A quoi pouvait ressembler le premier dieu de la préhistoire ? Quelles sont les traces que nous avons d’une vénération au masculin ? Quel pouvait bien être l’idéal du mâle à l’aube de l’humanité ? Des sorciers dansant des cavernes à l’homme vert, des taureaux célestes aux dieux lune quel chemin se dessine ? Les féminins sont plus nombreux dans ces traces préhistoriques, mais un premier dieu se révèle bien différent de ceux dont nous avons l’habitude.
Étiquette : préhistoire
La Grande Déesse : quand Dieu était une femme
Une fascination, une vénération, un culte à une grande déesse existait durant toute la préhistoire. Nous pouvons le suivre à travers les Vénus préhistoriques, les figurines du Néolithique, les grottes matrices, les cairns utérins, les temples, les autels consacrés, le culte du feu, les déesses génératrices de vie, les déesses gardiennes de la mort et tout un ensemble de choses qui font qu’il est impossible de ne pas la concevoir manifestée sous forme de croyance religieuse. Sous la butée des colonisations indo-européennes, la conception du monde change, il advient une autre forme de croyance et les déesses vont s’adapter, d’une manière ou d’une autre, sans jamais vraiment disparaitre.
Un temple de 6000 ans chez les premiers agriculteurs
(A partir des travaux 12/2023 d’Alexandre Zavalii
Département d’études religieuses de l’Institut de philosophie HS Scovoroda de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine, Kiev, Ukraine) Culture Cucuteni Trypilla.
Les dernières recherches ont permis de clairement identifier un temple européen vieux de 6000 ans, qui par ses caractéristiques permet de repérer d’autres structures ayant les mêmes fonctions et servant les mêmes croyances.
Le temple de la proto-cité de Nebelivka est situé dans la partie est de l’anneau intérieur de l’ensemble des bâtiments habités du site.


Les fouilles du temple ont révélé une volonté claire de planification et une réflexion de l’habitat de Nebelivka par rapport au temple lui-même. Il se trouvait sur un haut promontoire qui permettait de le voir à une distance de plusieurs kilomètres. L’entrée centrale est orientée vers le soleil levant, et toute la « mégastructure » spirituelle est orientée est-ouest. Le bâtiment se compose de deux pièces (40 × 20 m et 20 × 20 m) et d’une cour adjacente (tel qu’indiqué par Gimbutas sur d’autres fouilles).
Il fut trouvé dans l’enceinte du temple sept autels dédiés au feu, un podium en argile avec un ensemble d’ustensiles religieux, des moulins à grains rituels, une table en céramique, des coupes cérémonielles et bien d’autres objets dont le fabuleux disque de Nebelivka
Au centre de la salle rituelle une fosse peinte en rouge a été découverte. Elle a d’abord été creusée dans une intention rituelle – comme l’indique l’ocre rouge – puis comblée jusqu’au niveau du sol. Ce point central été disposé de manière à souligner sa profondeur. Une étude rattache ce symbole central à « l’arbre religieux » (« arbre de vie », « arbre du monde », etc.) qui était courant dans les cultes archaïques. Zavalii se réfère aussi à Eliade, qui considérait nécessaire de prendre en compte le fait que le placement de « piliers de vision du monde » au centre des agglomérations portait l’idée de « l’Arbre de vie » ou de « l’Axe céleste du monde ». Les fosses elles-mêmes et les dépôts qu’elles contiennent, trouvent leur origine dans les croyances sur la revitalisation des bâtiments par l’établissement d’un lien avec une divinité protectrice. Les échos de « l’arbre sacré » dans l’espace de l’autel du temple et le temple lui-même ont partiellement trouvé leurs manifestations ultérieures dans les cultures du monde.
Le plus fondamental à l’intérieur du temple de Nebelivka est que toute la structure est orientée vers le lever du soleil à l’équinoxe. Cela garantissait l’entrée de la lumière du soleil dans le temple les jours, sans aucun doute, les plus solennels de l’année. Le temple a été construit de manière à ce que le « couloir solaire » se rétrécisse à mesure qu’il approche du centre : les bâtisseurs ont concentré les rayons du soleil sur le symbole principal du temple les jours sacrés de l’année.

Ainsi, sur la base du « modèle » spatial du temple de Nebelivka, il est possible d’identifier d’autres sanctuaires et temples en Europe centrale.
Il est tout aussi stupéfiant de faire un parallèle avec les constructions mégalithiques d’Irlande, de Malte ou d’ailleurs en Europe de l’Ouest où la lumière solaire pénètre à un instant T de l’année, touchant les profondeurs de l’alcôve.


