette conscience mythique et ces rôles qu’Éros nous fait jouer sont directement le fruit de l’activité créatrice du psychisme[6]. » C’est dire l’attention que nous devrions porter à cet Archétype, le contempler dans ses Images et le porter dans nos vies comme un bijou venu de fin fond des entrailles du monde. D’ailleurs Éros n’est-il pas fils du chaos, sombre réceptacle mouvant – « chaos et création sont inséparables[7] » – où se trouve le Bijou ? Éros n‘est-il pas ce bijou ? Nous connaissons les contes où le héros doit combattre le serpent, ou le dragon, pour aller chercher la Pierre sur son front, Éros n’est –il pas ce Caillou ? Il est intriguant de savoir que dans le conte d’Éros et de Psyché, les sœurs de celles-ci lui décrivent son amant comme un serpent, que dans le rêve se trouve un enfant, qui joue avec un serpent ? N’est-il pas intriguant le lien que nous pouvons faire entre le Soi et la Pierre, le Bijou ?  La grande quête, ce que Jung appelle l’individuation, n’est-elle pas cette recherche du Bijou intérieur, en quelque sorte la rencontre avec Éros ? Si tel est le cas nous pouvons avec James Hillman considérer que le mythe d’Éros et de Psyché est le mythe primordial de la psychologie analytique[8].

Sa particularité réside dans le fait qu’il ne s’agit pas d’un héros en quête d’un Bijou dans le ventre d’un dragon serpent, mais de la quête douloureuse d’un Féminin vers son Amour. Les analyses que nous pouvons trouver prennent l’angle de l’Anima masculine, cependant l’écho réel des symboles exprimés avec un vécu de femme nous permet aussi de l’aborder sous un angle Féminin / Animus, d’une psyché de femme en quête de son Animus.

S’il n’est pas imaginable de faire ici l’analyse détaillée du mythe nous pouvons en dégager les grandes lignes. Il y a féminin et féminin. Celui des sœurs et du contexte humain dans lequel nait Psyché. Elles sont querelleuses, jalouses, cancanières, agressives, menteuses. Elles râlent, ordonnent, espionnent. Ce sont des féminins dénudés de leur nature première, que possède Psyché. Psyché a hérité de la beauté des dieux, elle surpasse la renommée de Vénus. Il ne s’agit pas de beauté esthétique mais de beauté sacrée, de la nature même du féminin quand il peut exprimer son essence. Parce qu’il n’y a pas de place pour ce féminin-là dans le monde des hommes Psyché ne trouve pas à se marier. Sans doute les hommes veulent des femmes aux couleurs de leur âme, à l’image de ces sœurs qui elles ont trouvées mari et fortune. Rejetée, bannie, Psyché est envoyée sur un rocher, au milieu de l’océan, c’est-à-dire au fin fond de l’inconscient. Plus de féminin dans sa beauté naturelle pour ce monde ici-bas, ni par les femmes, ni par l’Anima des hommes.

Le seul Amant possible pour Psyché c’est un « monstre », qui ne la visite que la nuit, et la fait vivre dans un royaume merveilleux à condition qu’elle ne voit pas son visage.

Voilà une situation bien ancrée, de ces femmes qui rêve le masculin idéalisé. Le prince charmant se cache dans ces rêves, mais le féminin ne vit pas, ne porte pas de fruit, il vit seul le jour ; il sait juste qu’il est aimé la nuit, c’est à dire dans l’inconscient. Après les femmes aigries, voici les femmes qui vivent dans leurs rêves.

