Le Premier Dieu

A quoi pouvait ressembler le premier dieu de la préhistoire ? Quelles sont les traces que nous avons d’une vénération au masculin ? Quel pouvait bien être l’idéal du mâle à l’aube de l’humanité ? Des sorciers dansant des cavernes à l’homme vert, des taureaux célestes aux dieux lune quel chemin se dessine ? Les féminins sont plus nombreux dans ces traces préhistoriques, mais un premier dieu se révèle bien différent de ceux dont nous avons l’habitude.

Les ouvrages de Sylvie Verchère

La Grande Déesse : quand Dieu était une femme

Une fascination, une vénération, un culte à une grande déesse existait durant toute la préhistoire. Nous pouvons le suivre à travers les Vénus préhistoriques, les figurines du Néolithique, les grottes matrices, les cairns utérins, les temples, les autels consacrés, le culte du feu, les déesses génératrices de vie, les déesses gardiennes de la mort et tout un ensemble de choses qui font qu’il est impossible de ne pas la concevoir manifestée sous forme de croyance religieuse. Sous la butée des colonisations indo-européennes, la conception du monde change, il advient une autre forme de croyance et les déesses vont s’adapter, d’une manière ou d’une autre, sans jamais vraiment disparaitre.

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Un temple de 6000 ans chez les premiers agriculteurs

(A partir des travaux 12/2023 d’Alexandre Zavalii
Département d’études religieuses de l’Institut de philosophie HS Scovoroda de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine, Kiev, Ukraine) Culture Cucuteni Trypilla.

Les dernières recherches ont permis de clairement identifier un temple européen vieux de 6000 ans, qui par ses caractéristiques permet de repérer d’autres structures ayant les mêmes fonctions et servant les mêmes croyances.

Le temple de la proto-cité de Nebelivka est situé dans la partie est de l’anneau intérieur de l’ensemble des bâtiments habités du site.  

Les fouilles du temple ont révélé une volonté claire de planification et une réflexion de l’habitat de Nebelivka par rapport au temple lui-même. Il se trouvait sur un haut promontoire qui permettait de le voir à une distance de plusieurs kilomètres. L’entrée centrale est orientée vers le soleil levant, et toute la « mégastructure » spirituelle est orientée est-ouest. Le bâtiment se compose de deux pièces (40 × 20 m et 20 × 20 m) et d’une cour adjacente (tel qu’indiqué par Gimbutas sur d’autres fouilles).

Il fut trouvé dans l’enceinte du temple sept autels dédiés au feu, un podium en argile avec un ensemble d’ustensiles religieux, des moulins à grains rituels, une table en céramique, des coupes cérémonielles et bien d’autres objets dont le fabuleux disque de Nebelivka

Au centre de la salle rituelle une fosse peinte en rouge a été découverte. Elle a d’abord été creusée dans une intention rituelle – comme l’indique l’ocre rouge – puis comblée jusqu’au niveau du sol. Ce point central été disposé de manière à souligner sa profondeur. Une étude  rattache ce symbole central à « l’arbre religieux » (« arbre de vie », « arbre du monde », etc.) qui était courant dans les cultes archaïques. Zavalii se réfère aussi à Eliade, qui considérait nécessaire de prendre en compte le fait que le placement de « piliers de vision du monde » au centre des agglomérations portait l’idée de « l’Arbre de vie » ou de « l’Axe céleste du monde ». Les fosses elles-mêmes et les dépôts qu’elles contiennent, trouvent leur origine dans les croyances sur la revitalisation des bâtiments par l’établissement d’un lien avec une divinité protectrice. Les échos de « l’arbre sacré » dans l’espace de l’autel du temple et le temple lui-même ont partiellement trouvé leurs manifestations ultérieures dans les cultures du monde.

Le plus fondamental à l’intérieur du temple de Nebelivka est que toute la structure est orientée vers le lever du soleil à l’équinoxe. Cela garantissait l’entrée de la lumière du soleil dans le temple les jours, sans aucun doute, les plus solennels de l’année. Le temple a été construit de manière à ce que le « couloir solaire » se rétrécisse à mesure qu’il approche du centre : les bâtisseurs ont concentré les rayons du soleil sur le symbole principal du temple les jours sacrés de l’année.

Ainsi, sur la base du « modèle » spatial du temple de Nebelivka, il est possible d’identifier d’autres sanctuaires et temples en Europe centrale.

Il est tout aussi stupéfiant de faire un parallèle avec les constructions mégalithiques d’Irlande, de Malte ou d’ailleurs en Europe de l’Ouest où la lumière solaire pénètre à un instant T de l’année, touchant les profondeurs de l’alcôve.

Des migrations réelles et mythologiques en Irlande

De la colonisation de l’Europe par les Yamnayas et leurs descendants, la France ne parle que du bout des lèvres (Peut-être que ….) En Irlande, ce curseur n’est pas encore intégré dans leur dessin de la préhistoire. Et c’est très difficile dans la mesure où les mythes celtiques irlandais sont mis en scène dans les sites mégalithiques, les divinités celtiques évoluent sur les sites mégalithiques ; nous avons tendance à les amalgamer.  Or il ne s’agit pas du tout de la même époque. Les Celtes n’ont pas construit les mégalithes.