Le Culte de la Grande Déesse des origines
Retrouver le chemin de la Déesse c’est savoir par où elle est passée, par quoi tout a commencé et comment. Nous verrons que le chemin se dessine clairement, des Esprits Femmes de la nature aux Déesses flamboyantes de l’antiquité.
La Pierre, le Potager et la Hache de guerre
Comment sommes nous passés du matristique au patriarcat ? Que s’est-il passé durant le Néolithique ? Plus besoin de lire 50 thèses non traduites en français, j’ai fait la synthèse pour vous.
Le culte de la débilité, l’histoire et la préhistoire
L’étude de l’histoire et de la préhistoire ne peut procéder que par tâtonnements et progresser au fil de nouvelles découvertes, de nouveaux « outils » (Carbonne 14, ADN etc.). Ainsi nous devons tenir compte de ce qui nous fut conté, pas à pas, mais aussi de ce que nous savons maintenant, tout en sachant que nous en saurons certainement plus dans 50 ans. Mais quand même nous ressortir des trucs qui datent de Mathusalem, c’est un peu grotesque.


J’avais entre 8 et 12 ans quand mon père me sortait l’histoire machiste des hommes qui furent obligés de prendre le pouvoir face aux femmes qui en avaient abusé : légitimité de la suprématie masculine. Et mon père c’est belle lurette quant aux connaissances Pourquoi nous ressert-on la pourriture de cette soupe ? Devons nous continuer à mesurer nos crânes pour savoir lesquels d’entre-nous sont plus intelligents ou mettre en cul de basse fosse ceux qui disent que la terre tourne autour du soleil ? Devons – nous continuer à croire que ce sont des esclaves qui ont construit les pyramides parce que Machin l’a dit il y a 150 ans ?
C’est incroyable comme certains « spécialistes » s’accrochent à leurs croyances, comme si leurs thèses étaient parole d’Evangile. Tout le monde n’est pas Renfrew capable de remettre en cause son propre travail et par conséquent faire évoluer ses thèses, au service de la science et de l’humanité, non d’un égo démesuré.
Et le boulot de titan de Kristiansen, d’Haarmann ? Ça compte pour du beurre ? Gimbutas et ses Kurganes (Yamnayas), validée par l’ADN et la linguistique ? Une femme donc une folle ? Nous en sommes encore là !
Analyser le lointain passé à travers le prisme de notre vision des choses est un dangereux piège duquel certains spécialistes se méfient comme de la peste, pas la majorité. Le silence est imposé à cette minorité (pas de traduction, pas de visibilité « commerciale ») . Osons lever le voile et sortir la poussière de sous les tapis. Assurément ce n’est pas en lisant ce genre d’article que nous y arriverons.
J’avoue que je n’ai pas tout lu. Quelques paragraphes choisis sur le fil ont suffi pour me donner la nausée. Je vous laisse chercher les clés de RElecture. J’entends déjà les commentaires « c’est vrai ils l’ont écrit dans un magazine », comme « ils l’ont dit à la télé », « sur Internet ». Notre culte de la fainéantise nous rabaisse à croire tout ce que l’on nous sert sans poser de questions et nous entraine à la pensée unique, la seule, la grande vérité, le dogme. La connerie.
Le théâtre, le rite, la guérison
Le théâtre grec est un acte religieux né des hymnes en l’honneur de Dionysos. Il a un rôle de mimesis. Dans sa poétique Aristote emploie ce terme pour décrire l’imitation, la représentation du réel. Il donne au théâtre un sens médical, catharsis, c’est à dire « purification des passions par le moyen de représentations dramatiques ». Rejouer, revivre l’évènement afin d’en faire jaillir un nouveau sens.



Les représentations de ce type, le théâtre, ne datent pas de l’époque classique grecque. Combien de représentations dans le grand bâtiment en forme d’amphithéâtre sur le site dit WF16 dans le sud de la Jordanie et datant d’environ 9800-8200 AE[1]? Combien de mises en scène par les peuples du néolithique dans les cultures de Vinča, Cucuteni, avec leur figurines miniatures[2] ? Combien des gestes refaits avec leurs masques sur leur tête[3] ? Combien de danses du Serpent chez les hopis pour rejouer le mythe ? Enfin combien de pièces de théâtre les Grecs ont-ils joué, représentant à l’origine les sagas sacrées[4] ? Combien de Kagura se font encore au Japon ? Combien de fois furent proposées, aux âmes présentes, les scènes d’origine, le mythe d’origine, comme pour provoquer un éternel retour – aux sources[5] ? Comme pour engendrer la Catharsis de l’âme[6] ?