À quoi peut bien ressembler ce masculin qui  m‘est si étranger si je le regarde à la jpg_Image_Psychelumière  de ma conscience ? Il ressemble à un dieu ! Il est Éros. Si la femme découvre la beauté du dieu qui vit en elle, elle ne peut que faillir, tomber en Amour et de surprise, de passion, laisser tomber l’huile qui brûle. Ce masculin qui ne peut s’exprimer que dans l’ombre des songes, surpris, blessé, s’enfuit … Chez sa mère ! Éros se fuyant lui-même, fuyant Psyché, fuyant la rencontre, la relation, va chercher refuge chez maman, où « il subit la domination de sa mère Penia[9], le manque[10] », comme un petit garçon. Cette mère qui va le malmener, le rendre pauvre, frustré ! Jusqu’à ce qu’il prenne lui-même conscience que Psyché a besoin de lui et qu’il a besoin d’elle. Ce passage est très intéressant. Voilà un Soi immature dont le réflexe, n’est pas celui du héros mais de l’enfant qui va se faire « remonter les bretelles » par sa mère. Vu sous l’angle du Soi ou de l’Animus, de nombreuses femmes pourront s’y reconnaître, car un appel se fait de l’intérieur de se trouver soi-même, un éveil se profile mais une petite voix dit « non ce n’est pas la peine, non tu ne dois pas faire ça, non une femme ça se tait ou ça hurle, ce n’est pas grave si tu as envie de chanter et que tu ne le fais pas ! » C’est la mère castratrice qui a récupéré son Animus de fils pour le sermonner et Psyché de sombrer dans le désespoir, la dépression, la nuit noire de l’âme. Il y a de nombreuses tentatives de ce genre dans la vie d’une femme, les rêves en sont témoins, les expériences aussi. Les mots des femmes qui parlent de ces passages sont clairs. « J’ai envie faire une chose, mais je me dis que ce n’est pas la peine », « je me dis que ce n’est pas grave, que je peux supporter ceci ou cela ! ». Pendant ce temps son Bel Animus vit un calvaire au plus profond de sa psyché. Pendant ce temps là un autre Animus a pris la relève et invective.

Mais une fois entrevu le visage du dieu, le Féminin est amoureux et commence la quête !

Si les héros ont toujours à combattre, des dragons, des serpents, des chevaliers noirs, les héroïnes, elles, ont à faire, à supporter, à cheminer, à tisser et retisser, pleurer, se faire attacher, se faire brûler les ailes … Psyché est un modèle typique du parcours féminin vers l’individuation. Il est pour nous d’une grande valeur dans la compréhension de nos souffrances. Les femmes les affrontent de plein fouet, les hommes doivent savoir que s’ils sont chez maman en train de se faire régenter c’est leur Anima qui fera le parcours des 4 corvées.

Trier le blé : La patience et le tri dans les sentiments, la découverte de ce qui fait notre âme et notre nature féminine. Sans ce travail nous ne savons pas écouter Animus qui nous accompagne dans ce qui est bon pour nous et comment le dire. Pour Anima il s’agit trier les sentiments et les leurres. Se faire aider par les fourmis.

Récupérer la toison des béliers : L’apprentissage lent et méticuleux de la confrontation avec nos émotions, nos pulsions. Sans ce travail nous pouvons brûler et blesser l’Autre, devenir irrévérencieuse, coupante, tranchante, « castratrice ». Écouter le chant du roseau.

Remplir notre vase à l’eau du Styx : Prendre avec soi la part qui nous incombe, notre destin, mettre en œuvre notre nature féminine. Se faire aider d’un aigle.

