Méduse, la guérison du trauma

A force de sublimer toutes les figures mythiques nous ne savons plus lire la réalité reflétée dans leurs sagas. Méduse en est un bon exemple. La réalité de son calvaire pourrait tant nous méduser que nous préférons y lire d’autres fantasmagories. Le trauma existe de tout temps, mais celui-là est particulièrement violent et induit par une volonté de dominance. Pourtant, au-delà de ses traumatismes, le schème du mythe nous donne des clés précises pour redonner à cette étrange Dame, la forme de son origine : une belle jeune fille.

Lien vers la capsule de Méduse

Interview Marija Gimbutas

Le texte original de cet interview se trouvait sur
 http://www.levity.com/mavericks/gimbut.htm

Marija Gimbutas est en grande partie responsable du nouvel intérêt pour les religions orientées vers le culte de la Déesse. Ses découvertes étaient à la base du livre fort influent de Riane Eisler « le Calice et l’épée » (que nous avons interviewé dans notre premier volume). Pendant quinze années, Marija a été impliquée dans des fouilles en Europe du sud-est et méditerranéenne, qui ont dévoilé l’existence d’une culture préhistorique de la Déesse. Pendant au moins 25. 000 ans cette civilisation paisible a apparemment pratiqué l’égalité des droits complète entre les sexes — socialement, politiquement, et religieusement. Riane Eisler a précisé, les pleines implications de cette découverte pour qu’elle soit entièrement acceptée par la communauté scientifique, ou par la société dans son ensemble.


Née en Lithuanie à un moment où 50 pour cent de la population étaient encore païenne, Gimbutas s’est sauvée en Autriche en raison de la guerre. A Vilnius, en Lithuanie, et plus tard à Vienne, à Innsbruck, et Tubingen, elle a étudié la linguistique, l’archéologie, et les cultures indo-européennes, obtenant son doctorat à Tubingen, en Allemagne en 1946. En 1950, en tant qu’experte en matière d’archéologie européenne orientale, elle est devenue chercheure à Harvard, où elle est restée pendant douze années. En 1963 elle est venue à l’UCLA, où elle a servi de professeur honoraire d’archéologie européenne pendant de nombreuses années. Elle est l’auteure de plus de vingt livres, y compris des travaux bien connus tels que « le language de la déesse », « la civilisation de la déesse », et des « déesses et des dieux de la vieille Europe ».
Nous avons interviewé Marija dans sa belle maison de montagne — qui regorge de figurines de déesses aux seins opulents et aux larges hanches et d’autres objets archéologiques façonnés – dans les Gorges de Topanga, en Californie le 3 octobre 1992. Quand Marija est morte le 2 février 1994, nous nous sommes sentis très triste mais également chanceux d’avoir eu l’occasion de passer du temps avec elle avant qu’elle soit partie. Quoiqu’elle ait lutté contre un cancer lymphatique pendant de nombreuses années, Marija était extrêmement vivante et active jusqu’à la fin. Le 27 Juin 1993, le musée de Frauen à Wiesbaden en Allemagne lui a consacré une large exposition , “le language de la déesse,” et elle était là pour recevoir cet honneur.
Après avoir passé beaucoup d’années de sa vie dans un relatif anonymat, Marija semblait être étonnée véritablement de découvrir à quel point elle était devenue populaire. Malgré cet honneur, elle était toujours humble et aimable. Marija était incroyablement chaleureuse, des yeux pleins de vie, et une de manière de vous faire sentir bien à côté d’elle. Elle est apparue sensible et gracieuse, pourtant (Jilled ?) avec la force. Il y avait quelque chose d’intemporel chez Marija, parce que elle était une femme de nombreux temps et lieux, et la déesse a semblé briller à travers elle.

INTERVIEW

David: Qu’est-ce qui est à l’origine de votre intérêt pour l’archéologie et les dimensions mythologiques de la déesse des religions de la vieille Europe?