Tout renouveau des forces vitales est évoqué par la répétition rituelle de l’acte originaire. Et vaut pour guérison. Nous avons ça dans le mythe d’Eros et de Psyché, lorsque les corvées de Psyché achevées Aphrodite n’étant plus en colère, peut retourner jouer son rôle au « théâtre » de l’Olympe.


Si nous rejoignons James Hillman et sa vision du polythéisme de l’âme, nous concevons que nous sommes amené.e.s à jouer sur le théâtre de la vie le mythe qui est le nôtre, comme Jung parle du mythe de sa vie. C’est en quelque sorte notre « destin », nous mettant parfois en grande souffrance car l’Archétype en lui – même porte sa pathologie. Rejouer le mythe, c’est intégrer le fait que nous ne jouons pas notre seule et propre vie mais que nous interférons avec l’Archétype. En parlant de Psyché Erich Nemann écrit: « As a human being and an individual, she takes what “properly ” belongs to the archetypes[7].. » (« En tant qu’être humain individuel, elle prend ce qui “proprement” appartient aux archétypes »). Il ne s’agit pas de notre seule vie personnelle, indépendante du cosmos, elle est incluse dans le grand tout.
Dans un article sur la Catharsis, Jean-Michel Vives propose de traduire mimésis par représentation à partir des traductions qu’en ont fait Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot[8] , « la catharsis devient alors un processus lié à la représentation[9]. » La dimension apportée par cette traduction est de mimer, refaire, rejouer, mais en précisant devant un public. En quelque sorte on ne rejoue pas pour soi, mais devant et avec un autre, un témoin participatif par le regard et l’écoute. L’auteur nous dit aussi que « La Katharsis est l’action correspondant à « nettoyer, purifier, purger ». Il a d’abord le sens religieux de « purification », et renvoie en particulier au rituel d’expulsion pratiqué à Athènes la veille des Thargélies (fête de purification et d’expiation)» , Il convenait de purifier la cité en expulsant des criminels, puis des boucs émissaires, selon le rituel du pharmakos[10]. La représentation comme un miroir renvoie à celui qui en est le témoin l’écho de sa propre expérience intérieure, il s’en suit un effet de sympathia et d’analogie et la possible modification de notre perception du réel (cf Alice Miller).
D’après les sources les affects sur lesquels porterait la catharsis seraient la pitié et la crainte, mais l’auteur rajoute que l’interprétation classique en donne un sens plus large « en donnant à voir le résultat funeste des “mauvaises” passions, le spectacle tragique purgerait – ou guérirait – le spectateur de ces mêmes passions (quelles qu’elles soient, et non plus seulement la terreur et la pitié) [11]. »
Ce sont ces mêmes mécanismes que nous retrouvons dans certaines thérapies. Devant un témoin oculaire et auditif, le patient rejoue la scène originale de son drame. Il montre et fait entendre, se permettant ainsi de devenir lui -même son propre spectateur et le re – acteur du scénario. Il s’agit de l’apparition dans le champ de la conscience de certains affects qui n’ont pu être ressentis au moment de leur actualité et qui, se trouvant coincés en raison de leur liaison avec le souvenir d’un traumatisme psychique, exercent un effet pathogène.
Quand les enjeux inconscients se dévoilent, quand les différentes couches d’un conflit sont séparées, les choses ne sont plus les mêmes pour le sujet.29
Si la catharsis vaut autant pour la tragédie que pour l’expérience analytique, c’est parce qu’elle nous permet de nous épurer de l’horreur que nous pouvons expérimenter en nous approchant de la limite et de la modification que permet le langage.
La « décharge » de certaines « humeurs » dont la concentration excessive constitut la cause d’un trouble pathologique engendre un sentiment de libération et de joie. Il faut donc supposer que la catharsis réside dans cette faculté paradoxale et mystérieuse, qui serait propre au spectacle tragique, de transformer des sentiments désagréables en plaisir… Et cette mystérieuse transformation des affects négatifs, par l’art mimétique en plaisir, intéresse Aristote pour qui la catharsis substitue du plaisir à la peine. Il ne s’agit pas là d’une explication mais d’une nécessité : le poète doit procurer un plaisir qui provient de la pitié et de la frayeur et cela en les passant au tamis de la représentation.
