Lune et Cosmos, Grotte et Naos

Avec notre manière de penser les choses, nous nous sommes focalisé.e.s sur la pratique de la chasse et de la cueillette de nos plus anciens ancêtres. Nous n’avons pas imaginé qu’ils regardaient aussi et d’abord le ciel. Nous, qui ne regardons plus le ciel n’avons plus besoin de lui pour calculer la course du temps. Cependant rester quelques temps sans montre, sans téléphone pour nous dire l’heure et nous serions contraint.e.s de regarder autour de nous et de voir comme la danse du ciel rythme le temps, notre temps, nos mois, nos marées, nos cycles. Avec la conscience pure que notre corps suit lui aussi une danse temporelle nous intégrons le fait de faire partie de l’ensemble du temps, du Cosmos qui tourne comme une roue (cosmique). Alors regardons ! Nous observons comme cette course se poursuit d’est en ouest, d’un début, comme une naissance, vers un zénith, puis une fin, une mort, suivi à l’aube nouvelle d’une renaissance. Le mécanisme de cette danse, qui la dirige, quoi ? Nous ne le savons pas, cela est au-dessus de nous, au -delà. Une volonté, mieux un désir, Cosmique. Cela procède de quelques mystères, sacrés, dignes d’un respect absolu car c’est ce qui fait que nous sommes là, ici et maintenant, pour le regarder et le vivre : un aspect spirituel. Divin. Il n’est pas besoin d’un livre pour vivre ça, pour sentir en soi, pour expérimenter, notre appartenance à cette Nature, et son aspect qui nous dépasse.

Nous n’avons plus la frayeur, ou moins souvent, d’être incarné.e.s dans cette Chose, dont nous ne savons rien car nous avons créé des objets et des rites qui nous illusionnent sur notre toute puissance. Nous sommes persuadé.e.s que nous ne dépendons plus vraiment de la nature, nous nous sentons protégé.e.s, distant.es. Il ne nous reste que la mort et encore nous la cachons, l’aseptisons, la détournons. Mais que ressentirions nous seul.e, debout  face au Cosmos ? N’aurions-nous pas un profond sentiment de vénération, de fascination, de projection spirituelle ? Un sentiment de vénération plus grand encore qu’un sentiment de peur, peut-être même une gratitude, car enfin si nous regardons le soleil et la lune, qui meurent aussi, nous voyons qu’ils reviennent, ainsi nous devons revenir aussi.

Que les humains anciens aient projeté, fait un lien entre ce qui se passe dans le ciel et notre passage incarné ne fait aucun doute. Les tombes les plus vieilles à notre connaissance, présentent des corps enfouis dans un axe est/ouest, du lever au coucher, sans doute dans l’espoir que la renaissance accordée aux astres se propage aux êtres. Qu’il y ait eu une pensée, une spiritualité, un geste, en indique la réalité pour ces âmes d’avant : se trouve dans leurs habitudes de laisser avec leurs morts, de la nourriture, des fleurs, de l’ocre rouge, des traces de feu.

A l’horizon le soleil, la lune, disparaissent et c’est l’obscurité. La couvaison d’un prochain cycle. L’observation du Cosmos nous dévoile qu’en fin de cycle se produit une disparition.  Dans un ailleurs inaccessible, et dans les traces cultuelles, dans les plus vieux sanctuaires : « L’accès [de ces sanctuaires] est toujours resté limité. On y trouve des traces de pied, mais pas de chemins régulièrement foulés. Les rites cultuels étaient sans doute fortement différenciés de la vie quotidienne, les représentations des dieux grecs étaient encore placées dans l’obscurité d’un naos.[1] » Les Grecs, oui, mais aussi les Egyptiens, et les Japonais contemporains cachent encore leurs objets sacrés à l’ombre du honden.

C’est donc dans le noir que se produit la grande magie du pouvoir de renaissance, dans une descente, dans un obscur, dans un secret. L’être humain apprend en imitant, les enfants nous imitent, nous voulons imiter nos stars, nos modèles. Lorsque notre modèle est le Cosmos, à l’aube des temps, nous allons vouloir faire comme lui et descendre dans les coins les plus cachés, les plus obscurs autour de nous : les grottes.

La grotte offre ce ventre obscur, inconnu, mystérieux, mais tout autant, ses formes plus ou moins arrondies rappellent la voûte céleste, à l’intérieur. Cette notion de sphère n’est pas anodine. Marie Koenig lui donne un descriptif fort judicieux : « L’homme se ressent comme le centre de l’univers et le ciel est vu comme une coupole qui se déploie au-dessus de sa tête. C’est ce qu’on appelle la “vue subjective du monde”[2]  […] s’il ajoute l’autre demi-sphère placée de l’autre côté de l’horizon, comme une sphère complète. C’est la “vue objective du monde”[3] »

Cette sphère couveuse, tout aussi protégée, enclose, se retrouve si l’on se place au centre des Dolmen, au Chœur des églises. Une fonction maternante et régénérante, une matrice cosmique.

A l’aube des temps, dans ces espaces enclos, nous allons griffer, marquer, invoquer, supplier que la magie opère encore et toujours, qu’après l’obscur reviendra la lumière. Nous allons « refaire » ce que nous voyons dans le ciel, et nous allons le dire dans le langage que nous lisons autour de nous, des formes et des images.

Facile alors au coin d’une paroi vaguement ressemblante à un dos d’animal, d’y tracer les deux cornes lunaires, qui comme celles d’un taureau percent le ciel : « La lune, dont l’aspect changeait sans cesse, était particulièrement inspirante : ses deux croissants pouvaient être comparés à des cornes. L’imagination en fit le “Taureau Céleste” qui, comme les disent les hymnes sumériens “règle la marche du temps de ses deux cornes d’or”[4] » et nous l’avons fait longtemps : « Jusqu’à présent, on a découvert soixante-dix-sept grottes ornées datant de l’ère glaciaire. La peinture des parois rocheuses commença il y a 40 000 ans, les œuvres le plus récentes ont à peu près 12 000 ans.[5] »

Marie Koenig de remarquer à propos d’un taureau de la grotte de Pech-Merle qu’il procède d’une approche que ne dédaignerait pas notre art abstrait, « laisse de côté tout détail qui, ici, serait inutile : masses musculaires, parties génitales. En opposition totale avec le corps, les cornes de l’animal : deux demi-sphères symétriques, comme aucun animal n’en a jamais porté.[6] »

Deux cornes que nous allons croiser souvent, durant des milliers d’années et nous savons que cette lune qui rythme le temps, humain, bien plus précisément que le soleil a un impact immense sur la Nature, perfore la nuit noire pour monter dans le ciel et redescendre. En quelque sorte nous pourrions constater que le Phallus dans sa quête désirante procède du même cycle. Un Phallus qui se lève, palpite, pénètre la nuit noire d’un ventre féminin puis s’étiole, se rétracte, se retire : « Le rythme naturel du mâle est un rythme phallique qui s’élève et retombe… Les mythes raconteraient donc, tout naturellement, des histoires dans lesquelles le mâle est la figure arrivée à son apogée, tragique, qui resplendit et disparaît[7]. »

Lune, à l’aube des temps, est une énergie masculine. Des grottes il gravitera vers les temples, en bucrane, en taureau, en dieu lune. Des premières grottes pariétales à Osiris, Sin, Mani, Midir, il percera le ciel et l’ovule rond et chaud de la Déesse des Origines….


