Rêver de serpent : de la peur à la guérison

Quel est ce serpent qui entre en votre bouche  ? 

Le serpent, et le vert en particulier, apparaît régulièrement dans nos songes. La peur que notre culture projette sur cet animal transforme souvent le rêve en cauchemar. Plusieurs récits me reviennent en mémoire : l’un met en scène un serpent mordant la rêveuse au sein gauche ; l’autre, plus récent, montre un petit serpent vert pénétrant dans la bouche d’une femme allongée sur des pierres.

Afin de ne pas projeter nos propres peurs du serpent, nous avons procédé à des amplifications dont les références sont nombreuses. Loin de l’animal de nos interprétations effrayées, le serpent est l’un des plus anciens symboles de guérison de l’humanité, précisément en raison de sa mue — symbole de régénération — et de son venin qui, à dose infinitésimale, devient un remède.

La première étape consiste à observer l’attitude du reptile : est-il agressif ou calme ? Dans les exemples cités, les serpents sont actifs mais nullement menaçants, ce qui indique que leur énergie approche avec bienveillance.

Je suis debout devant une sorte d’endroit où on lit des augures. Un serpent émerge d’un puit et se précipite sur moi, me mord le sein gauche.

L’approche jungienne : la fécondation du Conscient

C.G. Jung voit dans ce motif un « archétype de transformation ». Dans ses notes du séminaire de 1930-1934, il analyse le cas d’une patiente ayant des visions de serpents pénétrant son corps. Pour lui, le serpent incarne la Libido (l’énergie psychique). Qu’il entre dans le corps signifie que l’Inconscient « féconde » le Conscient. L’absence de panique dans le rêve indique que le « Moi » ne lutte pas contre cette intégration : c’est le passage d’une vie purement biologique à une vie spirituelle et intuitive plus riche.

De la Grèce antique aux racines du soin

Cette image produite par notre inconscient nous rattache à des racines archaïques. Dans la Grèce antique, le rituel de l’incubation (enkoimesis) consistait à dormir au sol dans un temple d’Asclépios pour recevoir une vision curative. Les Stèles d’Épidaure (notamment les n°17 et n°39) témoignent de guérisons miraculeuses où un serpent sacré s’approchait du visage du dormeur. Ici, le serpent est l’épiphanie du dieu Asclépios.

Dans la pièce Ploutos d’Aristophane, le poète décrit comment les serpents du temple lèchent les paupières ou la bouche des malades. Ce contact symbolise le « souffle » du dieu pénétrant l’humain pour restaurer l’harmonie. La source mythique raconte d’ailleurs qu’Asclépios apprit les secrets des plantes en observant un serpent en ressusciter un autre à l’aide d’une herbe médicinale tenue dans sa gueule.

Il existe également un lien étroit entre Asclépios et Dionysos sous la forme charnière de Sabazios et du rite du « serpent dans le sein ». Cette divinité thraco-phrygienne, souvent qualifiée de « Dionysos nocturne », occupait une place centrale dans les cultes à mystères. On y pratiquait un rituel d’initiation consistant à faire passer un serpent vivant (ou en or) sous les vêtements de l’initié, le faisant glisser de la poitrine jusqu’au sol.

Ce geste, loin d’être une simple provocation, illustre l’abolition de la distance entre l’humain et le divin : en laissant le reptile parcourir sa peau, l’initié accepte que l’énergie brute et sacrée de la nature pénètre son intimité la plus profonde pour le transformer. Clément d’Alexandrie décrit ce processus par la formule « le dieu à travers le sein » (ho dia kolpou theos). On retrouve ici l’idée d’un serpent qui parcourt le corps, faisant écho à cette expérience onirique :

« Je suis prête à dormir. Je sens un serpent monter le long de ma jambe et se promener lentement sur tout mon corps. Je n’ai pas peur. Cela me procure de l’énergie, puissante et vivifiante. »

Il ne faut pas non plus occulter la déesse Hygie, souvent représentée abreuvant un serpent à une coupe qui, par amplification, n’est pas sans rappeler un sein. Pour cette fille d’Asclépios, la guérison ne vient pas seulement de l’intervention divine, mais de l’entretien de la vie. Le serpent buvant à la coupe symbolise l’harmonie entre l’humain et les forces de la nature.

