Pan et Dionysos, retrouver le chemin des dieux

Le mode de perception et de contrôle du monde patriarcal engendrent la phase clé de sa conception : la prise de pouvoir, le rapport de force. Le mode masculin est sorti de son essence première qui est de façonner, de mettre en forme, de percer, de pénétrer tout en restant complice, aimant.

Entré dans ce système le féminin lui-même se meut dans cette essence et joue tout autant les jeux de pouvoirs et les rapports de force. Le Féminin sous-jacent, dans sa nature profonde, blessé, contraint et refoulé s’est transformé en bête terrifiante, en guerrière sanguinaire, en sorcière lubrique ou castratrice. C’est-à-dire que son propre masculin, son animus, est devenu un phallocrate. Il n’est plus le compagnon joyeux créatif de la vie qui est son origine. L’analyse que fait Silvia Di Lorenzo dans son livre La femme et son ombre, du glissement des mouvements féministes vers une guerre de pouvoir, en est révélateur. En quelque sorte il s’agit de s’approprier le pouvoir au détriment de l’autre plutôt que de retrouver les complicités de jeux créatifs et au service de la vie.

La majorité des dieux, dans les mythes et les croyances nous montrent ces masculins poussés à l’extrême de leur force et orientés vers le pouvoir, jusqu’à la guerre, donner la mort pour posséder.  C’est une image précise de la « perversion » des valeurs au détriment de la force précieuse et majeure du masculin. Ces dieux sont des colonisateurs, des guerriers, des violeurs. A charge pour eux d’en supporter le poids et la souffrance qui sous-tend à la déformation de leur nature profonde.

Les dieux archaïques et ceux qui sont unis, complices et forts de leur Nature apparaissent ça et là, quelques bribes. Nous pourrions nous attarder sur les anciens dieux Lune, ceux qui sont dans un rapport d’union et d’amour, qui ne font pas la guerre mais construisent des jardins. Les cornus qui percent la nuit pour porter la lumière, qui font et qui défont, qui rythment pour engendrer la vie.

D’autres dieux, plus proches de nous, gardent encore les traces de cette essence divine. Pan lorsqu’il est encore Conseiller sage et bienveillant. Pétri de nature sauvage il n’a pas oublié son appartenance et sa complicité au féminin. C’est lui qui conseille Psyché, lui dit de continuer sur le chemin de l’amour d’Eros au lieu de se suicider dans la rivière. Il n’est pas encore cette image déchue d’un vieillard lubrique que nous lui connaissons. Il ne dissocie pas le charnel de l’âme, l’instinct de la sacralisation. Le corps doit être sauf pour agir l’âme et ce qui la contient, le cœur. Il est cet animus ultime de la femme déployée qui ne la coupe ni de son corps, ni de son aspiration à la complétude. Merlin en est, sans aucun doute, l’héritier direct. Lui qui parle aux animaux, et par quelques entourloupes disloque la tour d’Uther dans une tentative de restauration des lois naturelles.

Plus encore, plus précis, Dionysos est celui qui n’a jamais renié son essence masculine véritable. C’est le dieu qui nous propose la prise de conscience que si nous ne respectons pas Ses lois nous perdrons la tête. Il nous prévient du danger. Ce dieu nous dit qu’un féminin, en soi, non respecté, se transforme en infanticide, en castratrice. Le sort réservé à Penthé en témoigne.  

Dionysos porte en lui à la fois les énergies incarnées, la chair, la joie et le plaisir. Les fleurs, le vin et l’ivresse. Il garde leur essence sacrée. Les « détails », les « sentimentalités » féminines ne sont pas pour lui des sensibleries niaises. Lorsque Chloris crée la rose c’est lui qui lui donne son parfum. Cette sensibilité au monde cosmique, environnant et « incarné » fait partie de son cortège. En faire une réalité spirituelle est son pouvoir divin. Dionysos s’unit sans cesse à son anima, il rend fous ceux qui ne le font pas. C’est un dieu cornu, un taureau, un bélier qui produit la poussée magistrale d’un mâle fécondant la matrice féminine spirituelle dans un orgasme sans fin. C’est avec Son insondable mystère qu’il porte haut et fort les magies de son être.  Il est le dieu qui passe sans équivoque de la mère à l’épouse.  Les représentations de Dionysos et Ariane ne montrent jamais un dieu aux ordres de sa femme, ne montrent jamais, non plus, un dieu avec une parèdre assujétie. Pas de rapport de pouvoir, d’esclave et de maître. Elles montrent un duo, un couple alangui et complice, relié par la magie de l’amour[1]. Sur leur couche il n’y a que des roses et des coupes de vins, des regards et des gestes de reliance[2].


Retrouver le chemin de ces dieux là, nous demande un effort magistral, une cassure, un sacrifice, celui de se trouver au banc d’une société qui ne voit plus que poindre les ondes des compétitions et des guerres de pouvoir. C’est se trouver blessé d’un écart de posture, mais se trouver vivant.

[1] Maria Daraki, Dionysos et la déesse Terre

[2] Alain Danielou, Shiva et Dionysos

Dionysos

téléchargement (3)Approcher Dionysos n’est pas une mince affaire, nous pouvons y laisser la raison, devenir « fou ». Mais sans lui nous ne connaîtrons pas les mystères, les transes libératrices, les ivresses fécondes et les chemins de la création.

Peu de dieu ont autant fait parler d’eux, tant il est représentant d’un domaine qui fascine et hypnotise, écho de nos plus profondes aspirations et confrontation avec l’Ombre. Dionysos nous attire car son mystère touche aux couches les plus archaïques de notre aspiration à passer les portes de la perception. Il nous effraie aussi par les excès et les dérives qui nous menacent lorsque nous basculons dans nos propres folies mortifères.

La lecture d’un mythe dans son contexte est toujours une grande révélation sur le sens qu’il porte, celui de Dionysos ne fait pas exception. A travers son histoire, ses cheminements et ses actes nous pouvons suivre le message induit pour la psyché qu’il sous-tend, comprendre et intégrer le sens qu’il nous propose de ses fonctions, de ses réalités et de ses fantasmes. Nous pourrons aisément saisir l’essence même, la quintessence, de ce qui se cache sous l’extase, l’ivresse et la folie dont il est le porteur et le gardien.

Le gardien

Le culte de Dionysos dont les traces nous sont parvenues se situe à la jonction des cultures. Les anciens mythes, les anciennes croyances, ne peuvent pas avoir totalement disparues, comme les archétypes ne peuvent mourir et ne s’accommodent que peu à peu au temps qui les incarnent. Or lorsque se trouvent encore les traces vivantes des anciens dieux, que les nouveaux sont tout juste montés sur les marches de l’Olympe, nous trouvons de ces dieux « troubles », qui tentent par tous les moyens de rééquilibrer le monde.Diony statue antique

Nous trouvons de ces figures divines qui mues par leur nature même, essaient sous toutes les formes d’éviter le pire, la bascule dans un extrême et la perversion de la Nature profonde des « choses ». Dionysos est un de ces dieux, un dieu majeur, car il parle des profondeurs psychiques les plus archaïques, les plus fascinantes, les plus « magiques ».