[1] Marie Koenig, Notre passé est encore plus ancien, Robert Laffont, 1982, p. 52

[2] Ibid, p. 37

[3] Ibid, p. 41

[4] Ibid, p. 51

[5] Ibid, p. 52

[6] Ibid, p. 53

[7] William Irwin Thompson 

Matriarcal ou Matristique ?

Le terme matriarcat est un mot moderne inventé par Bachofen (1815 – 1887), historien du droit ayant théorisé le « droit de la mère ».  Il emploie aussi le terme de « gynécocratie »

Dans son sens le plus strict gynocratie, ou gynécocratie, est un régime politique dans lequel le pouvoir est exercé par des femmes. Il est utilisé pour désigner une structure sociale sexiste et matriarcale. Son antonyme est la phallocratie.

Le terme de « matriarcat » est, lui, construit, sur le modèle du terme « patriarcat », du latin pater, patris (« père») et du grec archein (« commander »).  Il semble assez évident que le cadre de référence du XIXe ait du mal à concevoir une autre manière de faire que le commandement centralisé autoritaire…. (ne jamais oublier le contexte du chercheur)

Commander de façon gynocrate n’est pas ce que l’on peut observer dans les sociétés dont les femmes sont le fondement, nous pouvons le constater en lisant le magnifique ouvrage de Heide Goettner Abendroth Les sociétés matriarcales. D’autres spécialistes se sont penché.e.s sur la question comme Evelyn Reed avec l’observation de tout ce qui fait la différence d’un système à l’autre.

Les termes de matriarcat et gynocratie se semblent donc pas adéquats sauf peut-être chez les Amazones qu’elles soient réelles ou fantasmées.

Certain.e.s anthropologues ont employé le terme de « matriarcat » dans le sens de « système de parenté matrilinéaire ». Cette définition n’est pas acceptée par de nombreux sociologues et anthropologues qui ont étudié les sociétés matrilinéaires et matrilocales.

Matrilinéaire : Qui ne reconnaît que l’ascendance maternelle (opposé à patrilinéaire)

Matrilocal : Se dit du type de résidence d’un couple lorsque celle-ci est déterminée par la résidence de la mère de l’épouse (opposé à patrilocal).

Une société semble pouvoir être patriarcale et matrilinéaire et/ou matrilocale. Cependant ne s’agit-il pas d’un glissement, en cours ? Pas tout à fait abouti ? En effet le patriarcat repose clairement sur la filiation « du père », reléguant la mère à « l’objet » concepteur du fils héritier (les fils légitimes – quand les autres sont des batards – les filles n’en parlons pas) Clara Acker dans Dionysos en transe, la voix des femmes nous en fait une démonstration parfaite.

Par conséquent une société matriquelquechose ne semble pouvoir reposer que sur du matrilinéaire, peut-être sur du matrilocal…. ?

C’est pour bien discerner les deux systèmes (patriarcal/matriarcal) que plusieurs chercheurs.euse.s et en particulier Marija Gimbutas, remplacent le terme matriarcal par un terme plus neutre : matristique.

Une fois les choses mises à plat, il ressort que Marija a utilisé le terme matristique comme Bachofen a utilisé celui de matriarcat, (en inventant : néologisme !) ces guerres de clochers me semblent stériles et infantiles (Beatles ou Rolling Stones, PC ou Mac ?).   La question du fond me parait bien plus essentielle. L’humain est-il capable de vivre autrement que de façon autoritaire, les femmes ont-elles joué, peuvent – elles jouer un rôle structurant de société ? A moins de considérer qu’elles n’ont toujours pas d’âme et de cerveau il va être difficile de répondre non et c’est pour cette raison et pour un discernement clair que je choisis d’utiliser le terme matristique.

Car Marija avait raison « Hourra hourra hourra »
https://sidovm.wordpress.com/2020/02/23/marija-avait-raison-traduction-de-larticle-dannine-van-der-meer/

La Caverne de la déesse Amaterasu à Takachiho

La journée se révèle douce et le soleil brille fort dans le ciel. La route a défilé sereine. Le lieu, hautement symbolique se révèle tranquille et comme préservé.

Des arbres, des arbres, des arbres.

Les ombres de leurs troncs bien plantés sont tout emmitouflés de réverbération solaire.

Parce qu’il y a des arbres, des arbres, des arbres, l’endroit est tout perclus de paix, de silence qui parle.

Il m’a fallu croiser quelques marchands du temple, bien sûr. Mais rien à voir avec ce que l’on peut imaginer, juste quelques échoppes, quelques vendeurs. Ici les gens ne font pas de grands gestes, ne parlent pas fort, ne gesticulent pas, ils passent, ils se croisent. Un sourire, un salut, bien sûr le salut. Tout semble si paisible.

Ca réverbère, ça renvoie, ça reflète. Oui le miroir est là.

Il ne reste plus qu’à descendre. En bas se trouve la grotte. Non La Caverne !

L’eau dégouline d’en haut, cavalcade, chuchote, humidité de femme entre des cuises ouvertes ; offerte à mes pas silencieux.

Avant de voir la Caverne nous pouvons déjà voir ces petits tas de pierres que les pèlerins entassent. Ils sont fait d’attention, de minutie, de cette application que mettent les Japonais à faire les choses. Il est impossible d’y toucher, de les buter, renverser, détruire. Il rode comme une odeur de sainteté.

Puis la voilà ! Elle émerge. La Caverne, Celle du Mythe, Celle où Elle s’est cachée, celle devant laquelle Uzumé a dansé, en soulevant ses jupes. Le mythe est là vivant.

Moi aussi je ramasse des pierres, moi aussi je fabrique mon tas. Moi aussi je me penche, tête baissée, corps plié. Je marque ma pliure, un temps si court mais qui donne le sens de mon geste, mais non je ne me plie pas, je salue. Moi aussi je baigne dans la béatitude, dans la paix de ce lieu, dans sa fraicheur et sa moiteur, son humidité, sa terre et ses eaux.