waterhouse_psyche-boiteEt le plus dur : ramener la boite de beauté à Vénus sans l’ouvrir ! Ou en l’ouvrant, car en fait c’est parce qu’elle ouvre la boite et tombe morte qu’Éros revient, osant enfin vivre sa relation. Que devons – nous faire, ouvrir,  pas ouvrir ? Et que veux dire la boite ? Ce n’est pas n’importe quelle boite, c’est la boite de Beauté de Vénus ! Or Vénus est la déesse de l’amour. Marie Louise von Franz en parle par rapport à la notion de beauté qui n’appartient qu’aux dieux. Il semble que nous pouvons repositionner cette analyse sur un plan plus concret. Le féminin lie par essence la matière et le spirituel, en clair lorsqu’une femme aime vraiment elle ne dissocie pas sa chair de son âme. Cela fait partie de sa nature et l’on retrouve cette qualité dans sa relation avec ses enfants (l’Anima de l’homme fait ça aussi !) Quand on souffre pour ses enfants on dit que l’on souffre aussi dans sa chair. Et c’est Michel Cazenave qui parle le mieux de l’extase au féminin, reliant la chair et l’esprit, « où se traduisent et s’accomplissent à la fois le dialogue, l’échange, le processus de réunification de la créature à l’absolu et son principe[11]. » Or dans son être intérieur il en est de même, dans son rapport au spirituel, au masculin, dans sa psyché la femme aime dans toutes les dimensions. Nous savons que Psyché représente le Féminin non contaminé par la culture et l’ordre disons de la cité. Psyché est donc capable d’amour total, cet amour qui est la beauté de Vénus. Elle se trouve submergée par une énergie qui la dépasse, elle absorbe une qualité qui ne peut être vécue que par un dieu. Elle « dépasse les bornes », Psyché va mourir pour cela, comme une femme peut mourir d’amour, comme une femme peut mourir de la puissance créatrice de son âme si celle-ci n’est pas mise en œuvre. Nous  devons ouvrir la boite, avoir ce courage. C’est le seul moyen d’appeler Éros à notre secours. Nous devons lâcher prise et accepter de regarder bien en face le fond du coffre, notre propre psyché, pour y contempler la beauté des dieux. Seulement et seulement alors Éros quittera le giron de sa mère et sera là pour nous relier à la vie, nous porter le feu de vivre. C’est alors Animus qui nous soufflera à l’oreille le chant de la vie, la route qui est la nôtre, la danse que nous pouvons faire. Alors et alors seulement en nous écoutant nous-même, en nous aimant nous-mêmes nous pourrons faire jaillir la vie autour de nous et c’est bien ce que font les déesses libérées du joug, elles font jaillir les fleurs, couler les ruisseaux, chanter les oiseaux et ces déesses peuvent utiliser le sourire d’une femme, les mains d’une femme,  le parfum d’une femme, ou tout aussi bien murmurer par l’Anima des hommes.

Rêves de femme :

Je suis allongée sur un lit avec Animus, il me serre dans ses bras et me dit « la forêt est belle ! »

Animus me prend les mains et très attentif à ma réponse me dit « tu viendras avec moi à la chasse aux lapins ? »

 

cupid_and_psyche_master_copy_by_phomax

 

 

 

 

[1] James Hillman, La beauté de Psyché, l’âme et ses symboles, Le jour éditeur, 1993, p 103.

[2] Papyri Graecae Magiquee op cit Vol 1 p 129 (le Glaive de Dardanos, Prière à Eros)

[3] Marie Louise von Franz, L’âne d’Or, La fontaine de pierre, 1978,  p 174.

[4] Archétype ordonnateur de la psyché humaine dans le sens de sa réalisation totalité de l’être

[5] Marie Louise von Franz, L’âne d’Or, La fontaine de pierre, 1978,  p 127.

[6] James Hillman, La beauté de Psyché, l’âme et ses symboles, Le jour éditeur, 1993, p 108.

[7] James Hillman, La beauté de Psyché, l’âme et ses symboles, Le jour éditeur, 1993, p 107

[8] James Hillman, La beauté de Psyché, l’âme et ses symboles, Le jour éditeur, 1993, p 99.

[9] Déesse grecque de la pauvreté

[10] James Hillman, La beauté de Psyché, l’âme et ses symboles, Le jour éditeur, 1993, p 103.

[11] Michel Cazenave, Visage du Féminin sacré, Entrelacs ; 2012, p 202.

Aataentsic, Femme du Ciel

ataensic-dc3a9esse-mc3a8re-iroquoise

Il y a très longtemps existait un endroit merveilleux appelé Monde du Ciel. Dans ce monde loin au-dessus des nuages vivait la grande nation des êtres du ciel connus comme les habitants du ciel. Ces êtres ressemblaient parfaitement aux humains mais leur corps était fait de lumière. Ils brillaient comme des étoiles.

Le Monde du Ciel était l’endroit le plus beau et le plus paisible de l’univers. Il était similaire au monde naturel dans lequel nous vivons aujourd’hui. Il y avait des arbres, des plantes, des montagnes et des vallées et toute sorte d’animaux, à quatre pattes ou ailés. Au milieu du Monde du Ciel poussait un majestueux arbre céleste. Cet arbre sacré brillait tellement qu’il illuminait entièrement le Monde du Ciel.

Toute les créatures vivaient en harmonie, elles s’aimaient et prenaient soin les unes des autres. De nombreuses familles vivaient en paix dans le Monde du Ciel et personne n’était jamais malade ou ne mourait.