Qu’il fasse partie de ces anciennes croyances refoulées par les nouvelles est attesté dans le fait que dès son enfance, puis tout au long de son parcours, Dionysos est confronté à la non-reconnaissance de sa nature divine. Dans le contexte grec de l’archétype en marche il est clair que la croyance au divin Féminin dans toute sa royauté et en son Fils aimé, avec toutes leurs fonctions, ne sont plus reconnues. C’est ce qui met en souffrance et rend les gens « fous ».

Dionysos est le fils de Zeus et de Sémélé. Zeus, nous le connaissons, est un dieu majeur du monde patriarcal faisant régner sa loi qui, dans la majorité des cas, fait de lui un violeur. Sémélé est d’une toute autre espèce. Si l’origine de son nom semble incertaine, les spécialistes semblent s’accorder sur le fait qu’il est lié à la terre, plus encore, par son origine à la fois indo-européenne et phrygienne il fait part du lien de la Déesse à la nature sacrée de la Terre, de l’Humus. Par conséquent nous pouvons voir Sémélé comme un avatar de l’ancienne Grande Déesse et de son incarnation terrestre. Le détail n’est pas anodin, il fait de Dionysos le fils de la Grande Déesse, toute déchue soit-elle et il saura se souvenir de ça.

Diony coupeComme dans tous les mythes « retournés » par le patriarcat, l’épouse du Dieu Senex[1], réduite au rôle de « femme de », ne peut que s’offusquer des infidélités de son « mari » et se venge : Héra met en place un stratagème pour détruire Sémélé. Elle lui propose de regarder le dieu Zeus en face, pour être sûre qu’il n’est pas un monstre afin qu’elle soit brûlée par le feu du dieu. Cet épisode n’est pas sans rappeler celui dans le mythe d’Éros et de Psyché où les sœurs de Psyché lui conseillent de regarder à quoi ressemble son monstre d’amant. Si Psyché se retrouve déchue, tombée dans les affres tortueuses de l’amour pour Éros, Sémélé meurt brûlée et se retrouve en enfer : voir les réalités mène aux prises de conscience douloureuses et initiatiques.

Ce féminin blessé ne peut porter ses fruits à maturité, il en ressort des calamités et des douleurs, c’est ainsi que naissent les jumeaux d’Arihanrod, la Grande Déesse galloise, violée par la baguette d’un druide, c’est ainsi que vient au monde Narcisse, fruit du viol de Liriope par Zeus, encore une fois.

Ce dieu Senex qui veut tous les pouvoirs, y compris celui d’enfanter, récupère l’enfant et le porte dans sa cuisse, tout comme il se veut père et mère d’Athéna, façonnant des enfants à sa guise, dans le culte du seul père.

Or,  le rôle de Dionysos, la fonction qu’il représente, est de nous rappeler que l’absence de Féminin sacré et de tous les mystères qu’il recèle, mènent à la démence. Cette énergie primitive du Masculin allié au Féminin ne peut être détruite : soit elle est sanctifiée et joue son rôle de reliance avec la magie du Cosmos, nous relie à notre âme, nous laisse éprouver la transe cosmique, soit elle est occultée et se « pervertie », devient dangereuse : elle rend « fou ».

La folie

Dionysos n’est pas le dieu encourageant les excès, la folie meurtrière et la démesure, il est celui qui peut nous en libérer en donnant accès aux portes de la saine folie, de la transe inspiratrice, de l’ivresse sacrée. Tous les personnages qui refusent de le reconnaître deviennent « fous », fous furieux, jusqu’à dépecer leurs propres enfants. C’est la porte ouverte à la cruauté, à l’inhumanité. La fonction archétypale de Dionysos est claire, il nous invite à vivre l’expérience, il nous confronte à cette réalité de l’âme. Coupés de nos élans vitaux, de nos instincts, de notre écoute aux chants de l’âme la plus lointaine, nous perdons la tête. Ce que dit Dionysos c’est que relié au Féminin en soi, au Féminin sacré, nous avons accès aux mystères. Renouant aux sources de l’âme, portant les habits des femmes (tout symboliques qu’ils soient) acceptant cette part de nous-même, sauvage, intuitive, inspiratrice et lui donnant la place de s’exprimer, la place sacrée parmi les dieux de l’Olympe (voir Sémélé), lui offrant notre couronne ( abandonnant le pouvoir de l’égo, de la « loi » patriarcale) comme Dionysos le fait pour Ariane, nous pouvons accéder à ces canaux qui ne sont pas les chemins de l’esprit mais ceux de l’âme (cf James Hillman) : l’émotion, la sensibilité, l’intuition, la tendresse, la créativité, la sensualité (ce que disent les sens) et l’Érotisme (du dieu Éros).  Redonner un sens sacré à ces fonctions nous permet de renouer avec l’âme qui alors soutenue par Dionysos porte une couronne de fleurs, danse et chante, se meut, se courbe et parsème le monde de joie.

.Dionu parlant avec Hermes

Si tel n’est pas le cas, s’ouvrent les portes de la folie démoniaque, orgiaque, destructrice, et Dionysos de nous proposer la tentation, d’y puiser à la source. Qu’allons- nous faire de ce que nous ressentons, sentons, ce à quoi nous vibrons ? Allons-nous le bafouer au risque de tout pervertir ou bien le sanctifier pour en faire une danse  ? A notre choix Il portera la démesure et la folie mortifère ou la transe vivante de la joie de vivre.

Dionysos le dieu taureau, le dieu du Féminin

Il ne fait, pour moi, aucun doute que Dionysos est un dieu héritier des dieux archaïques. De par ses cornes de taureaux, ou d’agneau, il est relié aux iconographies classiques des dieux « jardiniers[2] », Taureaux, Béliers. Mais sa nature même, fils et époux, qui guide le Féminin vers sa propre réalisation, monté au ciel (Il ramène sa mère auprès des dieux de l’Olympe et honore Ariane de sa couronne, voir plus bas) en confirme l’hypothèse.

Il est dans de nombreux mythes question du chemin initiatique des hommes, qui demande d’aller de la Mère à l’Épouse, de la Mère à la Femme, de sortir des jupons de « Maman » pour caresser les jupes de L’Alter Ego. De nombreux dieux font ce parcours initiatique, avec plus ou moins de réussite. Éros y arrive après avoir pleuré dans les chambres maternelles en retournant auprès de Psyché, lui redonnant vie. Lleu quant à lui ne réussit pas le test quand moribond dans l’arbre, dépecé et dévoré par la truie il tombe dans le « giron » d’un druide et non dans les bras, le cœur, de Blodeuwedd. Christ n’y parvient pas plus, disant à Marie Madeleine « ne me touche pas » et passant des bras de Sa Mère éplorée au service de Son Père.

cratère psykter Diony et le thiaseDionysos est différent, car non seulement il est le fils direct de la Grande Déesse, mais dans la version orphique du mythe les Titans coupent Dionysos en morceaux et le font cuire dans une marmite, ce qui a tout de l’initiation primitive : cuire dans un chaudron. Il est initié d’emblée. De ce démembrement c’est son cœur qui sera ramassé pour être donné à Zeus. Il est question de cœur, d’âme. Il grandit dans une grotte, une île où il s’imprègne et développe sa Nature « sauvage » de même nature que la Grande Déesse, grande pourvoyeuse de fruits de fleurs, d’animaux.