Marija: Cela doit avoir à faire avec toute ma vie, je pense. J’étais toujours un mouton noir. J’ai fait ce que j’ai vu avec mes propres yeux – jusqu’à ce jour, en fait. J’étais très indépendante. Ma mère était également très indépendante. Elle était une des premiers étudiantes de médecine en Suisse et en Allemagne quand il n’y avait aucune autre fille étudiante. 
Quand je suis née en Lithuanie il y avait toujours encore cinquante pour cent de païens. J’ai eu énormément de liens directs aux déesses. Elles étaient autour de moi dans mon enfance. La déesse Laima était là, elle pouvait appeler la nuit et regarder par les fenêtres. Quand une femme donnait naissance elle apparaissait, et la grand-mère organisait les choses. Elle est douée pour les serviettes de la déesse et des tissus sont étendus pour elle, parce qu’elle tisse la vie, elle est le fileuse. Elle peut être en voie de disparition, mais il y a cinquante ans elle était toujours là.

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La Grande Déesse en Crète

Gimbutas considère la Crète minoenne comme le dernier avant-poste de la « Vieille Europe ». Elle rattache cette culture à celle de l’Europe néolithique alors même que le monde alentour change vers un système indo-européen.

Erik Rodenborg en citant Nanno Marinato nous en livre un résumé très intéressant. Particulièrement intéressant car il souligne pour nous que les observations de Marinato rejoignent clairement celles de Gimbutas sans y faire aucunement référence, sans proposer de parallèles avec la culture du Néolithique en Europe.

Il nous explique que ce qui est exposé au sujet de la Crète « ressemble de façon frappante à l’image que Gimbutas donne de la religion dans la vieille Europe ».
En Crète il est indéniable que la divinité la plus importante est une Déesse, avec pour Marinos, l’impossibilité de trancher s’il s’agit d’une seule déesse ou de plusieurs.

« Marinatos souligne qu’il y a une unité entre la déesse dans toutes ses manifestations et la nature ». La déesse une et multiple, une, manifestée sous de multiples formes. L’étude suppose que la divinité féminine crétoise est donc polythéiste et de la comparer aux déesses égyptiennes aux attributs interchangeables, c’est bien ainsi aussi qu’elle apparait dans la culture Celte par exemple (voir capsule Brigid)

En Crète la déesse est représentée assise et debout à la campagne dans la nature près des sanctuaires, ou sur une montagne, entourée ou assise sur des animaux (lions, griffons, oiseaux, phoques… et bien sûr serpents). Nous avons là une description très proche de ce qu’a pu en faire Marija au sujet de la Grande Déesse du Néolithique. Il note, à la suite de Marinato et donc de Gimbutas, que les déesses guerrières du type Moyen-Orient sont absentes.

En ce qui concerne les dieux, ils sont beaucoup moins courants. Deux figures semblent émerger : le maître animal, le chasseur et le jeune Dieu à la canne.

Erik Rodenborg conclue cette partie d’étude en adhérant à la théorie de Gimbutas, qu’il qualifie de « raisonnable »,  de la déesse minoenne comme le dernier vestige de ce qui existait dans l’Europe néolithique. Tant en ce qui concerne l’expression religieuse d’une divinité féminine majeure que dans l’absence de motifs guerriers.

Lien vers article d’EriK Rodenborg (en suédois)

Démocratie : le mythe et la réalité

Il y a environ 20 ans mon plus jeune fils avait dans un devoir d’école évoqué le fait que les Gaulois portaient des côtes de mailles. Haro de la maitresse d’école, pas encore appelée Professeur des écoles, qui considérait que la côte de mailles c’était au Moyen Age. Mauvaise note et humiliation. Mais l’enfant rapporta à sa mère et je suis allée afficher les « recherches » sous le nez de la dame. Il aurait été intéressant, qu’elle se demande où l’enfant avait été cherché de telles « inepties » avant de lui faire baisser le front comme un idiot de passage.

N’est-il pas un bien nécessaire de revisiter l’histoire, celle écrite par les vainqueurs et qui se croit sortie de la cuisse de Jupiter ?

Que nous apprend l’école au sujet de la démocratie ?

Nous sommes fiers de notre démocratie et tout autant de la faire remonter aux calendes grecques. Ha ces grecs et ces Romains à qui nous devons tout ? Mais tout quoi ?