Ici je peux m’étaler de toute mon âme. Il n’y a pas de souffrance que celle de vouloir émerger vers la vie. Pas de sang glorifié, pas de chair mortifiée, juste la Nature, la Terre, la Rivière, les Arbres, la Pierre et le Ciel tout auréolé de lumière.

Plus au nord de Kyushu je tombais sur un autre sanctuaire dédié à Amaterasu. Mêmes arbres, même paix, même silence pointé du chant de quelques oiseaux. Est-Elle ainsi sans pleurs, sans larmes. Juste la paix de vivre. On peut s’enrubanner de l’aube ou se couvrir de nuit, à chaque fois ce sera en douceur, en bruissement d’ailes. Pas de martyrs mais pas de grandiloquence non plus. Juste une joie posée comme un manteau, un écho à ce qui tout en moi frémit.

Puiser sans fin à ces courbes graciles, je suis, je suis la terre qui porte ces arbres, je suis ces arbres qui pointent vers le ciel, je suis cette rivière qui chante et qui s’évade, je suis ce ciel où se dresse un soleil de lumière vivace. Je suis de la Nature.

Takachiho Japon janvier 2023.

Carte extraite de l’Oracle des Gardiennes des Mythes

Parution aux Editions Véga Trédaniel

Les mythes racontent des histoires, ils racontent nos histoires, toutes les mouvances intérieures qui nous agitent, nous blessent ou nous enchantent. La vraie question est « quel est notre mythe personnel ? » en réalité nous sommes chevauchés par différents process qui peuvent au fil du temps changer, onduler, chatoyer différemment suivant nos pensées, nos actes, nos choix et le courage que nous mettons à les agir, les faire vivre, les incarner.

Parfois c’est délicieux, facile. D’autre fois c’est pénible, douloureux. C’est souvent à ce moment là que nous cherchons de l’aide, l’écoute, la parole amie, la prière, mais c’est ici que les mythes peuvent nous accompagner, car ils connaissent Le Chemin, le chemin qu’ils parcourent depuis la nuit des temps, depuis les premières humanités. C’est en eux que nous pouvons trouver l’écho de nos affres intérieures et en eux que se dessinent les possibles rédemptions, les possibles libérations, les possibles guérisons. Et les célébrations de la Vie !

Je me suis attachée dans cet ouvrage à faire éclore le message du mythe. Les féminins joyeux, aimant, puissant, les blessés, les attachés, les perdus, les vilains, les sorciers, tous ces possibles sont approchés avec respect, juste écouter leur souffle et leur message.

Je dis bien féminin, car il évident que tout cela ne parle pas qu’aux femmes mais aussi aux ailes ondulées, colorés ou flétries de l’Anima des hommes.

Oracle des Gardiennes des Mythes

Marija avait raison

                              Traduction de l’article d’Annine van der Meer

Traduction, avec l’aimable autorisation d‘Annine van der Meer, par Sylvie Verchère et Geneviève Le Bas. (Article en anglais sur le site d’Annine van der Meer)

marijagimbutas

Réhabilitation de la théorie Kurgan de Marija Gimbutas, développements récents de la recherche.

Cet article contient :

  1. La théorie Kurgan de Marija Gimbutas
  2. La réhabilitation de Marija Gimbutas, recherches récentes interdisciplinaires
  3. Colin Renfrew réhabilité la théorie Kurgan de Marija Gimbutas
  4. David Anthony : « Marija Gimbutas avait raison… »
  5. Remarque de conclusion
  6. La théorie Kurgane de Marija Gimbutas

1 La théorie Kurgan de Marija Gimbutas

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Les peuples Kurgan. LOMA 135.
Marija Gimbutas a décrit la culture des tribus des steppes ou, selon ses mots, le « peuple Kurgan » comme suit : « ils ont une économie de bergers avec une agriculture rudimentaire, de la poterie grossière avec des impressions de cordes et des motifs de soleil, la domestication des chevaux, la guerre, les armes en métal, l’adoration d’un dieu du ciel masculin, un système social patrilinéaire, et enfin des tombes pour les élites[1] ». Kurgan vient du mot russe pour « tombe dans une colline » (ils utilisent un autre mot pour « colline ») car ces tumuli funéraires forment des « collines » dans le paysage.  Les chercheurs danois et suédois modernes ne parlent pas de kurgan mais utilisent le mot barrow ou tombe (tombes d’hommes) pour les tumuli.  Des recherches génétiques, linguistiques et archéologiques récentes ont en général confirmé le travail de Marija[2]. Et, même le grand archéologue britannique, Lord Colin Renfrew – son ami et collègue au départ, qui plus tard refutera ses thèses – réhabilite depuis novembre 2017 sa « Kurgan-théorie ».

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Quatre vagues kurganes, LOMA 128-130.
Marija Gimbutas a décrit la transition de l’agriculture pacifique des sociétés matristiques aux sociétés bellicistes et pastorales gouvernées par les « mâles » en quatre vagues différentes. (voir le site d’Annina van der Meer  www.anninevandermeer.nl bouton Vaderland puis ‘Actuele visies op de overgang van moederland naar vaderland).

 

7.1 Première vague de migration, vague Kurgan 1 : 4300-4200 BC. Voir teste LOMA, p. 128
7.2 La seconde vague, vague Kurgane II: 3400-3200 BC. Voir texte LOMA, p. 129
7.3 La troisième vague, vague Kurgane III: 3000-2800 BC. Voir texte LOMA, p. 129
7.4 La quatrième vague, vague Kurgane IV: 2400-2200 BC. Voir texte LOMA, p. 129-130
7.5 Invasions ultérieures : 2000 BC-1500 AD. Voir texte LOMA, p. 130

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Changement de climat, LOMA p. 127.
Les désastres et détériorations climatiques apparaissent comme des forces motrices de migrations.  Les tribus des steppes habitaient les steppes herbeuses, qui comme une autoroute longue de 5000 Km, parcouraient aussi le bord sud des glaces et les forêts de pins et de feuillus de l’est de la Sibérie jusqu’à la Hongrie[3]. Ils eurent l’habitude de s’adapter aux différents changements du climat. Dans certaines régions du nord, certains descendants de chasseurs-cueilleurs qui, dans les forêts profondes du nord, continuèrent de chasser et cueillir firent parfois la transition vers l’élevage[4]. Dans les régions plus au sud, ces descendants, si suffisamment de pluie tombait sur la steppe, développèrent une économie fermière. Durant les périodes froides et humides, ces fermiers vivaient à moitié sédentaires. A la fois dans les forêts et dans la steppe, il n’y avait pas de nomades, ces tribus étaient connectées à la terre et durant ces périodes s’adaptaient à un style de vie semi-nomade. Alors les femmes, les enfants et les vieux restaient dans les villages, pendant que les hommes tentaient d’élever du bétail sur d’autres terrains.Image 4

2 Réhabilitation de Marija Gimbutas, récentes recherches interdisciplinaires

Certaines recherches récentes restent mitigées[5] ou rejettent[6] la reconstruction des faits historiques de Marija Gimbutas. Mais… d’autres, et parmi les plus récentes recherches confirment ses reconstructions. Allons voir ça …

Elle discerna deux périodes principales : III de Kurgan (3000-2800 AEV) et IV (2400-2200 AEV.).