C’est dans le domaine de Cybèle, manifestation de la Grande Déesse, qu’il est initié aux cycles de la résurrection après la mort, de la gestation interrompue et de la reprise, souterraine et céleste à la fois. C’est ici qu’il est initié aux mystères de la transe et de l’ivresse, ivresse de l’âme et de la chair, physique et métaphysique. En quelque sorte il est initié aux mystères du Féminin par le Féminin lui-même, il se relie avec son âme, il est à la rencontre de son Anima.  Lorsque la femme déploie son Anima, son féminin (le double voir P. Solié M. Cazenave), c’est qu’un Animus dionysiaque le lui a révélé, percé, mis au jour. Lorsque l’homme est en prise avec Anima, il fait face à tout ce qui est féminin en lui, il en approche alors les mystères. Il pourra, de cette manière, passer de la mère à l’épouse, de la maman à La femme, et laisser vibrer en lui les cordes sensibles, atteindre la plénitude de son être, la magie de la Vie.

De la mère à l’épouse

dionysos et séméléA aucun moment Dionysos ne blesse le féminin, le viole, l’enferme dans une tour, lui bloque une porte, l’enferme dans le silence, nous sommes loin des héros guerriers de la mythologie grecque. Mieux, sa mère reléguée aux Enfers, il descend la chercher en plongeant dans un lac, le lac Lerne, en quelque sorte en plongeant dans les strates humides de l’inconscient. Il est attesté que ce plongeon est associé à de nombreux rites initiatiques en Grèce ancienne, liés au passage de l’adolescence à l’âge adulte et nous ne pouvons que constater que sur le plan symbolique, il s’agit d’approcher la mère morte (celle tuée par l’idée patriarcale), et de la « monter au ciel », parmi les dieux, où elle devient immortelle sous le nom de Thyomé. Dans le contexte du mythe Dionysos redonne à la Grande Déesse sa place légitime, de Déesse primordiale, de Féminin Sacré.

Mais Dionysos ne s’arrête pas là, il va chercher l’Épouse. Non pas l’épouse telle qu’elle est conçue dans le monde patriarcal, celle de la raison, il va chercher l’Épouse du cœur. Il va chercher celle qui est blessée, trahie, abandonnée par ce monde patriarcal, Ariane, sur l’île de Naxos. En cadeau d’épousailles, en hommage, Dionysos jette sa couronne dans le ciel (Couronne Boréale) geste qui divinise Ariane. Ce détail est explicite du Roi, du Dieu, du Masculin qui relie sur un plan symbolique et sacré sa couronne, sa royauté, au Féminin aimé. Nous sommes en présence d’un vieux schéma mythique du monde, comme Enki et Ninhursag de Sumer, jusqu’au Roi Celte qui ne peut régner sans la royauté première de la Déesse.

Diony et ariane Albacini

Dionysos se révèle le Grand Dieu qui tend à réparer le Féminin, à le réhabiliter en la femme et en Anima. A ce titre il est un dieu majeur et précieux, particulière guérisseur dans un monde déjà entaché par les schémas patriarcaux de la période grecque.

Il n’est pas possible de conclure cette approche sans parler de l’essence même de la thématique. Il y a dans l’approche spirituelle dont je parle, un lien tenu entre la matière et l’âme, un lien sacré entre la chair et l’âme. Cela induit une expérience particulière de tous les actes qui mettent en œuvre la chair, c’est à dire sentir, goûter, écouter, ressentir, voir et bien évidemment, (il est question de Dionysos), la sexualité. Il est question d’extase, il est question de transe, quand toutes les dimensions sont réunies, la matière, l’esprit et l’âme. Cette expérience tant décrite dans les textes les plus anciens de Sumer ou dans les Chants de l’Inde à la déesse Kali, nous donne une clé pour la lecture de Dionysos. Ces expériences vibratoires qui jaillissent lors de connexions profondes entre la matière et l’âme ouvrent les portes des mystères et de la joie dionysiaques. Il ne suffit pas de s’enivrer, de se défoncer, de se faire vibrer à coups de butoir pour ressentir l’extase, Dionysos nous indique que nous devons y mettre du féminin, de l’âme, c’est l’âme qui donne la vibration ultime et la jonction la dimension sacrée : le Hierogamos. Hors de ce lien, de cette intention, le clivage s’installe et la folie meurtrière nous guette, ne serait ce que le meurtre de l’âme. L’âme esseulée se cloître, s’insurge et l’ombre, sans oxygène, explose de tous les maléfices. Les hystériques du XIXe siècle ne ressemblent-elles pas à des Ménades délirantes ? En acceptant de perdre la tête tout en sanctifiant l’expérience, en se laissant glisser dans la transe sous l’égide du dieu, dont il ne reste qu’un cœur après démembrement, alors nous pouvons faire l’expérience du sacré.  En acceptant de perde la tête, entreront dans la danse les deux grands Archétypes que sont Éros et Psyché …

[1] Vieux roi, dans le sens qui n’a pas été renouvelé, ne veut pas laisser sa place.

[2] Voir Figures symboliques du Féminin et du Masculin, S. Verchère M 2019, Du Cygne.

La vérité sortant du puits, allégorie

imagesLa manière dont nous menons notre vie dépend de ce que nous percevons et comment nous le percevons. Or, ce que nous percevons dépend de ce que nous avons perçu dans notre enfance, comment nous avons été éduqués à percevoir. En ce sens tout est construction psychique, donc illusion. Ces constructions ont un tel impact sur notre comportement qu’elles en deviennent une réalité.  Le travail consiste alors à déchirer le voile et à « voir » le réel qui, lui, ne dépend pas de nos constructions mentales, de nos apprentissages faussés, de nos affects manipulés.

Tout véritable travail thérapeutique consiste alors à reforger autrement la perception que nous avons du monde, des affects et des relations. Il s’agit dans un premier temps d’apprendre à regarder le réel qui n’a la plupart du temps pas grand-chose à voir avec la réalité que nous nous sommes construite. Il s’ensuit un séisme de grande amplitude secouant toutes les fondations de notre être, la manière dont nous évaluons les dangers mais aussi les joies, la manière dont nous naviguons et réagissons, la manière dont nous posons nos actes.

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La vérité sortant du puits – Jean Léon Gérome

Il arrive un instant, dans le lent processus de réintégration du réel où la vérité, nue, sortant du puits, armée de son fouet, se révèle douloureuse. Elle est accompagnée, dans son dévoilement, d’un sentiment de libération. Le voile intriqué à nos chairs déchire au passage les fibres incarnées, mais l’âme libérée se trouve révélée. C’est l’instant fatidique où la force intérieure doit faire face et seul un moi suffisamment fort peut y survivre. Les énergies en présence ne sont pas les seules projections que nous en faisons (c’est l’autre, c’est le destin, c’est dieu …) mais le réel en mouvance en notre inconscient profond.

Nous ne pouvons pas faire ce travail seul, vivre c’est relier et séparer, vivre est relation. Il nous faut l’âme amie, qui regarde, qui nous reflète l’exact impact et l’exacte construction que nous nous acharnons à croire vraie. Alors sur la margelle du puits nous pouvons nous éveiller, sous l’œil  d’un « témoin »  bienveillant qui, dans son juste regard, sera pour nous comme un miroir reflétant le réel et notre réelle existence : vivre !