Le flou, l’oubli, l’obstruction, l’ignorance sont passés par ici car si la démocratie n’est pas une invention moderne, ce n’est pas des Grecs antiques qu’elle tire son origine. C’est son origine déviante, la démocratie réduite aux hommes « libres » dans une société qui instaure la mise en place d’une hiérarchie pyramidale que nous devons aux Grecs. Avant eux, existait une autre démocratie, une vraie démocratie, qui aurait pu nous inspirer plus avant, nous évitant tous les conflits et les douleurs pour cette égalité démocratique que nous tentons de vivre.

Pour rappel

Si en Nouvelle Zélande les femmes ont obtenu le droit de vote en 1893, en Angleterre elles ont attendu 1928 après bien des combats, la mort d’une suffragette sous les pieds d’un cheval et le gavage des autres lors de leur grève de la faim.

En France, il a fallu attendre le 21 avril 1944 pour que les femmes obtiennent le droit de voter et de se présenter à une élection, après plus de 150 ans de mobilisations civiques

Quand la recherche et le mythe disent la même chose

Le professeur Haarmann nous explique comment le contexte des révolutions en Amérique (1776) et en France (1789), le renouveau des valeurs démocratiques s’est référé au modèle de la démocratie athénienne, sans en refléter depuis longtemps l’ensemble des valeurs fondamentales. Dans la société de la Grèce antique, il n’y avait plus d’égalité entre les femmes et les hommes, et il y avait la grande partie des sans-droits, les esclaves.

Pour lui, lorsque Clésthène a introduit un ordre social démocratique dans l’État athénien en 507 avant J.-C., il ne s’agissait pas d’une orientation absolument nouvelle dans l’histoire du monde. Clésthène pouvait s’appuyer sur le modèle de gestion communale dans les communautés villageoises. Le réseau social dans les communes n’était pas structuré de manière hiérarchique. Les décisions étaient prises par des conseils de village et leurs membres étaient des représentant.e.s élu.e.s.

Si la recherche peut nous démontrer cette réalité, le mythe confirme. Quand les gens d’Athènes souhaitèrent choisir le dieu ou la déesse protectrice de la cité (nous sommes donc bien au moment de la création de la cité), les hommes voulaient le cheval proposé par Poséidon, les femmes Athéna. Ici il est très clair qu’il s’agit d’un « conseil » composé des hommes et des femmes, antérieur et héritier d’une démocratie qui porte bien son nom.

Il est raconté que les femmes gagnèrent d’une voix. Que les hommes aient accepté que ce soit Athéna mais à 3 conditions :

  • Que les femmes ne soient plus citoyennes
  • Qu’elles ne soient plus appelées athéniennes
  • Que les enfants ne portent plus le nom de leur mère

Peut-on trouver plus clairement exprimer la mise en place du système patriarcal qui ne reconnait plus à la femme le « droit » des choix politiques et personnels la concernant ? Peut-on lire plus clairement la fin de la lignée matrilinéaire ? Car en définitive si les enfants ne portent plus le nom de leur mère ils écopent de celui de leur père.

Alors oui nous avons hérité des Grecs la démocratie, mais nous aurions pu hériter encore mieux, de l’archaïque démocratie qui compte dans son « peuple » cette moitié de l’humanité qui pendant plus de 2000 ans n’eut droit qu’à l’oppression.

Les menstrues cosmiques

Nous avons l’habitude de lire que l’être humain est créé par un dieu mâle et même que la femme est sortie de la côte de ce mâle. Cela « imprime » dans notre psyché, dans notre perception du monde une dépendance du féminin par rapport au masculin.

Pouvons – nous dire que c’est une constante, pouvons – nous croire que c’est une vérité, toute symbolique soit-elle ?

Dans les mythes les plus anciens, il est plutôt raconté que les humains sont façonnés dans l’argile par un dieu ou par une déesse.

Il nous arrive de trouver aussi quelques mythes très archaïques où il n’est pas question d’être créé par un dieu masculin, même pas de ses mains dans l’argile, mais plus proche d’une réalité, qui nous démontre, si cela était encore nécessaire, que la perception du monde et donc sa conception fut bien différente, il y a très longtemps.

