La femme qui s’est mariée avec un ours : la première religion

Barbara Alice Mann et Kaarina Kail, The Woman Who Married the Bear : The Spirituality of the Ancient Foremothers

Encore un de ces livres magnifiques, improbables en français. C’est à croire que nous devons obligatoirement migrer vers le bilingue, et finir par, un jour, tous parler anglais. A croire aussi que le marché francophone ne vaut pas une tasse de thé, tournicotant qu’il se trouve, autour de son seul nombril, excluant toutes réflexions qui ne soient « scientifiquement » prouvées par des experts.

Et pourtant, ce livre est écrit pas des expertes.

Barbara Alice Mann (La brune)

Ecrivaine, historienne, ethnographe. D’origine Native (Seneca) elle est spécialiste de la tradition orale et éducatrice. Université de Toledo, Toledo. Elle a publié environ 500 articles et chapitres et quinze livres, dont Spirits of Breath : The Twinned Cosmos of Indigenous America et Iroquoian Women: The Gantowisas.

Kaarina Kailo (La blonde)

Précédemment été professeure d’études féminines à l’université d’Oulu, en Finlande, chercheuse principale à l’Académie finlandaise et a occupé divers postes à l’Institut Simone de Beauvoir, au Canada. Elle a publié plusieurs livres, anthologies et centaines d’articles sur l’économie du don, l’écoféminisme/mythologie, les traditions des ours, le folklore des femmes et la guérison par le sauna. Elle est également rédactrice en chef de Wo/men and Bears. The Gifts of Nature, Culture and Gender Revisited (2008).

La différence tient au fait qu’elles ouvrent larges leurs recherches, sans exclure les hypothèses, toutes les hypothèses.

Elles explorent le retournement des mythes, le passage du matristique au patriarcat, les incidences sur l’histoire et la pensée collective. Les origines de l’histoire, l’accent mis sur la femme et son époux ours, l’enfant, puis le glissement : la femme de l’ours mise en second plan derrière le chasseur.
Ces passages sont très importants, ils nous apprennent à relire les mythes, à renverser la vapeur d’une pensée patriarcale qui a tout chamboulé.

D’après elles le mythe de la femme qui épouse un ours est représentatif de la première religion, le contrat entre les humains et la nature véhiculé par les grand- mères.


Puis de l’Amérique du Nord à l’Eurasie indigènes elles détaillent les éléments mythiques et folkloriques qui étayent cette thèse.

C’est un véritable bain de jouvence, un retour aux sources et aux racines.

C’est pour moi une libération. Baignée des histoire de Jean de l’Ours dans mon enfance, avec cette lecture d’un féminin un peu dégueulasse parce qu’il couche avec un ours, j’y retrouve l’énergie sauvage de mon essence humaine et féminine. Le « contrat » passé avec la nature, l’osmose, la complicité. Le message des grand-mères et non celui des hommes omnipotents.

A la mode ancienne, non je ne présente pas « que mes livres », je parle aussi de ceux des autres, de ceux des femmes surtout, de ceux des sœurs. Je tente tant que faire se peut, de pratiquer la sororité qui manque à nos frontons.

Démocratie : le mythe et la réalité

Il y a environ 20 ans mon plus jeune fils avait dans un devoir d’école évoqué le fait que les Gaulois portaient des côtes de mailles. Haro de la maitresse d’école, pas encore appelée Professeur des écoles, qui considérait que la côte de mailles c’était au Moyen Age. Mauvaise note et humiliation. Mais l’enfant rapporta à sa mère et je suis allée afficher les « recherches » sous le nez de la dame. Il aurait été intéressant, qu’elle se demande où l’enfant avait été cherché de telles « inepties » avant de lui faire baisser le front comme un idiot de passage.

N’est-il pas un bien nécessaire de revisiter l’histoire, celle écrite par les vainqueurs et qui se croit sortie de la cuisse de Jupiter ?

Que nous apprend l’école au sujet de la démocratie ?

Nous sommes fiers de notre démocratie et tout autant de la faire remonter aux calendes grecques. Ha ces grecs et ces Romains à qui nous devons tout ? Mais tout quoi ?

Le flou, l’oubli, l’obstruction, l’ignorance sont passés par ici car si la démocratie n’est pas une invention moderne, ce n’est pas des Grecs antiques qu’elle tire son origine. C’est son origine déviante, la démocratie réduite aux hommes « libres » dans une société qui instaure la mise en place d’une hiérarchie pyramidale que nous devons aux Grecs. Avant eux, existait une autre démocratie, une vraie démocratie, qui aurait pu nous inspirer plus avant, nous évitant tous les conflits et les douleurs pour cette égalité démocratique que nous tentons de vivre.

Pour rappel

Si en Nouvelle Zélande les femmes ont obtenu le droit de vote en 1893, en Angleterre elles ont attendu 1928 après bien des combats, la mort d’une suffragette sous les pieds d’un cheval et le gavage des autres lors de leur grève de la faim.

En France, il a fallu attendre le 21 avril 1944 pour que les femmes obtiennent le droit de voter et de se présenter à une élection, après plus de 150 ans de mobilisations civiques

Quand la recherche et le mythe disent la même chose

Le professeur Haarmann nous explique comment le contexte des révolutions en Amérique (1776) et en France (1789), le renouveau des valeurs démocratiques s’est référé au modèle de la démocratie athénienne, sans en refléter depuis longtemps l’ensemble des valeurs fondamentales. Dans la société de la Grèce antique, il n’y avait plus d’égalité entre les femmes et les hommes, et il y avait la grande partie des sans-droits, les esclaves.

Pour lui, lorsque Clésthène a introduit un ordre social démocratique dans l’État athénien en 507 avant J.-C., il ne s’agissait pas d’une orientation absolument nouvelle dans l’histoire du monde. Clésthène pouvait s’appuyer sur le modèle de gestion communale dans les communautés villageoises. Le réseau social dans les communes n’était pas structuré de manière hiérarchique. Les décisions étaient prises par des conseils de village et leurs membres étaient des représentant.e.s élu.e.s.

Si la recherche peut nous démontrer cette réalité, le mythe confirme. Quand les gens d’Athènes souhaitèrent choisir le dieu ou la déesse protectrice de la cité (nous sommes donc bien au moment de la création de la cité), les hommes voulaient le cheval proposé par Poséidon, les femmes Athéna. Ici il est très clair qu’il s’agit d’un « conseil » composé des hommes et des femmes, antérieur et héritier d’une démocratie qui porte bien son nom.

Il est raconté que les femmes gagnèrent d’une voix. Que les hommes aient accepté que ce soit Athéna mais à 3 conditions :

  • Que les femmes ne soient plus citoyennes
  • Qu’elles ne soient plus appelées athéniennes
  • Que les enfants ne portent plus le nom de leur mère

Peut-on trouver plus clairement exprimer la mise en place du système patriarcal qui ne reconnait plus à la femme le « droit » des choix politiques et personnels la concernant ? Peut-on lire plus clairement la fin de la lignée matrilinéaire ? Car en définitive si les enfants ne portent plus le nom de leur mère ils écopent de celui de leur père.

Alors oui nous avons hérité des Grecs la démocratie, mais nous aurions pu hériter encore mieux, de l’archaïque démocratie qui compte dans son « peuple » cette moitié de l’humanité qui pendant plus de 2000 ans n’eut droit qu’à l’oppression.