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Sur le site cgjung

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C’st avec un grand plaisir que je me suis prêtée à l’exercice interview pour le site cgjung.net en ce mois de mai. Retrouvons-nous y, avec la présentation de mon dernier livre. S’y trouve aussi tout un ensemble d’articles et de livres conseillés de grande qualité : un magnifique site pour faire connaissance ou approfondir l’approche jungienne.

Figures symboliques du Féminin et du Masculin

Vient de paraître aux éditions du Cygne :

Les figures symboliques du Féminin et du Masculin (de la préhistoire à la mythologie)

Des scènes pariétales de la vieille Europe aux cités-mères, de Catal Hüyük aux temples de Göbekli Tepe, des mégalithes de Malte à celles de Stonehenge, puis des mythes du Japon à ceux de la Mongolie, de ceux de l’Egypte à la Scandinavie, de la Grèce aux Amériques, de Sumer à l’Irlande, l’auteure nous propose un voyage dans la symbolique des figures du Féminin et du Masculin. Elle nous permet de suivre un changement de paradigme. Elle nous révèle le glissement des sociétés matristiques aux dictas du patriarcat et les perceptions du monde qui en découlent par les substrats psychiques que nous développons.

D’une Grande Déesse des origines, le féminin chute jusqu’à devenir Parèdre, Mère, Sorcière, Oiseau de malheur. De l’Homme Vert, Sorcier, Fils Taureau, Fils Amant, Dieu Lune, le masculin s’enlise dans les ornières d’un sacrifice sanglant et cruel.

Ce que nous dit ce fil de l’histoire c’est que même gravées dans la pierre, les croyances ne sont pas immuables et nous avons notre propre responsabilité dans la manière dont nous les agissons.

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Ce livre n’a pas seulement le mérite de mettre au jour les premiers récits mythologiques de l’humanité, il possède également une  forte dimension politique et émancipatrice.

Olivia Gazalé

 

Table des matières et contenus :

La préhistoire
.      Des traces dans la terre
.      La violence innée ou acquise ?
Le Féminin
.      Le sang des femmes
.      Le matristique
La Grande Déesse
.      Le serpent
.      Les Vénus
.      Visible et incarnée (Aataensic, Hurons…)
.      L’ombre de la Déesse
Le Masculin
.      L’Homme-Vert (Cernunos, Celtes …)
.      Le Fils-Taureau
.      Le Dieu-Lune
.      Les Fils-Amants
Hiérogamos, l’union sacrée (Eros et Psyché, Grèce)
Des héritières mythologiques
.      Brigid (Irlande)
.      Boan (Irlande)
.      Artémis (Grèce)
.      Neith (Egypte)
.      Isis et Hathor (Egypte)
L’arrivée des Indo-Iraniens.
.      La distorsion du mythe
.      Le viol de la Déesse
.      Ninhursag et Enki (Sumer)
La mauvaise chute de la Déesse
.      Blodeuwedd (Pays de Galles)
.      La chute de la femme
.      La blessure (Amaterasu, Japon)
Les Déesses qui chutent
.      kam-àmàgàn (Mongolie)
.      So-At-Sa-Ki (Pikumi)
.      Inanna, Ishtar (Sumer, Akkadie)
.      Déméter, Koré (Grèce)
.      Sophia (Grèce)
.      Mélusine (Europe)
.      Les sirènes
Méchante
Le Fils du Père
.      Odin (Scandinave)
.      Lleu (Pays de Galles)
.      Le Christ
Métanoïa
La beauté de la Déesse

 

La Serpente sacrée, le traumatisme de Méduse

20604593_531955920529492_8639007388119835744_nLe serpent a toujours accompagné le féminin. Ses représentations « sont connues dès le Paléolithique supérieur et se poursuivent au Mésolithique et au Néolithique[1]. » Ces formes serpentines feront, dès le Néolithique, place à une Déesse-Serpent invariablement représentée assise en tailleur, avec des bras et des jambes vaguement humains mais ressemblant surtout à des serpents.

Il en est ainsi dans un des temples les plus anciens que nous connaissions, Göbekli Tepe, fouillé par Klaus Schmidt. Dans ce site, dont le nom signifie « nombril » ou « ventre », il décrit le serpent comme l’animal le plus représenté. C’est donc dans la montagne ventrue, dans le ventre de la terre mère, que fut construit ce magnifique lieu de culte où fourmillent des serpents.Gobekli Tepe1

Dans les couches plus récentes du lieu, les archéologues ont découvert des représentations féminines. En particulier une sculpture de femme dont « la forme de cœur renversé donnée à la tête de la femme ne pose pas de problème particulier d’interprétation. Il s’agit soit d’une chevelure crépue pendant de chaque côté de la tête, soit, éventuellement, d’une tête d’animal, peut-être d’une tête de serpent[2]. » Il ne s’agit pas d’une extrapolation mais d’une observation concrète du lien tenu entre le féminin et le serpent : le serpent est l’énergie de la Déesse.

Déjà présent durant la préhistoire, le serpent est toujours là durant l’antiquité et il est toujours divin, sacré. Il était si important que Strabon[3] parle des temples sous le vocable de draconia(i), c’est-à-dire « maisons du serpent ». En 1864 Jean-Christian-Marc Boudin écrivait que ce culte « a été sans contredit un des plus répandus dans l’antiquité. On le constate en Egypte, dans l’Inde, chez les Perses, les Phéniciens, en Grèce et à Rome, il a joué un rôle considérable au deuxième siècle de notre ère dans la secte des Orphites ; on l’a trouvé au seizième siècle en Amérique ; de nos jours, il continue en Asie, en Amérique, en Océanie et dans une grande partie de l’Afrique[4]. » A propos de l’Egypte ancienne Philarque dira que «  Nulle part le serpent n’a été adoré avec tant de ferveur ; jamais peuple n’a égalé l’Égyptien dans l’hospitalité donnée aux serpents ».43652055_2299509916943731_119758170842202112_n

Jean-Christian-Marc Boudin cite M.G. des Mousseaux qui atteste que le culte du serpent existait chez les anciens peuples de l’Inde pour lesquels il « joua un rôle considérable au commencement du monde, et un temple est érigé en son honneur à l’est du Maïssour, dans le lieu appelé Loubra-Manniah. Tous les ans, au mois de décembre, on y célèbre une fête solennelle. D’innombrables pèlerins viennent de fort loin pour offrir au dieu, gardien et protecteur du pays, des adorations et des sacrifices[5]. » Dubois, supérieur des missions étrangères, ajoute de son côté rajoute « Beaucoup de serpents ont établi leur domicile dans l’intérieur du temple, où ils sont entretenus et nourris par les brahmanes[6]. »

Du côté de Rome, Clément d’Alexandrie  narre les orgies solennelles menées en l’honneur de Dionysos/Bacchus : « des prêtres qu’on dirait piqués par un œstre furieux déchirant des chairs palpitantes, et, couronnés de serpent […] L’objet spécial du culte bachique est un serpent consacré par des rites sacrés. »