Cependant cela nous donne beaucoup d’indications sur la manière dont l’Horizon Yamnaya[1] s’est installé en Irlande : se rattachant à de très nombreux concepts antérieurs. Nous le voyons très clairement dans les mythes et dans le système de société (autonomie des femmes, religieux)

Les traces mégalithiques sont nombreuses en Irlande et la tradition celte en a intégré de nombreux concepts.

 Ce que l’Irlande a « gagné » de l’Horizon Yamnaya c’est la guerre, le culte du héros guerrier et le tripartisme. Le reste est à rattacher aux cultures antérieures.

(migration 1, l’arrivée des agriculteurs)
Lors de mon dernier voyage en Irlande je visitais l’Heritage Park. Il était bien expliqué que des peuples étaient arrivés par bateaux, emmenant avec eux les cochons, chèvres, moutons, chevaux, chiens….

J’imaginais donc des embarcations, qui ne ressemblaient certainement pas à celles que nous connaissons, porteuses de toute cette faune et de tout un ensemble d’humains, femmes et enfants compris. Ce devait être impressionnant de les voir débarquer. Nous référant aux travaux de Françoise Gange ne pouvons-nous y voir la symbolique de l’Arche de Noé, réalité historique (fuite devant les Yamnayas ?) transférée sur le mode mythologique, avec torsion et christianisation du mythe d’origine ?

Les migrations, l’Irlande les connait, bien, très bien et les mythes en sont un écho fidèle.
En particulier il est un moment question de l’arrivée de peuples venus d’Espagne. Or l’archéologie et l’ADN nous parle de migrations venues d’Ibérie, il y a quelques milliers d’années.
(migration 2, arrivée de l’Horizon Yamnaya).
Kristian Kristiansen nous en parle :

Images conférence Kristian Kristiansen

Ce que nous appelons la culture Campaniforme a pour origine l’Horizon Yamnaya ! Il faut donc lui accorder, en plus de ses pots, la guerre, les chefs de guerre, l’androcratie etc. Kristian Kristiansen nous explique que les peuples du Campaniforme ont migré le long de la coté Atlantique vers le Nord-Ouest de l’Europe. Que dans les terres ils se sont trouvés nez à nez avec ceux de la culture des Céramiques cordées (issue aussi de l’Horizon Yamnaya). Ils ont pris la mer vers les îles…. Ils venaient bien d’Ibérie….emportant avec eux la culture belliqueuse et guerrière des Yamnayas.

Les Celtes seraient un mélange de « Yamnayas » ayant largement intégré les anciennes cultures néolithiques mégalithiques….. A suivre ….


[1] Haarmann donne à la culture Yamnaya le nom d’Horizon car il ne s’agissait pas d’un seul peuple mais d’une communauté d’idées, de culture commune, guerrière, androcentrée, patriarcale.

Le Culte de la Grande Déesse des origines

Retrouver le chemin de la Déesse c’est savoir par où elle est passée, par quoi tout a commencé et comment. Nous verrons que le chemin se dessine clairement, des Esprits Femmes de la nature aux Déesses flamboyantes de l’antiquité.

Le culte de la débilité, l’histoire et la préhistoire

L’étude de l’histoire et de la préhistoire ne peut procéder que par tâtonnements et progresser au fil de nouvelles découvertes, de nouveaux « outils » (Carbonne 14, ADN etc.). Ainsi nous devons tenir compte de ce qui nous fut conté, pas à pas, mais aussi de ce que nous savons maintenant, tout en sachant que nous en saurons certainement plus dans 50 ans. Mais quand même nous ressortir des trucs qui datent de Mathusalem, c’est un peu grotesque.

J’avais entre 8 et 12 ans quand mon père me sortait l’histoire machiste des hommes qui furent obligés de prendre le pouvoir face aux femmes qui en avaient abusé : légitimité de la suprématie masculine. Et mon père c’est belle lurette quant aux connaissances Pourquoi nous ressert-on la pourriture de cette soupe ? Devons nous continuer à mesurer nos crânes pour savoir lesquels d’entre-nous sont plus intelligents ou mettre en cul de basse fosse ceux qui disent que la terre tourne autour du soleil ? Devons – nous continuer à croire que ce sont des esclaves qui ont construit les pyramides parce que Machin l’a dit il y a 150 ans ?

C’est incroyable comme certains « spécialistes » s’accrochent à leurs croyances, comme si leurs thèses étaient parole d’Evangile. Tout le monde n’est pas Renfrew capable de remettre en cause son propre travail et par conséquent faire évoluer ses thèses, au service de la science et de l’humanité, non d’un égo démesuré.

Et le boulot de titan de Kristiansen, d’Haarmann ? Ça compte pour du beurre ? Gimbutas et ses Kurganes (Yamnayas), validée par l’ADN et la linguistique ? Une femme donc une folle ? Nous en sommes encore là !