  • La première période, entre 3000 et 2600 AEC, vit l’invasion nomade et la confrontation des pasteurs avec les agronomes indigènes néolithiques.
  • La deuxième période de 2600-2200 AEC, comme celle de l’assimilation et de l’intégration. La confrontation s’est cristallisée en unités locales appartenant à la culture de la Céramique Cordée de l’âge du bronze, qui a produit des vases avec des impressions horizontales de cordes, dans le nord-ouest et le nord-est de l’Europe[7].

Les dernières recherches du Prof. dr. Kristian Kristiansen de Suède et du Prof. dr. Eske  Willerslev du Danemark  ainsi que de  leurs  équipes mutuelles, confirment  et  réhabilitent le concept d’invasion-assimilation de  Marija  Gimbutas. Les deux équipes ont travaillé en étroite collaboration dans une reconstruction interdisciplinaire plus détaillée de l’âge du bronze en utilisant des recherches isotopiques et linguistique[8]. Le 4 avril 2017, Kristiansen a donné une conférence intitulée Steppe migrant thugs  pacified  by Stone Age  farming  women, à  Copenhague au Danemark[9]. Le 11 mai 2017, Kristiansen a donné la même conférence à Leyde en Hollande « Steppe migrant thugs pacified by Stone Age farming women », qui servit de base référente[10].

Les débuts de l’âge de bronze.
Comme dit précédemment, les équipes suédoises de Kristiansen et danoise de Willerslev travaillèrent de façon rapprochées. Les deux équipes ont récemment montré que les grands changements démographiques au cours de la première partie de l’âge du bronze se sont produits à la suite de migrations massives, et à grande échelle, du peuple Yamnaya des steppes pontiques-caspiennes vers l’Europe du Nord néolithique[11]. Ils combinent des résultats de la génétique, des isotopes du strontium sur la mobilité, l’alimentation et des modifications linguistique, pour démontrer comment le processus d’intégration s’est déroulé après les migrations/invasions des Yamnaya de la steppe. Ils font valoir que les migrants de Yamnaya étaient principalement des hommes qui épousaient des femmes issues de sociétés agricoles néolithiques voisines[12]. Ces sociétés néolithiques de l’âge de pierre étaient basées sur de grandes communautés agricoles, avec la propriété partagée collective des animaux et des terres ; ils avaient aussi des rituels d’enterrement collectifs souvent dans de grandes chambres en pierre, appelées mégalithes[13], très différents des traditions des envahisseurs.

Preuves d’une migration à grande échelle.
Eske  Willerslev a réalisé des analyses d’ADN avec  Morten  Allentoft et Martin  Sikora. Willerslev : « Dans notre étude sur l’âge du bronze, publiée en 2015, nous avons été étonnés de voir à quel point la modification génétique était forte et rapide du néolithique à la culture de la Céramique Cordée. Il y a eu une forte réduction de l’ADN néolithique dans l’Europe tempérée, et une augmentation spectaculaire de la nouvelle, composante génomique Yamnaya qui n’était que marginalement présente en Europe avant 3000 AEC. De plus, la brutalité apparente avec laquelle ce changement s’est produit indique qu’il s’agissait d’une migration à grande échelle, plutôt qu’un lent afflux périodique de personnes[14] ».

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Différences.
Le peuple Yamnaya est originaire des steppes de la mer Caspienne où ils vivaient comme bergers en utilisant des chariots comme logement. Leur économie était basée sur la viande, les produits laitiers et le poisson. Ils étaient grands et plutôt en bonne santé avec peu de caries sur les dents. Aucune agriculture n’est documentée. Les Tumuli ont été alignés en groupes formant des lignes dans le paysage pour marquer les routes saisonnières et après leur mort, les personnes malades ont été inhumées dans des tombes individuelles sous de petites barrow[15]  familiales.  Leurs rituels funéraires incarnaient ainsi une nouvelle perception de l’individu et des petits groupes familiaux monogames engendrèrent un nouveau type de société.

Peste venue de l’Est ?
Vers 3000 AEC., le continent a connu un déclin dans les sociétés agraires de l’âge de pierre. Ce déclin est probablement le résultat d’une forme précoce de peste généralisée en provenance de Sibérie jusqu’à la Baltique[16]. Kristiansen déclare : « Peut-être que les peuples Yamnaya ont apporté la peste en Europe et ont causé un effondrement massif de la population[17]. »

Brûler les forêts.
Ce sont les gens de L’âge du bronze, de la culture des Céramiques Cordées (et non les néolithiques) qui ont brûlé les forêts sur une grande échelle, créant ainsi un espace ouvert pour les pâturages de leurs troupeaux. Une ouverture plus graduelle du paysage se trouve également dans d’autres régions[18].

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Sceptres à tête de cheval et haches de l’Europe centre-est. Droite : Double tombe kurgane d’un homme et d’une femme, probablement un sâti (la femme était brulée avec son mari décédé). Gimbutas, the Civilization of the Goddess, 363. Renfrew showed a diagram of Marija Gimbutas with Corded Ware pottery and battle sceptres/axes.

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Haches et lances dans les « barrow ».
La civilisation de la Céramique Cordée de l’âge de bronze a choisi des armes de guerre comme symboles et ont créé de nouveaux types de poterie et des rituels d’enterrement dans les barrow sur de vastes distances qui avaient de grandes ressemblances avec les rituels funéraires des Yamnaya connus de la steppe[19]. Ils ont érigé des dizaines de milliers de tumuli à une seule tombe dans le nord de l’Europe, alignés à travers le paysage, de la même manière que dans leur steppe d’origine. Les haches de guerre, celles à tête de cheval et des sceptres, ont été massivement trouvés dans les tombes kurganes.

Un régime alimentaire différent.
Les cultures Yamnaya  (de  la vague  3) de la  steppe  pontique  et  caspienne représentaient une économie   pastorale, une migration saisonnière des personnes et des  animaux  entre les pâturages d’été   et  d’hiver,   jalonné par des barrow[20].  Les troupeaux se composaient de bétail, de moutons et de chevaux, et les gens se déplaçaient avec leurs chariots. L’économie était basée sur la viande et les produits laitiers ainsi que le poisson. Les graines des plantes sauvages ont été employées dans la soupe avec la viande[21]. Aucune agriculture n’est identifiable. C’était une alimentation saine et l’espérance de vie était assez élevée.