Le souffle de vie égyptien et amazonien

« Je vois une femme allongée par terre, sur des pierres. Elle semble dormir la bouche ouverte. Un serpent vert, très fin et agile, entre rapidement dans sa bouche, par le côté gauche. »

Pour les Égyptiens, le serpent est lié à la protection solaire et à la régénération éternelle. Dans le Livre de l’Amduat, le serpent Mehen entoure la barque solaire. Dans les textes funéraires, le défunt doit parfois absorber l’énergie du serpent pour renaître. La couleur verte (Ouadj) est celle de la résurrection d’Osiris. Un serpent vert entrant par la bouche est l’image exacte du « souffle de vie » (le Ka) réintégrant le corps. La position allongée de la rêveuse évoque la momie en attente de l’« ouverture de la bouche » (rite de l’Ouert-Hékau).

Dans les chamanismes d’Amazonie (chez les Shipibo ou les Tukano), le serpent incarne l’essence de la connaissance végétale. Dans Le Serpent Cosmique, Jeremy Narby documente des visions où des serpents jumeaux pénètrent le corps du chaman. Ce passage par la bouche représente la transmission de la mélodie de guérison (l’Icaro). Le chaman « avale » l’esprit de la plante pour restituer son pouvoir par le souffle.

Traditions du monde : Nâgas et Serpent Arc-en-Ciel

En Inde, les Nâgas sont les gardiens des trésors spirituels. Le philosophe Nagarjuna aurait été instruit par eux dans leur royaume sous-marin pour recevoir les textes de la Prajnaparamita (la Sagesse parfaite). En Australie, les Aborigènes invoquent le Serpent Arc-en-Ciel pour la fertilité. Les chamans tirent leur pouvoir de cristaux de quartz considérés comme des fragments du corps du Grand Serpent créateur.

« Je suis engluée dans la boue, seules mes jambes sont visibles. À côté de moi, un serpent est dans la même posture : sa tête est immergée, seule sa queue dépasse. L’homme que j’aime me tire par les jambes et m’extrait de la boue. Dans le même mouvement, il extrait aussi le serpent. »

Conclusion

Loin de représenter nos péchés ou nos peurs, beaucoup de nos serpents oniriques apparaissent comme de puissants alliés. Pendant des millénaires, nous avons cherché dans nos rêves ce serpent d’un vert de renaissance. Sachons observer la sagesse de notre inconscient lorsqu’il nous les montre dans leur essence première, in illo tempore[1], comme à l’aube du premier jour : une guérison en cours.


[1] L’historien des religions Mircea Eliade a théorisé le concept de l’« illo tempore » pour désigner le temps de l’origine. C’est l’époque mythique où le monde fut créé et où les modèles de comportement furent établis. Par le rite, l’humain cherche à réintégrer cette pureté originelle.

Arbres à loques, arbres aux souhaits

Qui sont les malotrus qui accrochent aux arbres à loques des couches sales de bébé, des objets en plastique ? Sacrilège quand on sait que ces pratiques sont les reliquats de croyances animistes, chamaniques des premiers temps de l’humanité. Sur de nombreux continents l’habitude se fait encore de laisser un peu de nos fils sur les troncs et les branches, murmurant nos prières au vent…

Le Premier Dieu

A quoi pouvait ressembler le premier dieu de la préhistoire ? Quelles sont les traces que nous avons d’une vénération au masculin ? Quel pouvait bien être l’idéal du mâle à l’aube de l’humanité ? Des sorciers dansant des cavernes à l’homme vert, des taureaux célestes aux dieux lune quel chemin se dessine ? Les féminins sont plus nombreux dans ces traces préhistoriques, mais un premier dieu se révèle bien différent de ceux dont nous avons l’habitude.