Un jour  Fleur Étincelante, une très belle jeune fille, tomba brusquement malade. Sa famille s’inquiéta beaucoup et l’amena consulter le grand chef.

Le Grand Chef fit appel aux forces du Monde du Ciel pour prendre soin d’elle. Le Grand Chef tomba amoureux de sa beauté, la prit pour femme et rapidement elle attendit un enfant.

Une nuit, dans un rêve le Grand Chef fut visité par un Esprit. L’Esprit lui parla d’un monde qui existait sous le Monde du Ciel. Ce monde du dessous était recouvert d’une couche de nuages, entouré d’une mer et complètement dans l’obscurité. L’Esprit expliqua que la maladie de  Fleur Étincelante  était le signe qu’elle devait descendre dans ce monde inférieur.

Le grand chef dit tristement à sa femme qu’elle devait voyager jusqu’au monde noir loin dessous pour retrouver des forces. Obéissant au rêve ils écartèrent les racines de l’arbre céleste et Fleur Étincelante se plaça dans le trou du sol du Monde du Ciel.

Alors qu’elle passait à travers le trou la jeune femme s’accrocha aux racines du grand arbre puis commença à tomber. Elle flotta et pénétra dans l’obscurité du monde de l’eau où seuls des oiseaux et des créatures de l’eau pouvaient vivre.

Le trou dans le ciel jeta une raie de lumière qui illumina partiellement l’obscurité de l’eau sombre du Monde de l’Eau. Les animaux s’alarmèrent quand ils virent le ciel ouvert et ce rayon de lumière coupant l’obscurité. Alors qu’elle tombait la jeune femme entendit le son de l’air, le bruit des vagues et le chant des  oies.

Un groupe d’oies intriguées, s’approchèrent pour observer ce qui se passait et découvrirent la jeune femme enceinte tombant  du ciel. Elles l’appelèrent ainsi « femme du ciel »

Les animaux et les oiseaux se demandèrent où allait-elle chuter. Ils organisèrent un grand conseil des animaux et décidèrent de lui venir en aide. Les oies furent volontaires pour récupérer Femme du Ciel sur leurs ailes afin de stopper sa chute vertigineuse.  Faisant un grand cercle de leurs plumes elles avancèrent comme une couverture pour refréner la chute car il n’y avait aucun endroit où tomber.

Juste à ce moment-là une tortue géante émergea des profondeurs de la grande mer et permis que la Femme du Ciel fut déposée sur son dos.

Les oies la déposèrent gentiment et Femme du Ciel arriva saine et sauve sur le grand dos de la tortue. Mais le dos d’une tortue est un endroit inconfortable et non adapté pour qu’y survive Femme du Ciel. Les animaux décidèrent que l’un d’entre eux descendrait au plus profond de l’océan pour rapporter de la terre à mettre sur le dos de la tortue. Ce fut une nage difficile au plus profond de la terre.

D’abord ce fut un castor qui descendit mais il revint sans terre. Puis ce fut une loutre qui disparut dans l’océan dans un grand plongeon. Les autres attendirent avec anxiété  mais elle revint tout aussi bredouille.

Finalement ce fut un petit rat musqué qui plongea. Les autres attendirent longtemps. Juste au moment où ils désespéraient de son retour il apparut avec un bout de terre entre ses petites pattes. La motte de terre fut placée sur le dos de la tortue.

Pour remercier les animaux Femme du Ciel se mit à chanter et danser, étalant ainsi la terre sur le dos de la tortue. De ses mains, de ses doigts et de ses vêtements jaillirent des plantes, des racines et des graines qu’elle ramenait du Monde du Ciel.

Alors qu’elle continuait à étaler la terre sur le dos de la tortue elle finit par former une île. Le dos de la tortue devint sa maison. Sa maison devint l’Ile de la Tortue ainsi qu’elle s’appelle toujours au Canada.

Femme du Ciel donna naissance à une petite fille qu’elle appela Celle qui porte des Fleurs. Ensemble la mère et la fille  furent les premiers habitants de l’île de la Tortue.

Celle qui porte des Fleurs grandit avec tous les animaux devenus ses amis et ses gardiens. Ils prenaient soin d’elle alors qu’elle gambadait et qu’elle chantait joyeusement.