Conte Lakota

Au début la femme était seule sur cette terre qui venait d’être créée. Elle reçut la visite d’un esprit puissant originaire de la lune et qui portait en lui les ferments des générations. Il eut une telle influence sur elle, que, pour la première fois, elle commença à saigner comme une femme. Elle étancha le sang qui coulait entre ses cuisses à l’aide de mousse retenue par une peau de lapin. Sitôt que l’esprit quitta son corps et que le cycle naturel de la femme commença en elle, elle s’endormit. Le lendemain au réveil, elle ressentit une envie pressante d’uriner, retira sa couche de fortune et s’accroupit ; alors une goutte de sang tomba sur la terre. Mushtinchala, le lapin, qui passait par là, commence à jouer avec ce minuscule caillot, lui donnant la vie par ces coups de patte. A force d’être balloté de – ci de – là, la petite boule de sang prit forme et se transforma peu à peu ; apparurent d’abord de minuscules membres, une tête, suivis bientôt d’une paire d’yeux et d’un cœur. Alors le caillot commença à se mouvoir de façon autonome et à grandir jusqu’à devenir We Ota Wishasha, le Premier Homme.

Nous avons là un schéma très archaïque du rôle masculin de la lune. Ce Lune possède bien les caractéristiques des dieux lunaires, qui « rythment le temps de leur deux Cornes d’or » (Sumer) dans la mesure où il porte « les ferments des générations ». Il s’agit aussi d’imager l’origine des règles des femmes sous l’intervention désirante et non agressive du masculin (saignement / cycles) dans la « matrice » des femmes, dans le Féminin.

Il s’ensuit une sorte de couvade, sous forme de sommeil, de lien avec l’inconscient, dans l’autre monde, celui des rêves, dans le temps des rêves pour que le féminin ne mette pas au monde directement un enfant mais un caillot de sang, qui concrètement exprime une mort nécessaire à ce qui va suivre.

En effet, nous pouvons voir comme un instinct, celui du lapin et nous connaissons le sens symbolique du lapin, qui a quelque chose à voir avec la puissance sexuelle, va par son jeu, façonner « le Premier Homme ».

Deux images vont nous parler :

L’envie d’uriner et uriner en même temps que perdre son sang, expriment les miasmes à évacuer. Comme si la vie qui court produisait à la fois la vie qui se régénère mais aussi des déchets qui doivent être évacués. Dans les rêves le fait d’uriner indique souvent la nécessité de se nettoyer, d’évacuer. Le tri a été fait par le corps entre ce qui va le nourrir et l’abreuver, lui permettre de continuer sa course vitale, et ce qui doit être évacué en termes de déchets et nous sommes bien placés pour savoir que les déchets doivent être jetés, nous qui le faisons de si mauvaise façon.

L’autre image concerne ce sang qui coule et son sens premier représente la mort. En général du sang qui coule est une menace de mort. Or lorsque ce sang est issu d’une matrice, s’il symbolise la mort d’un ovule annonce aussi le début d’une autre vie. La puissance du féminin dans sa confrontation avec la mort est capable de générer de la vie. Nous avons ici une figure type Morrigu la grande Déesse des Celtes et son chaudron de renaissance.

Ce mythe exprime clairement la sacralité des règles des femmes. Elles sont présentes dans la vision cosmique du monde, dans la psyché des humains qui a produit ce mythe.

Mais nous pouvons l’amplifier avec tous les mythes où apparaissent le sacrifice du Taureau, dont les 2 cornes sont assimilées à Lune qui perce le ciel, croit et décroit, vers le mystère de sa renaissance dans la matrice cosmique, et qui génère le temps, et qui permet cette vie de façon cyclique.

Nous le voyons aussi en produisant l’image de ce lapin qui joue avec le caillot, le malaxant en quelque sorte avec la terre, et c’est sans aucun doute ce malaxage qui façonne le Premier Homme, le premier « humain » quand il s’agit d’homme avec un H. Il s’agit bien d’une Terre sacrée, percée, fécondée par un Masculin Lune sacré. Il s’agit d’une conception du monde où ce que nous avons considéré comme « impuretés » des femmes se trouvaient être un grand pouvoir sacré, car sans lui, la vie n’est pas possible.

L’abri de Ségognole, une vulve sacrée : lecture imaginale

L’abri orné de Ségognole nous présente dans la pierre l’image d’une vulve et de 2 chevaux.

Nous pouvons imaginer qu’un être égaré passait par là un jour de pluie torrentielle et nostalgique des grands espaces où passent les chevaux les jours de grand soleil, les a gravé, pour le plaisir et la rêverie.