Les ouvrages de Sylvie Verchère

La Grande Déesse : quand Dieu était une femme

Une fascination, une vénération, un culte à une grande déesse existait durant toute la préhistoire. Nous pouvons le suivre à travers les Vénus préhistoriques, les figurines du Néolithique, les grottes matrices, les cairns utérins, les temples, les autels consacrés, le culte du feu, les déesses génératrices de vie, les déesses gardiennes de la mort et tout un ensemble de choses qui font qu’il est impossible de ne pas la concevoir manifestée sous forme de croyance religieuse. Sous la butée des colonisations indo-européennes, la conception du monde change, il advient une autre forme de croyance et les déesses vont s’adapter, d’une manière ou d’une autre, sans jamais vraiment disparaitre.

Le Culte de la Grande Déesse des origines sur Amazon

Le Culte de la Grande Déesse des origines

Retrouver le chemin de la Déesse c’est savoir par où elle est passée, par quoi tout a commencé et comment. Nous verrons que le chemin se dessine clairement, des Esprits Femmes de la nature aux Déesses flamboyantes de l’antiquité.

Aataensic Awenhai, partie 2 du mythe

MosaiCulture Gatineau 2018: Mother Earth, the Legend of Aataensic
MosaiCulture Gatineau

Première femme, première mère, première grand-mère sur terre

La plus ancienne version de la deuxième partie du mythe[1]
(voir première partie du mythe : Aataentsic Femme du Ciel))

L’histoire d’Aataensic ne s’arrête pas quand elle arrive sur le dos de la tortue et que les animaux remontent du fond de l’eau la première Terre…

Aataensic arriva sur le dos de la tortue enceinte d’une petite fille qu’elle appela Lynx (ou celle qui porte des fleurs). Sur ce qui était devenu Turtle Island elle construisit une maison longue (telle que les construisaient les Iroquois). Elles y vécurent heureuses et fusionnelles.

Lorsque Lynx fut en âge de procréer elle tomba enceinte du dieu du Vent du Nord..

Ses enfants furent deux paires de jumeaux. Deux filles, fille du Nord et fille du Sud. Et, deux garçons, garçon de l’Est et garçon de l’Ouest.

Épuisée Lynx mourut et fut inhumée sur Turtle Island où elle se transforma en terre féconde et nourricière : le « lait de la terre », le maïs, jaillit de ses seins, la courge de son nombril, les haricots de ses pieds. Ce sont ses trois autres enfants, trois filles sacrées. Dans certaines versions le tabac jaillit de sa tête.

La mort de Lynx affecta tellement Aataensic qu’elle sombra dans un chagrin profond. Pour attirer l’attention de leur grand-mère les enfants rivalisèrent entre-eux en agrémentant la Terre de forêts et d’animaux. Leurs créations étaient antagonistes, dès que l’un eut inventé les fraises, l’autre inventait la rose épineuse. Quand l’un produisit de paisibles animaux, l’autre créait les bêtes rugissantes. Pour finir l’un d’eux provoqua un âge de glace, menaçant toute vie. La Grand-Mère sortit de sa torpeur et demanda alors qu’il reste sage à l’intérieur d’une montagne où son frère l’enferma.

La vie repris son cours.

Devenue vieille La Déesse partit se retirer dans le monde souterrain et en partant créa la Voie Lactée, le « Chemin des Esprits » pour montrer à ses petits-enfants le chemin vers elle. Pour qu’ils puissent mesurer le temps elle plaça la lune dans le Ciel.

Son petit-fils de l’Ouest et sa petite fille du Nord vivaient avec elle sous les Rocky Mountains. Ils divertissaient les Esprits de la Terre des morts. Son petit-fils de l’Est et sa sœur du Sud hissèrent leur grand-mère jusqu’à la lune et, depuis, son visage y sourit. Eux trois divertissent les Esprits du Ciel des morts et Aataensic les renvoient afin qu’ils renaissent.