Femmes d’origine non locale.
Dans un cimetière de la culture des Céramiques Cordées, en Allemagne, nous avons trouvé des traces de massacres de famille dans quatre sépultures multiples contenant des suites monoparentales de père, de mère et d’enfants. Les mères étaient probablement originaires des montagnes Harz, 50-60 km au nord[22], donc exogames. Kristiansen dit : « nous observons que les mâles de la culture des Céramiques Cordées pratiquaient l’exogamie, peut-être le mariage par enlèvement, ce qui fournit une explication possible pour le meurtre[23] ».  Dans un travail récent sur l’alimentation et la mobilité parmi les cimetières des peuples de la culture des Céramiques Cordée dans le sud de l’Allemagne, il a été possible de démontrer que l’exogamie était, en effet, une pratique courante parmi les groupes[24]. La plupart des femmes adultes âgées de 28 à 42 ans étaient d’une origine géographique différente et avait eu un régime alimentaire différent pendant l’enfance, un régime plus semblable aux régimes néolithiques fait majoritairement de protéines végétales[25].

Enterrements des mâles.
Les données archéologiques dans le Jutland montrent que dans les sépultures de la culture des Céramiques Cordées se trouvent 90 % d’hommes[26].  Kristiansen : « Des sources historiques de l’Inde à la Baltique et à l’Irlande confirment cette domination masculine[27] ». Il parle des : « preuves archéologiques existantes d’une domination masculine à 90 % dans la première phase de la culture de la Céramique Cordée. Les types d’objets et les tombes personnelles dans le Jutland, au Danemark, et ailleurs peuvent maintenant s’expliquer par la vieille tradition indo-européenne des bandes de jeunes guerriers célibataires  et  sans terre qui  n’ont  pas à attendre d’héritage »[28].

Bandes saisonnières de jeunes guerriers.
Kristiansen et nombre de ses collègues plaident pour une domination des hommes au cours de la première phase après la migration ; cela correspond à l’ancienne mythologie indo-européenne  des époques ultérieures  (relation père-fils ou  relation frère-frère;   mythe du « héros »,  enlever  et  violer les femmes)[29]. Les sources parlent de différentes bandes de guerriers pionnières dans les migrations en tant que force dynamique.   Ces bandes étaient principalement composées des fils les plus jeunes, car l’héritage était réservé au fils aîné[30].  Ces groupes étaient composés de garçons âgés de 12/13 ans à 18/19 ans[31].    On leur donnait souvent les   noms de « jeunesse noire » ou de chiens et de loups dans le cadre de leurs rituels d’initiation.[32] Ces civilisations Yamnaya ont promus de jeunes mâles mobiles et belliqueux, d’un comportement prédateur[33].  Ils   étaient organisés en bandes guerrières pour s’installer   sur de nouveaux territoires et prendre (voler) les femmes des cultures agricoles[34].

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La première phase sans poterie
Les colonies de Yamnaya étaient dominées par des hommes migrants de première génération.  Dans les premières sépultures masculines ont été trouvés des haches de guerre, mais il n’y avait pas encore de poterie. La céramique cordée est apparue plus tard en Europe du Nord et avant que les femmes mariées, amenées par les guerriers à cette tribu, n’apportent leurs compétences en céramique[35]. Ces femmes ont commencé à produire de nouvelles poteries et ont introduit d’autres innovations[36].  La poterie de la céramique cordée de l’âge du bronze est apparue.

Des langues différentes.
Les Yamnaya    ont introduit les langues   indo-européennes dans l’Europe de l’âge du bronze, mais en tant qu’éleveurs ils   n’avait pas de mots pour les cultures ou la culture, contrairement aux agriculteurs néolithiques[37].  Ils ont développé et adopté des    mots    liés à l’agriculture de la culture néolithiques indigènes.

Un nouveau dialecte proto-germanique en a émergé. Guus Kroonen, éminent linguiste, a pu démontrer que ces nouveaux mots pour les cultures ou la culture n’appartenaient pas aux langues indo-européennes à l’origine. Il a donc été possible de conclure que le peuple néolithique ne parlait pas une langue indo-européenne, comme le faisait les envahisseurs Yamnaya. Ainsi, le processus d’adjonction génétique et culturelle s’est accompagné d’un processus d’adjonction linguistique, créant les bases des langues germaniques ultérieures, appelées Proto-germaniques[38].

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D’autres différences.
Cette recherche récente ne décrit pas en détail toutes les différences car il y en a beaucoup entre les cultures égalitaires néolithiques, pacifiques et matriarcales et les cultures guerrières et patriarcales de l’âge du bronze : « Prenez par exemple les différences entre les grandes maisons claniques d’une famille élargie et les petites maisons rectangulaires d’une famille nucléaire ; parfois cette petite maison est construite sur une haute colline pour des raisons défensives. »

Il y a une énorme différence entre la poterie colorée d’un niveau technique élevé de la culture néolithique de la vieille Europe et la poterie grise, simple, de la céramique cordée de l’âge du bronze. Les cartes montrent la dispersion de ce type de poterie simple sur de grandes zones en Europe et au Moyen-Orient. Le contenu des tombes diffère aussi. Des figurines féminines se trouvent dans les tombes du clan néolithique, des haches de combat et d’autres armes et chevaux se trouvent dans les kurgans ou les barrow.  La diffusion de ces haches de combat à têtes de cheval est cartographiée en Europe, au Moyen-Orient et en Asie. La propagation des kurgans sur de vastes zones est également cartographiée en Europe et au Moyen-Orient.

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La conclusion de Kristiansen.
Kristiansen termine son article par cette conclusion remarquable : « Cette nouvelle interprétation historique  repose  sur   de solides preuves   et  représente un retour au passé  plus  dramatique  que  le modèle dominant  de transmissions technologiques ». Ainsi, il soutient les première et deuxième phase de la théorie de Marija    Gimbutas, sans toutefois mentionner    son    nom.

Dans la première phase, nous assistons à l’invasion et à la confrontation de migrants venus des steppes. Dans la deuxième phase, à l’assimilation et l’intégration   par ces    envahisseurs. Le célèbre archéologue britannique, Lord Colin Renfrew, a donné le 8 novembre 2017 une conférence à la mémoire de Marija Gimbutas à l’Institut oriental de Chicago. Sa conférence s’intitulait « Marija Rediviva DNA and Indo-European Origins »[39].