De l’autre côté du monde dans les annales mexicaines,  la première femme, appelée « la mère de notre chair », « est toujours  représentée, nous dit Jean-Christian-Marc Boudin, comme vivant en rapport avec un grand serpent ; cette femme, figurée dans leurs monuments par une multitude d’hiéroglyphes, porte le nom de Cihua-Cohuatl, ce qui signifie mot à mot : femme au serpent[7]. »

En 1836 est considéré comme la première mention historique du culte du serpent celle que l’on trouve dans le livre de Daniel et qui a trait à Babylone : Erat draco magnus in hoc loco et colebant eum Babylonii (« Il y avait là un grand dragon qu’honoraient les Babyloniens »)  Ce qui nous laisse entendre que ce fameux serpent est aussi présent à Babylone.  C’est cette même année que le père More écrit : « j’ai été, à Calcutta, témoin oculaire d’une fête religieuse célébrée en l’honneur de la déesse Kali : c’est une des plus solennelles de l’année ; elle se nomme la fête de la pénitence. Le premier jour de la fête, la multitude – des curieux était immense ; elle couvrait en quelque sorte le nombre des pénitents ; mais le second et le troisième jour, je vis en beaucoup d’endroits, principalement au coin des rues et dans les carrefours, des hommes qui avaient le milieu de langue transpercé verticalement d’une longue barre de fer ; ils l’agitaient en cadence au son des instruments, et ils dansaient eux-mêmes en cet état. D’autres s’étaient fait une large ouverture aux reins et aux épaules, et dans chacun des trous passait un serpent énorme dont les replis enveloppaient leur corps[8] ».

TiamatLe cheminement que nous pouvons suivre est celui qui part d’une énergie féminine agissante et créative, d’un(e) serpent(e) célébrée d’une manière ou d’une autre, depuis la nuit des temps, partout dans le monde. Elle est parfois associée à un taureau (un renard, ou un homme), et comme le dit Klaus Schmidt « De ce moment-là daterait la naissance spirituelle d’un couple divin que nous rencontrons alors et aux époques suivantes sous l’aspect de la Femme et du Taureau, ce dernier symbolisant naturellement la force masculine[9] »,

Snake_goddess_archmus_HeraklionSi le serpent, en tant qu’animal, accompagne la Déesse, c’est son énergie « émise par cet être qui s’enroule et forme des spirales[10] », qui est tout autant véhiculée et analogiquement assignée aux plantes grimpantes, aux arbres qui poussent, aux phallus qui se dressent… Le serpent préside aux sources de la vie,  à l’âme et à la libido.  « Son renouveau saisonnier, quand il mue et hiberne, en faisait un symbole de la continuité de la vie et du lien avec le monde souterrain[11] » Il se ressource dans la terre humide, les sources et les rivières et rejaillit, apportant avec les lui les forces vives de la terre. Cette force vive est le mystère d’où émerge la vie. A ce titre « Le serpent de la vieille Europe est sans contexte un animal bienfaisant[12] », permettant l’émergence de la force vive originelle. Par cette fonction vitale le serpent est aussi le pouvoir guérisseur de la Déesse dont Marija Gimbutas dira qu’ « associé à des plantes magiques, les pouvoirs de guérison et de résurrection du serpent devenaient très puissants[13]  » Ce n’est pas un hasard si nos médecins contemporains l’arborent comme emblème, ou même les pharmaciens porteurs de la coupe d’Hygie et son serpent. Il est à la fois son énergie, sa nature de déesse, et la manifestation qui « œuvre » en elle et pour elle,

Méduse

MedusacarreEn Grèce se trouve la plus célèbre des serpentes, « Méduse ». A l’origine la Méduse fait partie du trio des Gorgones qui appartenaient à la génération pré-olympienne, c’est dire qu’elle prend ses sources dans des croyances archaïques. Méduse est donc héritière des serpents primitifs que nous savons plutôt bienfaisants, offrent à l’humanité le pouvoir de vie, de mort et de résurrection, du passage d’un état à un autre, sans autre forme de procès.

 Les trois serpentes  « campaient, solidaires, dans leur demeure à l’extrême occident du monde, au-delà du fleuve Océan[14]. ». Les sœurs Sthéno (Σθεννώ / Sthennố, « puissante »), Euryale (Εὐρυάλη / Euruálê, « grand domaine »), et Méduse (Μέδουσα / Médousa, « dirigeante ») présidaient à la frontière entre conscient et inconscient, vie et mort. Figures psychopompes et initiatrices, elles ne possédaient pas les caractéristiques qui vont échoir à Méduse ultérieurement, l’effroi et la pétrification.

Les temps changent, peu à peu les mythes laissent apparaître la violence et la cruauté. Le serpent, énergie primordiale va en subir les conséquences. Le mythe grec fait alors de Méduse, une belle jeune fille, enfant de Phorcys et de Céto, dont le dieu Poséidon s’éprend. Et, Méduse est « violée » par le dieu dans un temple dédié à Athéna ou dans une prairie fleurie suivant les versions. C’est dire que la fonction archaïque du Féminin n’a pas droit de cité au pays présidé par Athéna, elle-même « pensée » par le Père. Ce viol, « détail » de l’histoire, est, comme dans de nombreux cas, l’élément déclencheur des « calamités ». Qu’il ait eu lieu dans le temple d’Athéna ou pas ne change pas grand-chose à l’histoire puisque quoiqu’il arrive c’est Athéna qui va « punir » Méduse et la jeter aux Enfers. Athéna qui portera l’effigie de Méduse sur son bouclier ! La déesse des patriarches avilie la serpente archaïque et utilise sa souffrance comme repoussoir. Ses cheveux deviennent des serpents, ses yeux se dilatent et désormais son regard pétrifie tous ceux qui la croisent.

Méduse est « violée » et dans le système en place n’a pas la possibilité de faire valoir son outrage, pire elle est punie. Il existe, encore de nos jours, quelques pays qui condamnent à mort les femmes violées. Méduse est ce féminin profané. Blessé, outragé, violé, ne pouvant se défendre et faire valoir ses torts l’être se métamorphose en « monstre », ou bien, se transforme en statut de sel. Le nom de Méduse nous a donné le verbe « méduser », « pétrifier ». En réalité Méduse est en état de stress post-traumatique. Le docteur Jean-Michel Thurin nous en propose un résumé : « exposition à un évènement traumatique avec mort, menace de mort ou de grave blessure, ou portant sur l’intégrité physique de soi ou d’autrui. Réaction avec peur intense, sentiment d’impuissance ou d’horreur…[15]. » Nous voilà changé en pierre, il n’est plus possible de parler, de livrer quoique ce soit,  « sur fond de paysage grandiose à la clameur muette, elle [Méduse] change en statues les malheureux qui osent s’aventurer en territoire de mort[16] ». Dans le vécu traumatique nous ne pouvons plus vivre, mais nous ne pouvons pas, non plus, pénétrer dans la mort, nous restons figé sur la porte, morts-vivants, pétrifiés. Sarah Mezaguer site : « Bachelard à propos de la Méduse fait remarquer que “cette vie suspendue […] est autre chose qu’une décrépitude, [Que] c’est l’instant même de la mort, un instant qui ne veut pas s’écouler, qui perpétue son effroi et qui, en immobilisant le tout, n’apporte pas de repos”[17] » : figé en un grand cri de silence et d’horreur. Elle fait pendant au chien Cerbère dont l’auteure nous dit aussi que s’il « semble interdire aux âmes défuntes de sortir de l’Hadès, elle (Méduse), ce sont les vivants qu’elle repousse loin du monde des morts[18]. » Elle nous empêche de mourir et nous repousse vers la vie qui nous est cependant devenue inaccessible.téléchargement

La souffrance non reconnue, la colère non exprimée, le « visage du guerrier déformé par la rage[19] » dont souvent Méduse est la figure, fige l’âme dans le traumatisme.