Voie lactée
La Voie Lactée

La version de cette partie du mythe n’est pas encore entravée par les censures catholiques et ne porte aucune trace d’une trame patriarcale. Son schéma très archaïque nous montre parfaitement celui que nous retrouvons dans les mythes les moins déviants de leur origine. Le Féminin descend du Ciel, s’incarne, puis descend dans le monde souterrain pour enfin remonter au Ciel. C’est bien le même schéma que nous avons dans le mythe irlandais de La Courtise d’Etaine, dans La Caverne Céleste du Japon d’Amaterasu. Mais plus archaïque encore, il ne montre pas de Masculin violent, violeur, guerrier, qui signe l’arrivée du patriarcat. Le Masculin est présent, mais il est « petit- fils », ce qui n’est pas sans rappeler le schéma archétypal de la Grande Déesse et de son fils-Amant, tout en exposant des caractéristiques encore plus anciennes : Lynx ne conçoit qu’avec le dieu du Vent du Nord. Le Masculin met en œuvre le monde crée par la grand-mère, il ranime la grand-mère, il hisse la grand-mère. La seule force qui meut l’ensemble c’est l’amour de la mère pour la fille, de la grand-mère pour les petits-enfants, des enfants pour leur mère et grand-mère. Pas de conquête, de volonté de possession, de « contrôle ». Ce mythe n’est pas naïf, il est archaïque, cosmique, à la source du monde. Il nous écrit la nature profonde du divin, le sacré de la Nature et du lien que nous avons avec « elle ». Il nous rappelle comment nous sommes à l’origine. Il est la Nature seule et notre Danse sacrée, Le Féminin créateur et nourricier, le Chemin qui est le sien dans son essence profonde, quand il peut agir sans diktas.

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Du coté des Archétypes féminins Aataensic couvre le spectre d’un bout à l’autre : fille, mère, grand-mère. Chute, descente, remontée[2], du Ciel à la Terre, de la Terre au Monde souterrain, du Monde souterrain au Ciel : Elle a accompli l’unification de la Terre et du Ciel. Et, surtout, elle joue le rôle de celle qui fait passer de la mort à la renaissance, cette fonction très caractéristique des Grandes Déesses, telle que Morrigu[3] ou Kali. Cette énergie particulière qui fait émerger la vie de la mort, comme Isis avec Osiris … Il y a aussi du Déméter… qui pleure sa fille. Nous n’avons pas le mythe original de Déméter, celui que nous connaissons est déjà passé par le prisme patriarcal, mais nous pouvons aisément imaginer combien la remontée de Koré/Perséphone devait être plus aisée et moins violente que celle que nous lui connaissons. Depuis Aataensic il a fallu « manger les pépins de grenade » qui n’ont pas la réputation d’être très agréables ! Et depuis les pépins de Grenade acidulés, le Féminin a avalé bien d’autres amertumes.

Mais la mythologie amérindienne nous dit aussi autre chose comme Heide Goettmer-Abendroth n’oublie pas de le mentionner (Et nous prendrons le temps de nous pencher sur cette particularité). Les « sociétés médecines[4] » amérindiennes travaillaient (travaillent encore) avec ces mythes, ce mythe chez les Iroquois. Cela nous donne une vision réelle de la pratique chamanique qui n’est pas détachée des mythes, des dieux, du religieux : « La croyance traditionnelle en la divinité de la féminité est aussi en train d’avoir de nouveau cours aujourd’hui et elle est particulièrement associée aux cérémonies des sociétés médecines de femmes. Le plus ancien et le plus puissant des esprits est la mère totale, dans tous ses aspects, en tant que fille, mère et grand-mère. Son nom iroquois est « Aetensic » ou « Awenhai »[5]… »

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J’aime profondément ce conte d’Aataensic, de cette Femme du Ciel, sans aucun doute parce que j’y trouve mon chemin, moi qui suis à l’âge des grands-mères : il couvre le cercle de ma vie de femme. Je l’aime aussi par sa beauté, sa vibration sauvage, sa forme cosmique, sa poésie…  J’y entends le bruissement des feuilles des arbres, le chuchotement des sources, le reflet de la lune et le cri des oiseaux. J’y sens l’humus de la terre, le terreau… J’y vois le soleil qui se lève et qui chute, tourne sa lourde tête dans le flanc des montagnes, puis revient à moi, dès l’aube…. Cette poésie touche l’âme car nous sommes de même nature que les feuilles des arbres, le chuchotement des sources, le soleil et la lune… de la poussière d’étoile…

 

 

 

[1] Après de nombreuses recherches sur les différentes versions proposées du mythe d’Aataensic, cette version est donnée par Heide Goettner-Abendrothqui tient ses sources de Barbara Alice Mann (Les sociétés matriarcales, Editions des femmes, 2019). Elle rejoint en de nombreux points les plus anciens mythes connus de la Grande Déesse des origines.