Oui ? « Sauf que » quand même, c’est un peu étrange de graver des chevaux, juste là si proche de ce qui ressemble parfaitement à un sexe de femme.

Bénard Alain nous en livre le descriptif sans équivoque :

« L’unique panneau orné de cette petite cavité est constitué des gravures d’un cheval complet et de l’avant-train d’un second, séparées par trois fissures naturelles, dont deux ont été aménagées, qui forment un motif vulvaire. »

« Sauf que » en plus, dans un rapport collectif coordonné par Boris Valentin, sur l’Art rupestre préhistorique dans les chaos gréseux du Bassin parisien (Programme collectif de recherche – 2018-2020), il est spécifié qu’Il y a une mise en scène planifiée.  A propos des drainages qui laissent couler l’eau, il est écrit :

« Elles sont disposées en file de part et d’autre de trois fentes, initialement supposées naturelles, évoquant un triangle pelvien. Un réexamen approfondi a révélé le caractère artificiel des fentes ainsi que de nombreuses interventions anthropiques visant à modifier l’hydrologie de l’abri pour drainer l’eau vers la fente représentant la vulve. »

Et si nous regardons le schéma qui en est proposé, il s’agit d’un véritable travail d’orfèvre pour que cette « fente » laisse jaillir le flux vivifiant de manière plus que suggestive

Ainsi donc le ou la ou les graveurs n’ont pas gravé au hasard, ils ont choisi un espace qui par nature se prête à leur imaginal et mieux que ça, sont intervenus dessus pour que la ressemblance soit parfaite avec le sexe féminin et l’eau qui s’en écoule.

C’est dire l’importance que devait représenter ce symbole vulvaire pour ces gens-là, une sorte d’importance sacrée, n’oublions pas qu’ils n’avaient ni burin ni marteau et qu’il fallait vraiment vouloir.

Pourquoi rajouter des chevaux ? Que viennent faire ici les chevaux ? Ont-ils été fait après par quelques vandales ?

Les mythes et les symboles ultérieurs peuvent nous donner une piste de réponse. Les chevaux représentent une énergie puissante, agissante, humide. Ils sont souvent assimilés à l’écume de la mer, autant dire de la mère, du féminin. Cette écume, cette eau émergeant de la vulve ajoute à l’eau qui ruissèle une puissance incroyable active et féconde. Les chevaux, ici, peuvent avoir une fonction symbolique très forte, nourrissant le flux aquatique et représente la force et la puissance non pas d’une déesse qui aurait été une femme fontaine mais d’une déesse sacralisée pour sa puissance créative. Il se peut même que l’un des chevaux entre, se dirige vers, est intégré par la Vulve et que l’autre en émerge, en sorte dans un flux sans fin, une sorte d’éternité.

Ainsi il est fort possible que le fil de pensée et de perception du monde préhistorique nous apparaisse dans toute sa beauté et par ce fil qui court, les déesses Cheval, telles Rhiannon, Macha ou Epona laissent planer dans leurs courses un souvenir vivant de ce Féminin divin.

Scène du puits, Lascaux, lecture imaginale

Grotte de Lascaux, Scène du puits © N. Aujoulat – Centre national de préhistoire – Ministère de la Culture

L’exposition 2023 « Arts et Préhistoire » nous partage cette image accompagnée de ce post :

« Peint sur les parois de la grotte de Lascaux, cet ensemble d’images est l’un des rares de tout l’art paléolithique à avoir été considéré comme une « scène ». On y voit un homme étendu entouré d’animaux. Que signifie cette image ?

Pour certains, il s’agit simplement d’un accident de chasse ou d’un voyage chamanique. D’autres y voient plutôt une représentation symbolique. Elle porterait une vision sexualisée du monde ou signalerait l’arrivée près d’un puits, une zone dangereuse où l’on risque de s’intoxiquer par accumulation de gaz carbonique.