[1] Steven Mithen, Amy Richardson, Bill Finlayson, 2023. Publié par Cambridge University Press pour le compte d’Antiquity Publications Ltd.
[2] Marija Gimbutas a trouvé de nombreuses figurines lors de ses fouilles de la vieille Europe, avec d’autres objets de même taille, des tables, des chaises, des autels, comme des théâtres miniatures.
[3] Toujours dans la vieille Europe il fut trouvé des figurines tenant leur masque animalier à la main.
[4] Avant de proposer des mises en scène politique la Grèce ne présentait que des pièces mythiques, rejouant les sagas des dieux et des déesses
[5] Voir Mircea Eliade Le Mythe de l’Eternel Retour
[6] La catharsis est un terme grec d’origine médicale et religieuse qui signifie aussi bien « purgation » que « purification ». Aristote l’utilise dans sa Poétique pour désigner l’effet de « purification » produit sur les spectateurs par une représentation dramatique. Ce terme est utilisé par toute méthode thérapeutique qui vise à obtenir une situation de crise émotionnelle telle que cette manifestation critique provoque une solution du problème que la crise met en scène.
[7] Erich Neumann, Amor and Psyche, Routledge, 2007, Kindle, emplacement 1529.
[8] Roselyne Dupont-Roc et Jean Lallot, Aristote. Poétique. Introduction p. 17-19 et note 3 du chapitre 6, p. 187-193.
[9] Jean-Michel Vives, La catharsis, d’Aristote à Lacan en passant par Freud. Une approche théâtrale des enjeux éthiques de la psychanalyse, Recherches en psychanalyse, vol. 9, no. 1, 2010, p 25.
[10] Ibid., p 24.
[11] Ibid p 23.
L’abri de Ségognole, une vulve sacrée : lecture imaginale
L’abri orné de Ségognole nous présente dans la pierre l’image d’une vulve et de 2 chevaux.
Nous pouvons imaginer qu’un être égaré passait par là un jour de pluie torrentielle et nostalgique des grands espaces où passent les chevaux les jours de grand soleil, les a gravé, pour le plaisir et la rêverie.
Oui ? « Sauf que » quand même, c’est un peu étrange de graver des chevaux, juste là si proche de ce qui ressemble parfaitement à un sexe de femme.
Bénard Alain nous en livre le descriptif sans équivoque :

« L’unique panneau orné de cette petite cavité est constitué des gravures d’un cheval complet et de l’avant-train d’un second, séparées par trois fissures naturelles, dont deux ont été aménagées, qui forment un motif vulvaire. »
« Sauf que » en plus, dans un rapport collectif coordonné par Boris Valentin, sur l’Art rupestre préhistorique dans les chaos gréseux du Bassin parisien (Programme collectif de recherche – 2018-2020), il est spécifié qu’Il y a une mise en scène planifiée. A propos des drainages qui laissent couler l’eau, il est écrit :
« Elles sont disposées en file de part et d’autre de trois fentes, initialement supposées naturelles, évoquant un triangle pelvien. Un réexamen approfondi a révélé le caractère artificiel des fentes ainsi que de nombreuses interventions anthropiques visant à modifier l’hydrologie de l’abri pour drainer l’eau vers la fente représentant la vulve. »

Et si nous regardons le schéma qui en est proposé, il s’agit d’un véritable travail d’orfèvre pour que cette « fente » laisse jaillir le flux vivifiant de manière plus que suggestive
Ainsi donc le ou la ou les graveurs n’ont pas gravé au hasard, ils ont choisi un espace qui par nature se prête à leur imaginal et mieux que ça, sont intervenus dessus pour que la ressemblance soit parfaite avec le sexe féminin et l’eau qui s’en écoule.
C’est dire l’importance que devait représenter ce symbole vulvaire pour ces gens-là, une sorte d’importance sacrée, n’oublions pas qu’ils n’avaient ni burin ni marteau et qu’il fallait vraiment vouloir.
Pourquoi rajouter des chevaux ? Que viennent faire ici les chevaux ? Ont-ils été fait après par quelques vandales ?
Les mythes et les symboles ultérieurs peuvent nous donner une piste de réponse. Les chevaux représentent une énergie puissante, agissante, humide. Ils sont souvent assimilés à l’écume de la mer, autant dire de la mère, du féminin. Cette écume, cette eau émergeant de la vulve ajoute à l’eau qui ruissèle une puissance incroyable active et féconde. Les chevaux, ici, peuvent avoir une fonction symbolique très forte, nourrissant le flux aquatique et représente la force et la puissance non pas d’une déesse qui aurait été une femme fontaine mais d’une déesse sacralisée pour sa puissance créative. Il se peut même que l’un des chevaux entre, se dirige vers, est intégré par la Vulve et que l’autre en émerge, en sorte dans un flux sans fin, une sorte d’éternité.