Analyser le lointain passé à travers le prisme de notre vision des choses est un dangereux piège duquel certains spécialistes se méfient comme de la peste, pas la majorité. Le silence est imposé à cette minorité (pas de traduction, pas de visibilité « commerciale ») . Osons lever le voile et sortir la poussière de sous les tapis. Assurément ce n’est pas en lisant ce genre d’article que nous y arriverons.

J’avoue que je n’ai pas tout lu. Quelques paragraphes choisis sur le fil ont suffi pour me donner la nausée. Je vous laisse chercher les clés de RElecture. J’entends déjà les commentaires « c’est vrai ils l’ont écrit dans un magazine », comme « ils l’ont dit à la télé », « sur Internet ». Notre culte de la fainéantise nous rabaisse à croire tout ce que l’on nous sert sans poser de questions et nous entraine à la pensée unique, la seule, la grande vérité, le dogme. La connerie.

A New Grange il n’y a pas que New Grange

Nous avons la fâcheuse habitude de citer 1 nom et de visiter 1 site et lorsque nous le visitons gardons notre attention sur l’exploit de construction, la beauté, le mystère. Une grande partie d’entre nous tente aussi de porter attention à ce que nous ressentons. Le site de Brú na Bóinne nous démontre que ce n’est pas la bonne lecture. 

Lorsque nous visitons un site, nous devrions « regarder » avec attention, le « où » et l’ensemble du « où ». 

Quand je débarquais à Carrowmore ou bien à Loughcrew en Irlande, les constructions m’ont semblées puissantes, magnifiques, incroyables, mystérieuses. Cependant c’est lorsque je pris conscience du « où », de l’autour et de l’environnement que je me suis sentie embarquée dans un autre monde, une autre dimension, un autre système de pensée. Assise près de Listoghil (Tombe 51), je remarquais le U formé par les montagnes environnantes, le cocon dans lequel se trouvait les tombes. Et surtout, je me sentais veillée de tout son regard par Maeve, placée plus haut, au-dessus, surplombant tout à Knocknarea. Par évidence les peuples de la Déesse savaient ce qu’ils faisaient en faisant là, en choisissant l’angle et l’orientation, toujours en phase avec le soleil.

A Loughcrew c’est tout aussi marquant. L’enfilade de sites sur plusieurs sommets, ne peut se saisir si l’on se contente de ne voir que le Cairn T, maison de la Cailleach  sise en haut, encore, toujours, trônant sur sa chaise et regardant l’horizon.

Il en est de même du côté de la Vallée du Brú na Bóinne. Nous ne parlons que de New Grange et lorsque nous avons la chance de le visiter, de sa grandeur et de sa beauté. C’est un fait, c’est beau, c’est grand, c’est mystérieux.

Cependant, nous le comprendrons bien différemment si nous regardons le « où », si nous regardons l’environnement dans ce « où ».  

Brú na Bóinne s’appelle aussi Bealach Bo Fionn, maison des fées de la rivière de la déesse vache blanche, demeures des divinités principales de la mythologie irlandaise, l’endroit où elles se manifestent. Le nom signifie littéralement « La maison des esprits ».

New Grange est connu pour être la demeure du dieu soleil, le Jeune Oengus, mais le lieu dans son ensemble est d’abord lié à la déesse Bo, Boan, composé de 3 cairns et non des moindres :  Newgrange, Knowth et Dowth.

  • New Grange est donc la célèbre Bru Meic in Oc, la maison du jeune dieu soleil (80 m de diamètre)
  • Knowth est Cnocha ou Cnocbo dédié à la déesse Bo (90 m de diamètre)
  • Dowth est Dubhad la maison de l’obscurité (85 m de diamètre).

Regardé dans son ensemble le lieu nous livre 3 monticules reliés à la naissance, la vie et la mort.

New Grange représente la renaissance du soleil à l’aube et nous savons comme il pénètre ses profondeurs au moment du lever du soleil au solstice d’hiver. Knowth de son côté est aligné sur les équinoxes, ce qui fait dire à Frank Roberts « un alignement du soleil au mi-point de sa course » et Dowth est aligné au soleil couchant du solstice.

C’est en prenant conscience de cet ensemble que nous pouvons rencontrer la pensée préhistorique des constructeurs de mégalithes. C’est à ce point là de regard que nous pouvons commencer à approcher leur conception du monde et de la vie, tournée et orientée vers cette osmose entre l’espace cosmique et l’humanité. Il ne s’agit pas ici d’un culte à une divinité suprême nous exhortant à la puissance ou à la soumission, un maitre de guerre ou un juge. Il ne s’agit même pas du seul culte au soleil, à la lumière, il n’y a pas que le « fils », que l’homme, mais une tentative d’alignement sur les mouvances cycliques du Cosmos, avec l’humain à la jonction, naissant, vivant puis mort, retournant dans les sombres mystères de Sa Mère Première.