Méduse, traumatisée, victime, nous apparaît comme un « démon » par le retournement patriarcal des figures. Les Figures archétypales montrent dorénavant des dieux guerriers triomphant, tuant des serpents/monstres que sont devenues les anciennes déesses psychopompes, Indra tue Vritra, Thor Migdard, Marduc Tiamat, le Sage Serpent Originel devient le tentateur diabolique de la Bible et Patrick tue tous les serpents d’Irlande…

[1] Marija Gimbutas, Le Langage de la déesse, éditions des Femmes, 2005, p. 151.

[2] Klaus Schmidt, Premier temple, Göbekli tepe, CNRS Editions, Kindle, 2015, emplacement 2718.

[3] Strabon 1 XIV.

[4] Jean-Christian-Marc Boudin, Du culte du serpent chez divers peuples anciens et modernes. In: Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, I° Série. Tome 5 fascicule 1, 1864. P 488.

https://www.persee.fr/doc/bmsap_0301-8644_1864_num_5_1_6675

[5] Ibid.

[6] Mœurs et institutions des peuples de l’Inde, par M. Dubois, supérieur des missions étrangères, qui a séjourné 28 ans aux Indes, t II ; ch. xii, p. 43

[7] Jean-Christian-Marc Boudin, Du culte du serpent chez divers peuples anciens et modernes. In: Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, I° Série. Tome 5 fascicule 1, 1864. P. 495.

https://www.persee.fr/doc/bmsap_0301-8644_1864_num_5_1_6675

[8] Annales de la propagation de la foi, p. 535, t, IX. Lettre du père More, du 22 avril 1836.

[9] Klaus Schmidt, Premier temple, Göbekli tepe, CNRS Editions, Kindle, 2015, emplacement 2815.

[10] Marija Gimbutas, Le Langage de la déesse, éditions des Femmes, 2005, p. 150.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Sarah Mezaguer, La femme et la mort en Grèce ancienne, L’Harmattan, 2012, p 25.

[15] Dr Jean-Michel Thurin, Etat de stress post-traumatique http://www.ecole-psychosomatique.org/DU_STEP

[16] Sarah Mezaguer, La femme et la mort en Grèce ancienne, L’Harmattan, 2012, p 109.

[17] Jean – Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs, pp 209 – 210 in Sarah Mezaguer, La femme et la mort en Grèce ancienne, L’Harmattan, 2012, p 108.

[18] Ibid. p 27.

[19] Ibid. p 102.

J’ai lu : La cruauté ordinaire

41v3DUt5vuL._SX319_BO1,204,203,200_La cruauté ordinaire, Yves Prigent, Desclée de Brouwer, 2003.

A ne regarder que la lumière nous finissons par être éblouis, aveuglés et l’énergie de l’ombre s’en donne à cœur joie d’agir dans notre dos. Etre capable d’éprouver la joie, la paix, la vie, n’est possible que lorsque l’on sait les différencier de leur contraire. Cela rejoint avec pertinence le fait d’être capable d’être soi-même à condition d’identifier, en soi, ce qui n’est pas nous, ce qui est inculqué par l’éducation, la culture, identifier nos ombres et nos lumières, bref c’est un chemin d’individuation.

Etre capable d’identifier nos propres caractéristiques demande aussi, de clairement voir celles qui appartiennent aux autres. Il s’agit de cesser les projections négatives et positives, de rendre à chacun ce qui relève de sa responsabilité, dans le vivre, dans l’acte, dans la parole.

Donner un nom aux choses permet de les identifier, de les mettre à distance pour mieux les regarder. Quelle est la différence entre la blessure et la destruction ? Quelle est la différence entre blesser et détruire ? Quelle est la différence entre la maladresse et la volonté de nuire ?

Cet ouvrage est un véritable bijou. D’accord Yves Prigent est neuropsychiatre, expert judiciaire et conseiller scientifique de l’Union Nationale pour la prévention du suicide. Ça pèse son poids, mais moi je ne suis pas subjuguée par les titres, je regarde ce que les gens font et non ce qu’ils sont dans la parade. Et Yves Prigent a écrit un ouvrage, non pas avec des « thèses » toutes faites, des sentences énoncées, des dogmes scientifiques. Le verbe est clair, accessible, du « vécu », du ressenti, de l’expérience et tous les mots nous parlent, font écho, donnent du sens à l’imbroglio qui peut souvent nous estourbir et qui soudain s’éclaire. Comment mesure-t-on le chagrin, la souffrance, la différence entre la férocité et la cruauté ? C’est un regard direct et profond dans la psyché humaine, un témoignage savant sur notre condition qui n’est pas, nous le savons tous, qu’une partie de plaisir.

Son regard porté sur la souffrance et le Mal est pétri de bienveillance. C’est facile de regarder la joie et la paix avec bienveillance, mais il faut une grandeur d’âme hors du commun pour regarder l’Ombre avec douceur. Cependant c’est bien le seul moyen de ne pas la nourrir, de la faire parler, de la faire « couler »,  de la métamorphoser. On peut voir et enfin nommer Le Mal, y faire face, s’en protéger, s’en « sortir ». Respecter la Vie c’est donner un nom à son contraire qui  n’est pas la Mort, mais la cruauté. La mort fait partie de la vie, mais la cruauté la détruit. Les grandes mouvances cruelles des communautés humaines sont bien connues, nous ne parlons que de ça. Moins connue est  la cruauté quotidienne, interpersonnelle,  qui est abordée dans cet ouvrage et qui nous concerne tous.

« La violence physique ou psychique d’un être humain sur un autre être humain, si elle est source d’horreur, c’est qu’elle dénie cette fonction élémentaire, matricielle, archaïque, de solidarité avec son vis-à-vis humain. »

Savoir identifier ce Mal, nous permet de nous en protéger et de ne pas le nourrir par notre ignorance. Ce Mal que nous nous faisons à nous-même, que nous propageons, cette volonté de destruction qui anime de trop nombreux humains est dévoilé ici. Sans les voiles, La Chose perd de son pouvoir et de sa puissance, alors le socle fissuré peut voir pousser entre ses failles quelques fleurs vigoureuses.