Et qu’en est-il des animaux autour de l’homme ? S’agit-il d’animaux totémiques ou sont-ils les protagonistes d’un rêve animalier ? Les interprétations sont nombreuses mais elles font l’impasse sur un détail : le rhinocéros se distingue du reste de la composition. Elles oublient aussi qu’un cheval avait partiellement été dessiné sur la paroi d’en face. »

En tant que première scène connue représentée sur une paroi préhistorique, cet élément mérite que l’on y apporte grande attention. En effet, elle peut vouloir dire tellement de choses, y compris représenter par un simple dessin une scène vécue, une simple situation. Mais que se passe t’il si nous la regardons comme une production psychique projetée sur la pierre, une sorte de rêve éveillé, une inspiration induite par l’inconscient, un rêve, un schéma mythique et archétypal ?

Sur le plan de l’observation nous voyons un taureau dont les cornes sont comme penchées vers un homme allongé. Ce taureau possède des sortes de grosses poches sous le ventre. Des testicules ? L’homme est allongé, comme mort mais il est ithyphallique. Il est nu et comme sans défense. Devant se trouve un petit oiseau, qui n’est pas un charognard, ni un oiseau de proie, posé sur un bâton bien droit. Il semble y avoir 2 flèches, dont une partant du cul du taureau dirigée vers le bas, une autre remontant. Plus loin, devant, derrière ? un rhinocéros avec la queue dans une étrange position, comme s’il déféquait. Le post fait mention d’un cheval, en face, que nous ne voyons pas.

Sur le plan des associations nous pouvons avancer que le taureau s’associe à la force et à la puissance masculine, à sa puissance de reproduction, sexuelle. Ses cornes sont tournées vers l’homme comme s’il l’avait lui-même mis dans cette situation ou comme s’il le regardait avec compassion. Ses poches ressemblent à deux gros testicules et confirmeraient l’association avec la puissance sexuelle et procréatrice.

L’homme est nu, nu comme un ver, sans fards, totalement lui-même dans son essence première. Tout en semblant mort son sexe est en érection. L’image semble relier l’essence de l’être, authentique (nu) mort et en même temps très vivant et désirant, une sorte de puissance de vie, dans la mort. Le sexe en érection fait écho aux cornes du taureau, tendues, pointues, dirigées.  Les flèches semblent indiquer un mouvement descendant puis ascendant, une courbe « raide » un mouvement de l’ordre des fonctions masculines (percée, pénétration, direction) avec ici une dynamique de descendre (mourir) puis remonter (renaître)

L’oiseau est assez étrange dans ce contexte. Il s’agit d’un petit oiseau chanteur pour le différencier des charognards et des oiseaux de proie avec donc une notion de vie, de joie de vivre, avec la sensation d’appartenance au ciel, aux idées, aux éléments psychiques vivants dans la psyché. Le fait qu’il soit sur un bâton est encore plus étrange, ces oiseaux ne se posent que rarement de cette manière. Le bâton est assez phallique, masculin, comme s’il ancrait, donnait le pouvoir d’action.

Le rhinocéros est encore plus étrange, il part, ou il devance, ou bien est la conséquence. A-t-il quelque chose à voir avec l’ensemble ? Est-il en train de déféquer ? Dans quel cas il libère ses déchets, aboutit sa digestion, se libère, change de plan.

Nous ne voyons pas le cheval donc nous ne savons pas à quoi il ressemble mais nous savons qu’il est « en face ».

Sur le plan des amplifications cela devient très surprenant. Le taureau est lié aux cornes lunaires masculines des croyances les plus anciennes. Ce taureau comme la lune est sujet à mort et renaissance, de manière à régénérer la vie. Les dieux archaïques taureaux sont légion et parmi eux se trouve Osiris. Est-il besoin d’aller plus loin dans le détail quand nous avons sous les yeux un homme à la fois mort et vivant, mort tout en ayant le phallus en érection accompagné d’un oiseau actif ? Se pourrait-il que nous ayons sous les yeux la première représentation d’un schéma que nous connaissons bien, très bien, celui d’Isis oiseau sur le phallus dressé d’un Osiris, dieu Lune, mort et renaissant dans la mort ? Se pourrait-il que ce soit là une production « imaginale » (non imaginaire) de cet archétype majeur de la saga osirienne ? Le rhinocéros ne venant que confirmer ce fait d’un masculin renaissant « autre » et délesté des scories ? Le cheval, force féminine très présente dans les mythologies du monde entier, comme « pendant » à la geste masculine, « en face de » ?

Je vous laisse avec les Images.  Que voyez – vous ? Qu’intégrez-vous ?