Celle qui porte des Fleurs était pleine d’énergie, toujours prête à courir et jouer, explorant à droite et à gauche. Elle devint rapidement une jeune fille qui embellissait le monde de sa belle voix chantante. Quand elle chantait elle allumait les étoiles. Cependant elle souhaitait aussi avoir un ami comme elle.

Un jour Tonnerre Brûlant que l’on connait sous le nom de Vent de l’Ouest entendit un son merveilleux alors qu’il traversait l’univers en créant des rafales de vent. Vent de l’Ouest entendait la voix enchanteresse de Celle qui porte des Fleurs et courut jusqu’à elle.

Reevaluating Gender and IR Scholarship : Moving beyond Reiter’s Dichotomies toward Effective Synergies.

14440743_580250438852454_1237676175845130612_nJ’ai l’honneur et la joie de prendre connaissance de la citation de mon ouvrage « La femme dans la société celte » dans un article universitaire, proposé aux USA par Laura Sjoberg (Department of Political Science, University of Florida, Gainesville, FL, USA),  Kelly Kadera (Department of Political Science, University of Iowa, Iowa City, IA, USA), and Cameron G. Thies (School of Politics and Global Studies, Arizona State University, Tempe, AZ, USA) : Reevaluating Gender and IR Scholarship : Moving beyond Reiter’s Dichotomies toward Effective Synergies.

Le petit livre vert dans Ultreïa

CouvN7-copie-340x438

Chez moi c’est un peu ravitaillé par les corbeaux, et ça me plait. Mais quand il s’agit de trouver certaines choses, comme certaines publications, heureusement il y a le Net et la poste. C’est de cette manière que 4 fois l’an je reçois Ultreïa. Il arrive, et je me laisse éblouir par les photos, charmée par les textes. Celui du printemps 2016 ne faillit pas à son habitude : de merveilleux articles. Celui-là je l’attendais avec impatience pour ses voyages à Philae et en Mongolie chamanique en particulier. Et après quelques heures à m’y plonger avec ravissement, je terminai sur la page 221 où j’eus le plaisir (et l’honneur !) de découvrir mon petit livre vert : « Le Féminin solaire dans la mythologie ». Tout ce qui me parait important de l’ouvrage est là parfaitement résumé, ciblé, clair et c’est une joie toute subjective que de le voir parmi les feuillets où trônent les flamboyants Féminins de l’Egypte.

ultreiamars

Des prêtresses identifiées sur des fresques chrétiennes

femme pretre 2Dans mon ouvrage La femme dans la société celte, p 45 j’aborde l’idée des femmes encore présentes dans les sacerdoces chrétiens de Bretagne au Ve siècle : « Des prêtres bretons furent admonestés par des évêques Francs au Ve siècle de notre ère pour avoir accepté des femmes auprès d’eux lors de cérémonies religieuses  : “Il s’agit de la fameuse lettre de Melaines de Rennes un évêque collabo­rateur des Francs, envoyée à deux prêtres bretons (c’est–à-dire de Bretagne bretonnante), Lovocat et Cahitern qui se déplaçaient en terre celtique, accompagnés de deux femmes. Faut-il rappeler que la présence d’éléments féminins lors de l’eucharistie ne fut proscrite en Gaule qu’au IVe siècle de notre ère”1. »

Il semble à la lecture des fresques découvertes dans les catacombes de Priscille (Une des plus anciennes et des plus vastes catacombes de Rome, située sur la Via Salaria), qu’elle était tout aussi observable en Italie aux alentours de 230 – 240, c’est-à-dire au 3e siècle. Bien entendu il sera encore longtemps nié que ces figures représentent des prêtresses : c’est bien connu si c’était des hommes ils seraient reconnus de facto en dignité de prêtres, mais des femmes c’est « fairy tales » !

http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-2510473/Vatican-unveils-frescoes-Catacombs-Priscilla-paintings-FEMALE-PRIESTS.html

Pourtant « il n’y a ni Juif, ni Grec ; il n’y a ni esclave, ni homme libre ; il n’y a ni homme, ni femme ; car tous vous ne faîtes qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3.28). »

1) Agnès Audibert, la Femme en Bretagne, Gisserot, 1993, p 38

Les prêtresses d’Okinawa

Le Japon est réputé pour ses déesses, mais aussi pour le statut de la femme qui n’est pas à l’image de la dévotion qui leur est accordé. Cependant en y regardant de plus prêt nous pouvons observer des traces d’un « vécu » féminin, sans doute héritier d’un très lointain lignage, voire, témoigner d’un ancien système matristique qui d’après les dernières études va de pair avec les spiritualités à teneur d’un Féminin Sacré.