A lire aussi : 

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Bertrand de la Vaissière : Les énergies du mal en psychothérapie analytique jungienne (Editions du Dauphin)

 

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Marie Louise von Franz : L’ombre et le mal dans les contes de fées (Fontaine de pierre)

 

 

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Saverio Tomasella : La folie cachée (Albin Michel)

 

 

9782700703726FS

Alice Miller :  C’est pour ton bien (les racines de la violence dans l’éducation de l’enfant )(Aubier)

Éros et Psyché : la femme et son Animus sur le chemin de l’individuation

Lire le conte d’Éros et Psyché 

« L’âme a besoin d’ailes pour s’élever au – dessus des contraintes qui l’enchaînent et pour voir l’horizon. Pour que le psychisme s’unisse légitimement au principe créateur d’Éros et délivre le sacré qu’il porte en lui[1] … »

Rêve d’une femme :

Un grand personnage masculin avec des ailes m’emmène devant une maison aux fenêtres artificielles. Pendant que je parle avec un jeune enfant assis dans une flaque d’eau et tenant un serpent – qui me dit être le gardien du silence –  le personnage essaie de passer la porte de la maison, mais se heurte violemment. Il se jette dessus comme un forcené et retombe à chaque fois par terre, blessé. Je ne supporte pas de le voir comme ça, je rentre dans la maison et lui montre que moi je peux rentrer dedans. Un homme sort de la maison. Pendant que j’embrasse cet homme l’ange saute d’un bond sur le toit et jette le feu dans la cheminée. La maison prend feu.

erosComment ne pas reconnaître Éros dans cet « Ange » magnifique, qui préside aux baisers et mets le feu dans la maison ? Comment ne pas penser à cette prière, que la rêveuse ne connait pas, mais que les êtres humains adressaient à ce dieu dans l’antiquité ?

« Je t’invoque, Origine de tout devenir, qui étends tes ailes sur le monde entier, Toi l’inapprochable, l’infini, qui inspires des pensées de vie à toute âme, qui a relié toutes choses par ton pouvoir. Premier né, créateur de l’univers, aux ailes d’or, être sombre, toi qui voiles les pensées toutes raisonnables et inspires de sombres passions, toi qui vit secrètement dans toutes les âmes, tu crées le feu invisible, touchant tout être animé, le torturant infatigablement de plaisirs et de délices douloureux, depuis que l’univers a existé. Tu entraines la souffrance par ta présence, toi, parfois raisonnable et parfois insensé, toi pour qui les hommes violent leurs devoirs par des entreprises hardies, toi le sombre. Toi le dernier –né, le sans lois, le sans merci, l’inexorable, l’invisible générateur des passions, archer, porteur de torche, seigneur de toute perception spirituelle et de toutes les choses cachées, Seigneur du silence, par qui luit toute lumière, jeune enfant quand tu es dans le cœur[2] …. »

Voilà comment les dieux anciens vivent encore au sein de nos psychés. Encore devons-nous savoir les y débusquer et leur redonner leur juste nature. Éros n’est pas le dieu de la lascivité, de la sexualité bestiale et aveugle. Il n’est pas même le dieu de l’amour. Il est le dieu de l’Amour, qui relie le sentiment et le désir, le corps et l’âme. Il est l’amour en Soi, entre nos pôles masculin / féminin, l’Amour de l’Anima, l’amour pour l’Animus, l’Amour du Soi pour l’âme qui « s’agit » en nous. Marie Louise von Franz le décrit comme « psychologiquement un symbole du Soi.[3] » Elle rajoute «  Éros est le Soi[4] envisagé sous l’aspect de source de toute inspiration créatrice, de vitalité : il est la capacité de se laisser émouvoir ; il donne le sentiment que la vie a un sens[5]. » De con côté James Hillman dit que ce dieu « nous conduit aux archétypes dissimulés derrière les modèles et nous fait jouer à divers mythes » et que «  Cette conscience mythique et ces rôles qu’Éros nous fait jouer sont directement le fruit de l’activité créatrice du psychisme[6]. » C’est dire l’attention que nous devrions porter à cet Archétype, le contempler dans ses Images et le porter dans nos vies comme un bijou venu de fin fond des entrailles du monde. D’ailleurs Éros n’est-il pas fils du chaos, sombre réceptacle mouvant – « chaos et création sont inséparables[7] » – où se trouve le Bijou ? Éros n‘est-il pas ce bijou ? Nous connaissons les contes où le héros doit combattre le serpent, ou le dragon, pour aller chercher la Pierre sur son front, Éros n’est –il pas ce Caillou ? Il est intriguant de savoir que dans le conte d’Éros et de Psyché, les sœurs de celles-ci lui décrivent son amant comme un serpent, que dans le rêve se trouve un enfant, qui joue avec un serpent ? N’est-il pas intriguant le lien que nous pouvons faire entre le Soi et la Pierre, le Bijou ?  La grande quête, ce que Jung appelle l’individuation, n’est-elle pas cette recherche du Bijou intérieur, en quelque sorte la rencontre avec Éros ? Si tel est le cas nous pouvons avec James Hillman considérer que le mythe d’Éros et de Psyché est le mythe primordial de la psychologie analytique[8].

Sa particularité réside dans le fait qu’il ne s’agit pas d’un héros en quête d’un Bijou dans le ventre d’un dragon serpent, mais de la quête douloureuse d’un Féminin vers son Amour. Les analyses que nous pouvons trouver prennent l’angle de l’Anima masculine, cependant l’écho réel des symboles exprimés avec un vécu de femme nous permet aussi de l’aborder sous un angle Féminin / Animus, d’une psyché de femme en quête de son Animus.

S’il n’est pas imaginable de faire ici l’analyse détaillée du mythe nous pouvons en dégager les grandes lignes. Il y a féminin et féminin. Celui des sœurs et du contexte humain dans lequel nait Psyché. Elles sont querelleuses, jalouses, cancanières, agressives, menteuses. Elles râlent, ordonnent, espionnent. Ce sont des féminins dénudés de leur nature première, que possède Psyché. Psyché a hérité de la beauté des dieux, elle surpasse la renommée de Vénus. Il ne s’agit pas de beauté esthétique mais de beauté sacrée, de la nature même du féminin quand il peut exprimer son essence. Parce qu’il n’y a pas de place pour ce féminin-là dans le monde des hommes Psyché ne trouve pas à se marier. Sans doute les hommes veulent des femmes aux couleurs de leur âme, à l’image de ces sœurs qui elles ont trouvées mari et fortune. Rejetée, bannie, Psyché est envoyée sur un rocher, au milieu de l’océan, c’est-à-dire au fin fond de l’inconscient. Plus de féminin dans sa beauté naturelle pour ce monde ici-bas, ni par les femmes, ni par l’Anima des hommes.

Le seul Amant possible pour Psyché c’est un « monstre », qui ne la visite que la nuit, et la fait vivre dans un royaume merveilleux à condition qu’elle ne voit pas son visage.

Voilà une situation bien ancrée, de ces femmes qui rêve le masculin idéalisé. Le prince charmant se cache dans ces rêves, mais le féminin ne vit pas, ne porte pas de fruit, il vit seul le jour ; il sait juste qu’il est aimé la nuit, c’est à dire dans l’inconscient. Après les femmes aigries, voici les femmes qui vivent dans leurs rêves.