[2] Voir mon ouvrage Les Figures symboliques du Féminin et du Masculin, Du Cygne, 2019.

[3] Voir mon ouvrage La Femme dans la société celte, Du Cygne, 2014.

[4] Médecines mais avant tout spirituelles

[5] Heide Goettmer-Abendroth, Les sociétés matriarcales, Editions des femmes, 2019, p. 378.

Aataentsic, légende amérindienne (suite)

tiggerMon article sur Aataentsic est l’un des plus lu de mon blog. Il est lu par de nombreux Canadiens mais aussi des Américains de toutes origines et des Européens. Sans doute parce que ce mythe est peu connu tout en recelant des merveilles de sens. Sa source très archaïque ne se contente pas de nous faire rêver ou de nous instruire, elle touche les couches les plus profondes, les plus sauvages, les plus naturelles de notre âme et notre époque en a bien besoin.

La culture amérindienne n’est pas juste une danse de sorciers, de faiseurs de pluie ou de quête de visions, elle est riche et multiple. Elle possède des divinités magnifiques et des trames mythologiques qui n’ont rien à envier aux autres cultures. Approchée dans sa profondeur la culture « chamanique » s’éloigne de son image d’Epinal, de danseurs fous aux visions fantasmagoriques, pour s’inclure dans un contexte particulier et une réalité mythique, psychique, d’une grande pertinence.

J’aurai pu, j’aurai du, préciser un peu plus sur le contexte de ce mythe, les peuples qui le rêvaient et pour certains qui le rêvent encore… Car Aataentsic vit toujours au plus profond de la psyché humaine. Les grandes déesses de l’antiquité n’ont pas toujours recouvert son costume de plumes de leur voile dansant. Une Femme se dresse encore les pieds dans la terre et parle le langage des animaux, réalisant avec leur aide la naissance du monde. La Grande Déesse des commencements. Il arrive souvent de La croiser dans les rêves les plus archétypiques, fumant sa pipe blanche ou couverte d’une peau de bison ( Femme Bison Blanc des Lakotas[1]), fouissant la terre de son bâton à la recherche d’un navet (ou d’une pierre rouge ) comme So-At-Sa-Ki des Pikumis[2]. Il arrive aussi qu’elle soit là tout simplement, femme debout sur le dos de la Tortue, Aataentsic des Wendat[3].

Elle existe toujours dans les strates archaïques des âmes des enfants de ceux qui ont prononcé son nom pour la première fois et par leur mémoire transmise, leurs histoires jamais oubliées, partagent de ce fait, avec nous, la mémoire de l’humanité.  Nous sommes tous les enfants d’Aataentsic, même si elle ne porte pas partout ce nom, se pose autre part, d’une autre façon, accompagnée d’un autre ensemble animal, végétal, à nous de la retrouver, et de l’agir à travers nous.

Nous sommes émerveillés (avec justesse)  devant les richesses prodiguées par l’Egypte ancienne, la Grèce antique ou même, un peu, les trésors de Celtes, des Vikings et reléguons les « sauvages » au rang de folklore, cantonnés au « chamanisme » global qui court des Amériques à la Mongolie. Comment ne pas être surpris que le nom de Levi-Strauss soit sur toutes les lèvres mais que son minutieux travail, son étude poussée des mythes amérindiens soient si peu exposés ? Bien sûr en prenant ce chemin nous tomberons sans équivoque sur le Sentier des Larmes[4] et nous demanderons pardon. Mais en allant plus loin, plus humainement, plus profondément, nous trouverons aussi la piste de l’âme qui retrouve son chemin. De la Merde humaine pourrait jaillir la fleur, comme le lotus émerge de la vase…

[1] Sioux

[2] Blackfeet

[3] Hurons

[4] Trails of tears, déplacement forcé de peuples amérindiens, dont les Cherokee, entre 1831 et 1338.

Quelques ouvrages :