3 Colin Refew réhabiliyé la théorie Kurgan de Marija

 avec le professeur

Le grand homme de l’archéologie britannique, Lord Colin Renfrew donna une lecture à la mémoire de Marija Gimbutas à l’Institut Oriental de Chicago[40]. Cette lecture était intitulée « La redéfinition de l’ADN et l’origine des Indo-européens ». La conférence a évoqué le matriarcat et les cercles de la déesse. Voici le résumé de cette conférence[41].

les livres

Un bon ami.
Renfrew commence sa conférence en racontant à son auditoire son amitié avec « Marija » – qu’il appelle sa Marija.  Il a séjourné avec elle dans sa maison près de Malibu, en Californie, a travaillé avec elle sur des sites archéologiques et admiré son énergie, son érudition et ses centres d’intérêt. Il affirme qu’elle a été la première à montrer de l’intérêt   pour les figurines féminines, affirmant que les   femmes ont joué un rôle de premier plan dans les sociétés égalitaires (matristique et non matriarcaux NDT). Les gens dans la vieille Europe ont vécu dans une société équilibrée entre femmes et hommes où personne n’était dominant.   Marija, à sa grande surprise, est devenue l’une des pionnières du mouvement féministe de la seconde vague en Californie.

Renfrew sur la théorie Kurgan de Marija.
La thèse de Marija : Cette vieille société néolithique européenne a disparu suite à l’invasion belliqueuse du peuple Kurgan d’origine indo-européenne, qui construisit des monticules funéraires ou Kurgans et qui a instauré la domination masculine et la guerre. À ce stade, les idées de Renfrew et Gimbutas (années 60 et 70 du 20e siècle) divergent. Renfrew a adhéré aux hypothèses selon lesquelles les premiers agriculteurs étaient d’origine indo-européenne et provenaient d’Anatolie. Il a fini par admettre qu’il    avait tort. Les premiers agriculteurs sont venus d’Anatolie et sont entrés à Chypre vers 9000 AEC, et sur le continent de la vieille Europe vers 7500 AEC ; ils n’étaient certainement pas d’origine indo-européenne.

Renfrew a été tout à fait honnête en admettant qu’il y a deux ou trois ans, il aurait   donné un discours commémoratif différent, parce qu’à cette époque la dernière recherche ADN sur les corps anciens n’était  pas  encore disponible . En 2017, il admet que   les résultats récents d’ADN soutiennent   de nombreux éléments de l’hypothèse Kurgan de Marija. Même si les questions n’ont pas encore toutes les réponses, à  sa  grande  surprise,  Marija se retrouve à la fin de  sa conférence comme « le  précurseur triomphant  de  travaux actuels ».

Archéologie processuelle.
Renfrew était un adepte de la Nouvelle Archéologie ou de l’Archéologie processuelle.   Ce courant, en archéologie, indiquait que les « migrations » avaient été exagérées., qu’il s’agissait d’un lent processus de changement ; que ce changement n’avait pas été causé par des « migrations » et certainement  pas par des « invasions »   soudaines. Mais en novembre 2017, Renfrew proclame : « Les résultats de l’ADN, de la génétique moléculaire et de l’archéogénétique, prouvent qu’il y a eu un processus de migration ».  « Elle (Marija) avait raison ».

Une vieille théorie.
Gimbutas a déclaré : « Les Indo-Européens venaient des   steppes pontiques, au nord de la mer Noire. » Elle n’a pas été la première à développer une thèse sur ce sujet. Le premier à le faire fut Otto Schreder en 1890, suivi par l’Australien scientifique V. Gordon Childe, The Aryans, 1923. Après la Seconde Guerre mondiale Marija ravive cette vieille théorie dépassée après le racisme national-socialiste sur les aryens indo-européens. En 1963, 1968 et 1970 elle écrit au sujet de sa théorie des Kurgan : « Les envahisseurs de la steppe apportaient de nouvelles coutumes funéraires, les haches de guerre en fer et le peu attrayant style des céramiques cordées.   Elle a réalisé des diagrammes de la dispersion de ces haches et des poteries kurganes. Lors de sa conférence Renfrew avoue : « J’étais    sceptique sur les migrations et je suis encore surpris qu’elle avait raison ».

Recherche ADN.
Renfrew a mentionné les travaux antérieurs sur l’ADN d’Albert Ammerman et Luigi Luca Cavalli Sforza. Ensuite il a continué à donner un aperçu de la plus récente recherche sur l’ADN,    les  preuves  archéologiques  et  linguistiques antérieures  d’une migration/invasion  des  steppes pontiques   du nord  de la  mer Noire.

Il a mentionné le laboratoire de David Reich à Harvard. Trois études importantes sur l’ADN mitochondrial  antique sont venues de  ce  centre :

L’étude de Wolfgang Haak et autres, « Massive Migration from the steppe was a source of Indo-European Languages in Europe », Nature 522, 2015, p. 207-211.

Il a mentionné celle de I. Lazardis et autres, « Genetic origins of the Minoans and Mycenaeans », Nature 548, aout 2017.

Le troisième article qu’il mentionna fut de I. Olalde et autres, « The Beaker phenomenon and the genomic transformation of North-Western Europe ».

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Preuves en couleur.
Renfrew déclare : « Il ne fait aucun doute que la théorie de l’invasion-migration Kurgan ait été massivement soutenue par le travail de Haak . La langue proto-indo-européenne    a atteint l’Europe   via la culture Yamnaya.  Ainsi, le travail de Haak soutient l’hypothèse Yamnaya – et Kurgan    de Marija  Gimbutas ».  Renfrew a montré des graphiques de   l’œuvre de W. Haak (voir les diagrammes). Le bleu a montré l’ADN des chasseurs-cueilleurs, l’orange celle des premiers agriculteurs européens néolithiques[42]. Le vert qui est venu beaucoup plus tard   a montré l’ADN des Yamnaya venus de la steppe. Renfrew a terminé en disant : « Je vous laisse un peu confus, parce que l’ADN ancien (sur de nombreuses questions, en particulier celle de l’Anatolie et celle de  Beaker)   n’est  pas  très  clair. Cela sera encore discuté pendant des décennies. Mais l’hypothèse Kurgan de Marija est magnifiquement justifiée par des recherches récentes sur l’ADN.

  4 David Anthony : « Marija  Gimbutas  avait   raison »

Le 7 novembre 2018, David W. Anthony, professeur d’anthropologie au Hartwick  College  (NY) et  auteur du livre The Horse, the Wheel and  Language a rendu visite à l’Université de Leiden. Au Musée national des antiquités néerlandais, il a présenté ses dernières recherches sur les origines des langues indo-européennes dans une conférence intitulée Origines indo-européennes    à travers la  linguistique et les  anciennes  perspectives de l’ADN[43]. Il a déclaré à son auditoire avec emphase : «Marija  Gimbutas avait raison ! »

  5 Remarque finale

Nous pouvons seulement conclure : les théories et les idées sur la théorie Kungan de Marija Gimbutas sont vrais. Son travail au sujet des invasions Kurgan est réhabilité. Hourra, hourra, hourra !!!