À quoi peut bien ressembler ce masculin qui  m‘est si étranger si je le regarde à la jpg_Image_Psychelumière  de ma conscience ? Il ressemble à un dieu ! Il est Éros. Si la femme découvre la beauté du dieu qui vit en elle, elle ne peut que faillir, tomber en Amour et de surprise, de passion, laisser tomber l’huile qui brûle. Ce masculin qui ne peut s’exprimer que dans l’ombre des songes, surpris, blessé, s’enfuit … Chez sa mère ! Éros se fuyant lui-même, fuyant Psyché, fuyant la rencontre, la relation, va chercher refuge chez maman, où « il subit la domination de sa mère Penia[9], le manque[10] », comme un petit garçon. Cette mère qui va le malmener, le rendre pauvre, frustré ! Jusqu’à ce qu’il prenne lui-même conscience que Psyché a besoin de lui et qu’il a besoin d’elle. Ce passage est très intéressant. Voilà un Soi immature dont le réflexe, n’est pas celui du héros mais de l’enfant qui va se faire « remonter les bretelles » par sa mère. Vu sous l’angle du Soi ou de l’Animus, de nombreuses femmes pourront s’y reconnaître, car un appel se fait de l’intérieur de se trouver soi-même, un éveil se profile mais une petite voix dit « non ce n’est pas la peine, non tu ne dois pas faire ça, non une femme ça se tait ou ça hurle, ce n’est pas grave si tu as envie de chanter et que tu ne le fais pas ! » C’est la mère castratrice qui a récupéré son Animus de fils pour le sermonner et Psyché de sombrer dans le désespoir, la dépression, la nuit noire de l’âme. Il y a de nombreuses tentatives de ce genre dans la vie d’une femme, les rêves en sont témoins, les expériences aussi. Les mots des femmes qui parlent de ces passages sont clairs. « J’ai envie faire une chose, mais je me dis que ce n’est pas la peine », « je me dis que ce n’est pas grave, que je peux supporter ceci ou cela ! ». Pendant ce temps son Bel Animus vit un calvaire au plus profond de sa psyché. Pendant ce temps là un autre Animus a pris la relève et invective.

Mais une fois entrevu le visage du dieu, le Féminin est amoureux et commence la quête !

Si les héros ont toujours à combattre, des dragons, des serpents, des chevaliers noirs, les héroïnes, elles, ont à faire, à supporter, à cheminer, à tisser et retisser, pleurer, se faire attacher, se faire brûler les ailes … Psyché est un modèle typique du parcours féminin vers l’individuation. Il est pour nous d’une grande valeur dans la compréhension de nos souffrances. Les femmes les affrontent de plein fouet, les hommes doivent savoir que s’ils sont chez maman en train de se faire régenter c’est leur Anima qui fera le parcours des 4 corvées.

Trier le blé : La patience et le tri dans les sentiments, la découverte de ce qui fait notre âme et notre nature féminine. Sans ce travail nous ne savons pas écouter Animus qui nous accompagne dans ce qui est bon pour nous et comment le dire. Pour Anima il s’agit trier les sentiments et les leurres. Se faire aider par les fourmis.

Récupérer la toison des béliers : L’apprentissage lent et méticuleux de la confrontation avec nos émotions, nos pulsions. Sans ce travail nous pouvons brûler et blesser l’Autre, devenir irrévérencieuse, coupante, tranchante, « castratrice ». Écouter le chant du roseau.

Remplir notre vase à l’eau du Styx : Prendre avec soi la part qui nous incombe, notre destin, mettre en œuvre notre nature féminine. Se faire aider d’un aigle.

waterhouse_psyche-boiteEt le plus dur : ramener la boite de beauté à Vénus sans l’ouvrir ! Ou en l’ouvrant, car en fait c’est parce qu’elle ouvre la boite et tombe morte qu’Éros revient, osant enfin vivre sa relation. Que devons – nous faire, ouvrir,  pas ouvrir ? Et que veux dire la boite ? Ce n’est pas n’importe quelle boite, c’est la boite de Beauté de Vénus ! Or Vénus est la déesse de l’amour. Marie Louise von Franz en parle par rapport à la notion de beauté qui n’appartient qu’aux dieux. Il semble que nous pouvons repositionner cette analyse sur un plan plus concret. Le féminin lie par essence la matière et le spirituel, en clair lorsqu’une femme aime vraiment elle ne dissocie pas sa chair de son âme. Cela fait partie de sa nature et l’on retrouve cette qualité dans sa relation avec ses enfants (l’Anima de l’homme fait ça aussi !) Quand on souffre pour ses enfants on dit que l’on souffre aussi dans sa chair. Et c’est Michel Cazenave qui parle le mieux de l’extase au féminin, reliant la chair et l’esprit, « où se traduisent et s’accomplissent à la fois le dialogue, l’échange, le processus de réunification de la créature à l’absolu et son principe[11]. » Or dans son être intérieur il en est de même, dans son rapport au spirituel, au masculin, dans sa psyché la femme aime dans toutes les dimensions. Nous savons que Psyché représente le Féminin non contaminé par la culture et l’ordre disons de la cité. Psyché est donc capable d’amour total, cet amour qui est la beauté de Vénus. Elle se trouve submergée par une énergie qui la dépasse, elle absorbe une qualité qui ne peut être vécue que par un dieu. Elle « dépasse les bornes », Psyché va mourir pour cela, comme une femme peut mourir d’amour, comme une femme peut mourir de la puissance créatrice de son âme si celle-ci n’est pas mise en œuvre. Nous  devons ouvrir la boite, avoir ce courage. C’est le seul moyen d’appeler Éros à notre secours. Nous devons lâcher prise et accepter de regarder bien en face le fond du coffre, notre propre psyché, pour y contempler la beauté des dieux. Seulement et seulement alors Éros quittera le giron de sa mère et sera là pour nous relier à la vie, nous porter le feu de vivre. C’est alors Animus qui nous soufflera à l’oreille le chant de la vie, la route qui est la nôtre, la danse que nous pouvons faire. Alors et alors seulement en nous écoutant nous-même, en nous aimant nous-mêmes nous pourrons faire jaillir la vie autour de nous et c’est bien ce que font les déesses libérées du joug, elles font jaillir les fleurs, couler les ruisseaux, chanter les oiseaux et ces déesses peuvent utiliser le sourire d’une femme, les mains d’une femme,  le parfum d’une femme, ou tout aussi bien murmurer par l’Anima des hommes.

Rêves de femme :

Je suis allongée sur un lit avec Animus, il me serre dans ses bras et me dit « la forêt est belle ! »

Animus me prend les mains et très attentif à ma réponse me dit « tu viendras avec moi à la chasse aux lapins ? »

 

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[1] James Hillman, La beauté de Psyché, l’âme et ses symboles, Le jour éditeur, 1993, p 103.

[2] Papyri Graecae Magiquee op cit Vol 1 p 129 (le Glaive de Dardanos, Prière à Eros)

[3] Marie Louise von Franz, L’âne d’Or, La fontaine de pierre, 1978,  p 174.

[4] Archétype ordonnateur de la psyché humaine dans le sens de sa réalisation totalité de l’être

[5] Marie Louise von Franz, L’âne d’Or, La fontaine de pierre, 1978,  p 127.

[6] James Hillman, La beauté de Psyché, l’âme et ses symboles, Le jour éditeur, 1993, p 108.

[7] James Hillman, La beauté de Psyché, l’âme et ses symboles, Le jour éditeur, 1993, p 107

[8] James Hillman, La beauté de Psyché, l’âme et ses symboles, Le jour éditeur, 1993, p 99.

[9] Déesse grecque de la pauvreté

[10] James Hillman, La beauté de Psyché, l’âme et ses symboles, Le jour éditeur, 1993, p 103.

[11] Michel Cazenave, Visage du Féminin sacré, Entrelacs ; 2012, p 202.