1618495800_9653fe12df_oOn attribue à Okinawa, d’être le lieu où l’on trouve la forme la plus archaïque et la plus pure de la religion Shintô japonaise. On y trouve sa pratique au travers d’un chamanisme local, pratiqué par des femmes prêtresses, encore aujourd’hui très respectées par la population locale, appelées noros  ou  tsukasas  1. Ces particularités ont aussi été observées par un de nos plus célèbres voyageurs, habitué à identifier les particularités marquantes des sociétés : Claude Lévi-Strauss lui- même. En effet lorsque celui – ci visita le Japon entre les années 1977 et 1988, il fit plusieurs découvertes qu’il prit le temps d’exposer à travers différentes conférences.

1977 et 1988 ce n’est somme toute pas si loin dans le temps, ce qui veut dire que ni l’ouverture du pays, ni les ravages de la guerre n’ont totalement bouleversé ce modèle, démontrant par là sa forte imprégnation dans les communautés.

Claude Lévi-Strauss remarque dans l’île d’Okynawa, le statut particulier des femmes et plus exactement des prêtresses. Il remarque que toute la vie religieuse des Ryûkyû est entre les mains des femmes. Lorsqu’il visite le village de Kudaka-Jima il découvre que sur un total de 300 habitants, il s’y trouve 56 prêtresses et que ce système fonctionnait sur les interrelations frères – sœurs :  il assure l’autorité séculière, elle assure la relation spirituelle. Ce fait n’est pas sans évoquer toutes les sociétés marquées par l’antériorité matristiques qui font au frère une place particulière, l’oncle maternel, que l’on retrouve très présent tant chez les Celtes de l’antique Europe que chez certains Amérindiens par exemple.

Ces prêtresses avaient hérité de leur fonction tantôt de leur mère, tantôt de leur belle-mère, c’est-à-di7124_01re que le privilège des rapports avec le surnaturel appartient au sexe féminin en tant que tel et non pas à une femme désignée par la place qui lui revient dans une lignée déterminée. Lévi-Strauss note aussi que l’exercice du culte est « humble et rustique ». La prêtresse communiquait avec les dieux en pénétrant, seule, dans le ashage, petite hutte carrée ou rectangulaire. Mis à part ces petites cabanes, il n’existait pas de temples ou de sanctuaires, les lieux sacrés, appelés utakis, étaient totalement immergeant de la nature. On les trouve principalement sous forme de caverne, dont l’archipel regorge, mais ils peuvent prendre des formes très diverses comme un tas de pierre, une source, une paroi rocheuse, un espace délimité par une murette de pierres sèches, identifiables aux offrandes qui y sont déposées : baguettes d’encens, coraux …

spec_rel01Vieilles pour la plupart, les prêtresses « imposent une distinction naturelle, une dignité, une autorité exempte de toute arrogance.2 » Pour elles la connivence avec les forces surnaturelles est une chose toute simple. Ce constat de l’âge des prêtresses corrobore aussi les préceptes de nombreuses peuplades primitives dont les femmes n’accédaient à la prêtrise (dans le sens large du terme) qu’à l’âge de la ménopause lorsque le « pouvoir » du sang peut alors être totalement dédié au spirituel, n’étant plus réservé à l’enfantement …

Les mères, sœurs, filles et épouses célébraient chaque mois (sauf en octobre) des rites pour assurer la santé et la prospérité, la protection, dans des lieux écartés. Les hommes ne participaient pas à ces rites. Cependant certains d’entre –  eux accédaient à la prêtrise, par exemple quand le munchu, ou le frère devenait l’adjoint de sa sœur, ou bien s’il était préposé dans sa jeunesse à la chasse aux serpents. Mais même dans ce cas ils ne pouvaient pas pénétrer dans les bois sacrés où se déroulaient les rites d’initiations des femmes.