Ainsi il est fort possible que le fil de pensée et de perception du monde préhistorique nous apparaisse dans toute sa beauté et par ce fil qui court, les déesses Cheval, telles Rhiannon, Macha ou Epona laissent planer dans leurs courses un souvenir vivant de ce Féminin divin.
Scène du puits, Lascaux, lecture imaginale

L’exposition 2023 « Arts et Préhistoire » nous partage cette image accompagnée de ce post :
« Peint sur les parois de la grotte de Lascaux, cet ensemble d’images est l’un des rares de tout l’art paléolithique à avoir été considéré comme une « scène ». On y voit un homme étendu entouré d’animaux. Que signifie cette image ?
Pour certains, il s’agit simplement d’un accident de chasse ou d’un voyage chamanique. D’autres y voient plutôt une représentation symbolique. Elle porterait une vision sexualisée du monde ou signalerait l’arrivée près d’un puits, une zone dangereuse où l’on risque de s’intoxiquer par accumulation de gaz carbonique.
Et qu’en est-il des animaux autour de l’homme ? S’agit-il d’animaux totémiques ou sont-ils les protagonistes d’un rêve animalier ? Les interprétations sont nombreuses mais elles font l’impasse sur un détail : le rhinocéros se distingue du reste de la composition. Elles oublient aussi qu’un cheval avait partiellement été dessiné sur la paroi d’en face. »
En tant que première scène connue représentée sur une paroi préhistorique, cet élément mérite que l’on y apporte grande attention. En effet, elle peut vouloir dire tellement de choses, y compris représenter par un simple dessin une scène vécue, une simple situation. Mais que se passe t’il si nous la regardons comme une production psychique projetée sur la pierre, une sorte de rêve éveillé, une inspiration induite par l’inconscient, un rêve, un schéma mythique et archétypal ?
Sur le plan de l’observation nous voyons un taureau dont les cornes sont comme penchées vers un homme allongé. Ce taureau possède des sortes de grosses poches sous le ventre. Des testicules ? L’homme est allongé, comme mort mais il est ithyphallique. Il est nu et comme sans défense. Devant se trouve un petit oiseau, qui n’est pas un charognard, ni un oiseau de proie, posé sur un bâton bien droit. Il semble y avoir 2 flèches, dont une partant du cul du taureau dirigée vers le bas, une autre remontant. Plus loin, devant, derrière ? un rhinocéros avec la queue dans une étrange position, comme s’il déféquait. Le post fait mention d’un cheval, en face, que nous ne voyons pas.
Sur le plan des associations nous pouvons avancer que le taureau s’associe à la force et à la puissance masculine, à sa puissance de reproduction, sexuelle. Ses cornes sont tournées vers l’homme comme s’il l’avait lui-même mis dans cette situation ou comme s’il le regardait avec compassion. Ses poches ressemblent à deux gros testicules et confirmeraient l’association avec la puissance sexuelle et procréatrice.
L’homme est nu, nu comme un ver, sans fards, totalement lui-même dans son essence première. Tout en semblant mort son sexe est en érection. L’image semble relier l’essence de l’être, authentique (nu) mort et en même temps très vivant et désirant, une sorte de puissance de vie, dans la mort. Le sexe en érection fait écho aux cornes du taureau, tendues, pointues, dirigées. Les flèches semblent indiquer un mouvement descendant puis ascendant, une courbe « raide » un mouvement de l’ordre des fonctions masculines (percée, pénétration, direction) avec ici une dynamique de descendre (mourir) puis remonter (renaître)
L’oiseau est assez étrange dans ce contexte. Il s’agit d’un petit oiseau chanteur pour le différencier des charognards et des oiseaux de proie avec donc une notion de vie, de joie de vivre, avec la sensation d’appartenance au ciel, aux idées, aux éléments psychiques vivants dans la psyché. Le fait qu’il soit sur un bâton est encore plus étrange, ces oiseaux ne se posent que rarement de cette manière. Le bâton est assez phallique, masculin, comme s’il ancrait, donnait le pouvoir d’action.