 

 

[1] Voir aussi C.C. Lamberg-Karlovsky, ‘Achaeology and Language: The Indo-Iranians’, Current Anthropology vol 13 (February 2002) 63-88.

[2] Haarmann, Das Rätsel der Donauzivilisation, 231; Anthony, The Horse, Wheel and Language, 307; Mallory, In search of the Indo-Europeans, 92, 184, 250. 11

[3] Barry Cunliffe, Europe between the Oceans, 42 with map

[4] Brentjes, Die Ahnen Dschingis-Chans, 73; Haarmann, Die Indoeuropäer, 20, 26-26.

[5] Barry Cunliffe, By Steppe, Desert and Ocean. The Birth of Eurasia, , Oxford University Press, Oxford, 2015, 83-84 reste mitigé sur les invasions des steppes nomades : La cause de la crise dans le bas Danube fut violemment débattue. Le climat froid a pu encourager certains bergers à se déplacer vers les pâtures plus chaudes de la région du delta du Danube. L’évidence de cette idée est comparativement moins significative, mais les établissements locaux semblent avoir été abandonnés et de nombreuses tombes kurganes de la steppe y sont trouvées, certaines d’entre-elles contenant des têtes de masses en pierre en forme de tête de cheval ; brulées avec les morts. Ces nouveaux éléments ont suggéré l’incursion d’un groupe de bergers de la culture dite de Suvorovo, venant de la vallée Dnieper, aux environs de 4200 AEC. D’autres archéologues argumentent que la population locale a assimilé des éléments de la culture de la steppe, aussi il est simple de voir le phénomène Suvorovo comme une incursion limitée des communautés de la steppe migrant à travers l’Europe.

 

[6] Christoph Baumer, The History of Central Asia. The Age of the Steppe Warriors, I.B Tauris, London, New York, 2012, est un des défenseurs de la théorie de l’assimilation, mentionnée par Barry Cunliffe, 56, 78 en référence à Krystof Ciuk ed, Mysteries of ancient Ukraine, Toronto, 2008. Bauer, 78 : ce sont les cultures agraires émergeantes ou Cucuteni-Tripolye, qui se rependirent durant le meilleur climat autour de la rivière Dnieper, à l’est près de la cité moderne de Kiev. Alors que les agriculteurs autonomes pratiquaient l’agriculture sur brûlis et que le sol s’épuisait rapidement, ils furent forcés périodiquement de se déplacer pour trouver des terres vierges, ainsi les cultures s’éloignèrent de plus en plus de Dnieper. Autour de 3300 AEC, Tripolye a été secouée par une grave crise, principalement auto-infligée. La douceur du climat qui a commencé autour de 3500 AEC a entravé l’agriculture, mais l’approche sur brûlis et la déforestation massive à des fins de construction et de chauffage ont réduit la partie boisée de la région. De cette façon, les agriculteurs de Tripolye ont détruit leur propre barrière naturelle contre les nomades des steppes progressant lentement dans le nord-est qui, au début, ne pouvaient pas traverser ce mur de forêt avec leurs troupeaux. Les éleveurs de l’ouest de l’Asie centrale, qui cherchaient à échapper au climat frais en migrant vers le sud, ont commencé à s’infiltrer dans le domaine culturel du Tripolye. Étonnamment, la culture de Tripolye ne s’est pas effondrée à la suite de cette migration, mais a plutôt connu un renouveau.Les agriculteurs ont adopté les technologies des éleveurs en progression et utilisé leurs terres… Il semble que l’expansion du mode de vie des nomades des steppes à l’ouest ne soit pas tant le résultat d’attaques militaires que l’adoption de technologies d’élevage adaptées aux changements climatiques et conditions écologiques.  Bauer, 79 note 78 : « Les hypothèses de Marija Gimbutas dans les années 70, d’une brutale destruction d’une organisation culturelle agricole, pacifique, égalitaire et matrilinéaire de la Vieille Europe par des cavaliers indo-européens patriarcaux et militaires venus de l’est, a été peu ou prou abandonnée. Il n’y a pas d’évidence que la culture des agriculteurs du Chalcolithic fut matriarcale et égalitaire, pas plus que les gens de la steppe furent des cavaliers armés aussi loin que le troisième ou quatrième millénaire AEC. Cependant, il est vrai que les bergers semi nomades possédaient une élite guerrière et érigeaient des kurgans ». Les recherches des docteurs Anthony et Telegin semblent contredire ce que nous appelons « la reconstruction » de Bauer (page 56 notes 31, 32).

[7] Marija Gimbutas, Civilization of the Goddess, 392-393; La traduction allemande pour ‘Corded Ware Culture’ est ‘Touwbekercultuur’.

[8] Kristian Kristiansen, Morten E. Allentoft, Karin M. Frei, Rune Iversen, Niels N.

Johannsen, Guus Kroonen, Łukasz Pospieszny, T. Douglas Price, Simon Rasmussen, Karl-Goran

Sjogren, Martin Sikora & Eske Willerslev, ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and

language among the Corded Ware Culture in Europe’, Antiquity, Bd. 91, nr. 356 (2017), 334-347. 12

[9] See Kristiansen’s lecture of 4 April 2017 at the site of the Centre for GeoGenetics, university of Copenhagen: http://geogenetics.ku.dk/latest-news/alle_nyheder/2017/steppe-migrant-thugs-pacified-by-stone-age-farming-women/; in 2017 this full lecture was online.

[10] See the same lecture in the RMO in Leiden, the Netherlands – the sixth ‘Louwe Kooimanslecture’ – given by Prof. K. Kristiansen on 11 May 2017 , 1-4; in 2017 an extended summary of this lecture was online.

[11] M. E. Allentoft e.a., ‘Population genomics of Bronze Age Eurasia’, Nature 522 (2015), 167-72; W. Haak e.a., ‘Massive migration from the steppe was a source of for Indo-European languages in Europe’, Nature 522 (2015) 207-11 https://doi.org/10.1038/nature14317; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 335.

[12] Gimbutas writes: Jamnaya. In modern Russian this name is written as Jamnaja and in Ukraine-language as Jamna.

[13] C. R. Meier, R. Ganslmeier, V. Dreseley and K. W. Alt, New approaches to the reconstruction of kinship and social structure based on bioarchaeological analysis of Neolithic multiple and collective graves’, J. Kolár, F. Trampota eds., Theoretical and methodological considerations in Central European Neolithic Archaeology, British Archaeological Reports international series 2325, Oxford, 2012, 11-23; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 338, 343.