 

 

Le fils caillot de sang : quand l’Homme nait de la Femme

Adam

Il est des Histoires qui narrent la création de l’homme et de la femme d’une façon bien différente de celle que nous connaissons et qui tracent pour nous des situations que nous croyons indélébiles. Mais « dieu » n’a pas forcément créé l’homme avant la femme et les Peuples Premiers sont là pour nous le rappeler. Voici un conte Lakota qui nous propose une toute autre version, le conte du fils caillot de sang :

Au début la femme était seule sur cette terre qui venait d’être créée. Elle était d’une grande beauté et aucun homme ne l’avait encore touchée. Elle reçut la visite d’un esprit puissant originaire de la lune et qui portait en lui les ferments des générations. Il eut une telle influence sur elle, que, pour la première fois, elle commença à saigner comme une femme. Elle étancha le sang qui coulait entre ses cuisses à l’aide de mousse retenue par une peau de lapin. Sitôt que l’esprit quitta son corps et que le cycle naturel de la femme commença en elle, elle s’endormit. Le lendemain au réveil, elle ressentit une envie pressante d’uriner, retira sa couche de fortune et s’accroupit ; alors une goutte de sang tomba sur la terre. Mushtinchala, le lapin, qui passait par là, commence à jouer avec ce minuscule caillot, lui donnant la vie par ces coups de patte. A force d’être bringbalé de – ci de – là, la petite boule de sang prit forme et se transforma peu à peu ; apparurent d’abord de minuscules membres, une tête, suivis bientôt d’une paire d’yeux et d’un cœur. Alors le caillot commença à se mouvoir de façon autonome et à grandir jusqu’à devenir We Ota Wishasha, le Premier Homme.

Nonobstant le fait qu’il est clairement signifié que l’homme fut créé après la femme, qu’elle n’est pas faite de la côte d’Adam, mais que c’est Lui qui est fait du sang de la Dame, ce conte dévoile une autre lecture proche de celles qui peuvent être faites des déesses solaires et des dieux lunaires.kamakhya-goddess-temple-devi-r

Comme dans de très nombreux mythes archaïques la femme est là dès le début et comme toutes les déesses premières elle est « seule », perdue en quelque sorte dans ses rêves et ses attentes. Il est nécessaire que quelque chose se passe pour que la vie jaillisse. Ce quelque chose est, encore une fois, une énergie masculine et cette énergie masculine se trouve signifié par la lune, blessant (fécondant) la femme, comme dans de très nombreuses mythologies animistes. C’est cette blessure, cette fracture, cette coupure engendrée par « le » lune sur le féminin qui provoque la mise en marche du temps, de la vie, des cycles et … des menstrues. « La lecture des mythes abordant cette blessure génitale nous permet de comprendre la réalité de cet événement et de lui redonner le sens ׅ“sacré” de son essence. Si nous le lisons sous l’angle du féminin solaire, cela paraît encore plus évident. Il nous suffit pour cela de lire la lune comme masculin, celui qui met les cycles en mail_340x270.822053461_fem0rche. C’est lui qui naît, qui mature, et qui meurt. C’est bien ainsi qu’apparaissent de très nombreux héros mythiques. […] En conséquence, nous pouvons rattacher le cycle menstruel de la femme à l’effet que la lune a sur lui, et non pas l’identifier à la lune 1 » …

Quant à ce lapin, (qui souvent est un lièvre), lié à la divinité Terre – Mère, « au symbolisme des eaux fécondantes et régénératrices de la végétation, du renouveau perpétuel de la vie sous toutes ses formes » 2, il est tellement célèbre auprès des divines que nous le rencontrons jusque sous les jupes de la déesse celte Bouddica. Il est dit lunaire, parce qu’il dort le jour et gambade la nuit …. Mais peut-être danse-t-il car il sait ce que va engendrer Le Lune …. Peut -être ne danse-t-il pas vraiment, mais joue avec les caillots de sang de la déesse rependus sur les champs endormis ?

1) Le Féminin Solaire dans la mythologie

2) Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, 1982, p.571