Le rhinocéros est encore plus étrange, il part, ou il devance, ou bien est la conséquence. A-t-il quelque chose à voir avec l’ensemble ? Est-il en train de déféquer ? Dans quel cas il libère ses déchets, aboutit sa digestion, se libère, change de plan.
Nous ne voyons pas le cheval donc nous ne savons pas à quoi il ressemble mais nous savons qu’il est « en face ».
Sur le plan des amplifications cela devient très surprenant. Le taureau est lié aux cornes lunaires masculines des croyances les plus anciennes. Ce taureau comme la lune est sujet à mort et renaissance, de manière à régénérer la vie. Les dieux archaïques taureaux sont légion et parmi eux se trouve Osiris. Est-il besoin d’aller plus loin dans le détail quand nous avons sous les yeux un homme à la fois mort et vivant, mort tout en ayant le phallus en érection accompagné d’un oiseau actif ? Se pourrait-il que nous ayons sous les yeux la première représentation d’un schéma que nous connaissons bien, très bien, celui d’Isis oiseau sur le phallus dressé d’un Osiris, dieu Lune, mort et renaissant dans la mort ? Se pourrait-il que ce soit là une production « imaginale » (non imaginaire) de cet archétype majeur de la saga osirienne ? Le rhinocéros ne venant que confirmer ce fait d’un masculin renaissant « autre » et délesté des scories ? Le cheval, force féminine très présente dans les mythologies du monde entier, comme « pendant » à la geste masculine, « en face de » ?
Je vous laisse avec les Images. Que voyez – vous ? Qu’intégrez-vous ?
Figures symboliques du Féminin et du Masculin
Vient de paraître aux éditions du Cygne :
Les figures symboliques du Féminin et du Masculin (de la préhistoire à la mythologie)
Des scènes pariétales de la vieille Europe aux cités-mères, de Catal Hüyük aux temples de Göbekli Tepe, des mégalithes de Malte à celles de Stonehenge, puis des mythes du Japon à ceux de la Mongolie, de ceux de l’Egypte à la Scandinavie, de la Grèce aux Amériques, de Sumer à l’Irlande, l’auteure nous propose un voyage dans la symbolique des figures du Féminin et du Masculin. Elle nous permet de suivre un changement de paradigme. Elle nous révèle le glissement des sociétés matristiques aux dictas du patriarcat et les perceptions du monde qui en découlent par les substrats psychiques que nous développons.
D’une Grande Déesse des origines, le féminin chute jusqu’à devenir Parèdre, Mère, Sorcière, Oiseau de malheur. De l’Homme Vert, Sorcier, Fils Taureau, Fils Amant, Dieu Lune, le masculin s’enlise dans les ornières d’un sacrifice sanglant et cruel.
Ce que nous dit ce fil de l’histoire c’est que même gravées dans la pierre, les croyances ne sont pas immuables et nous avons notre propre responsabilité dans la manière dont nous les agissons.

Ce livre n’a pas seulement le mérite de mettre au jour les premiers récits mythologiques de l’humanité, il possède également une forte dimension politique et émancipatrice.
Olivia Gazalé
Table des matières et contenus :
La préhistoire
. Des traces dans la terre
. La violence innée ou acquise ?
Le Féminin
. Le sang des femmes
. Le matristique
La Grande Déesse
. Le serpent
. Les Vénus
. Visible et incarnée (Aataensic, Hurons…)
. L’ombre de la Déesse
Le Masculin
. L’Homme-Vert (Cernunos, Celtes …)
. Le Fils-Taureau
. Le Dieu-Lune
. Les Fils-Amants
Hiérogamos, l’union sacrée (Eros et Psyché, Grèce)
Des héritières mythologiques
. Brigid (Irlande)
. Boan (Irlande)
. Artémis (Grèce)
. Neith (Egypte)
. Isis et Hathor (Egypte)
L’arrivée des Indo-Iraniens.
. La distorsion du mythe
. Le viol de la Déesse
. Ninhursag et Enki (Sumer)
La mauvaise chute de la Déesse
. Blodeuwedd (Pays de Galles)
. La chute de la femme
. La blessure (Amaterasu, Japon)
Les Déesses qui chutent
. kam-àmàgàn (Mongolie)
. So-At-Sa-Ki (Pikumi)
. Inanna, Ishtar (Sumer, Akkadie)
. Déméter, Koré (Grèce)
. Sophia (Grèce)
. Mélusine (Europe)
. Les sirènes
Méchante
Le Fils du Père
. Odin (Scandinave)
. Lleu (Pays de Galles)
. Le Christ
Métanoïa
La beauté de la Déesse