[14] 15 See lecture ‘Steppe migrant thugs pacified by Stone Age farming women’ of 4 April 2017 at the site of the Centre for Geogenetics, Copenhagen; See summary of the lecture of prof. K. Kristiansen ‘Steppe migrant thugs pacified by Stone Age farming women’ on 11 May 2017 in Leiden, 3.

 

[15] Littéralement « brouette ».

[16] S. Rasmussen e.a., ‘Early divergent strains of Yersinia pestis in Eurasia 5000 years ago’, Cell 63 (2015), 571-82, https://doi.org/10.106/j.cell.2015.10.009; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 335.

[17] Summary of the lecture of prof. K. Kristiansen on 11 May 2017 in Leiden, 2.

[18] S. T. Andersen, ‘History of vegetation and agriculture at Hassing Huse Mose, Thy, northwest Denmark, since the Ice Age, ‘Journal of Danish Archaeology 11 (1993) 57-79; K Kristiansen, ‘Eurasian transformations: mobility, ecological change and the transmission of social institutions in the third millennium and early second millennium BCE’, The world system and the Earth system: global socioenvironmental change and sustainability since the Neolithic, Walnut Creek (CA), 2007, 149-162; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 336 with ref. to T.C. Doppler, 2015.

[19] 19 E. Hübner, Jungneolithische Gräber auf der Jüttischen Halbinsel. Typologische und chronologische Studien zur Einzelgrabkultur, Nordiske Fortidsminder, Serie B 24, Kopenhagen, 2005; Q. Bourgeois, Monuments on the horizon: the formation of the barrow landscape throughout the 3rd and the 2nd millennium BC, Leiden, 2013; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 336. 13

[20] Natalia Shishlina, Reconstruction of the Bronze Age of the Caspian steppes: life styles and lifeways of pastoral momads, British Archaeological Reports international series 1876, Oxford, 2008; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 337.

[21] R. J. Schulting, M. P. Richards, ‘Stable isotope analysis of Neolithic to Late Bronze Age populations in the Samara Valley’, D. W. Anthony e.a. eds., A Bronze Age landscape in the Russian steppes. The Samara Valley Project, Los Angeles, 2016, 127-49; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 337.

[22] Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 338.

[23] Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 338.

[24] K.-G Sjogren, T. D. Price, K. Kristiansen, Diet and Mobility in the Corded Ware of Central Europe, PLoS ONE 11 (2016): e0155083 https://doi:10.1371/journal.pone.0155083; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 338-339.

[25] I. N. Lazardis e.a., ‘Ancient human genomes suggest three ancestral populations for present-day Europeans’, Nature 513 (2014), 409-13; Kristian Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 338.

[26] Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 339 with ref. to Hübner, 2005, p. 632-33, fig. 454.

[27] Hedwig Falk, Bruderschaft und Würfelspiel. Untersuchungen zur Entwicklungsgeschichte des vedischen Opfers, Hedwig Falk hrg, Freiburg, 1986.

[28] Summary of the lecture of prof. K. Kristiansen on 11 May 2017 in Leiden, 2; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 339 with ref. to A. Petrosyan, 2011, 345, see note 29.

[29] LOMA 134 ; Van Venus tot Madonna, 264, 315-316 see for sev. ex. index ‘held’; David Anthony, The Horse, the Wheel and Language, 134 gives the Ind-European myth of the twin brothers Manu and Yemo: their cattle was stolen by a big serpent (female symbol). Anthony, 135: ‘The myth reflects the worldview of a male-centered, cattle-raising people’.

[30] A. Petrosyan, ‘Armenian traditional Black Youths: the earliest sources’, Journal of Indo-European Studies 39 (2011), 342-53; B. Sergent, ‘Les Troupes de jeunes homes et l’expansion indo-europienne’, Dialogues d’histoire ancienne 29 (2003), 9-27; A. Pike-Tay, D. W. Anthony, ‘Dog days of winter: seasonal activities in a Srubnaya landscape’, D. W. Anthony e.a. eds., A Bronze Age landscape in the Russian steppes. The Samara Valley Project, Los Angeles, 2016, 373-85; D. R. Bown, D. W. Anthony, Midwinter dog sacrifices and warrior initiations in the Russian steppes at Krasnosamarskoe, in press; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 339. 14.

[31] Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 339.

[32] Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 339.

[33] Heide Göttner-Abendroth, ‘Notes on the Rise and Expansion of Patriarchy’, Societies of Peace, Matriarchies past, present and future, Toronto, 2009, 424-433.

[34] See J. P. Mallory, In Search of the Indo-Europeans. Language, Archaeology and Myth, London, 1989 about war bands or ‘Männerbunde’: 110-11; wolf: 108, 110, 116, 157; see for recent research K. Kershaw, The one-eyed god: Odin and the (Indo-)Germanic Männerbund, Journal of the Indo-European Studies monograph 36, Washington D.C., Institute for the Study of Man, 2000; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 339. See note 29 for further literature, specially David Anthony.

[35] Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 340 with ref. to Furholt, 2014, 6, fig. 3.

[36] Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 340 with ref. to Ivanova, 2013 and Frinculeasa et al., 2015.

[37] Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 340 with ref. to Klassen, 2005.

[38] G. Kroonen and R. Iversen, ‘Talking Neolithic: linguistic and archaeological perspectives on how Indo-European was implemented in southern Scandinavia’, American Journal of Archaeology, in press; Summary of the lecture of prof. K. Kristiansen on 11 May 2017 in Leiden, 3; Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 340,341, 342.

[39] Kristiansen e.a., ‘Re-theorising mobility and the formation of culture and language among the Corded Ware Culture in Europe’, 343.

[40] Colin Renfrew gave on 8 November 2017 a Marija Gimbutas memorial lecture ‘Marija Rediviva DNA and Indo-European Origins’ at the Oriental Institute in Chicago; see for Renfrews very positive view on the Kurgan-theory of Marija Gimbutas : https://www.google.com/search?q=Marija+Rediviva+DNA+and+Indo-European+Origins%E2%80%99&ie=utf-8&oe=utf-8&client=firefox-b.

[41] See: https://youtu.be/pmv3J55bdZc. The lecture provoked many reactions, see for example Carol Christ who wrote in December 2017 a blog called: ‘Marija Gimbutas Triumphant’.

[42] Ces résultats furent trouvés par les chercheurs Suédois et Danois en 2012 sur des études génétiques des premiers fermiers autour de 3000 AEC dans la région qui va de la Méditerranée au Nord de l’Europe ; see Pontus Skoglund, Helena Malmstrom, Maanasa Raghavan, Jan Stora, Per Hall, Eske Willerslev, M. Thomas P. Gilbert, Anders Gotherstrom, Mattias Jakobsson, ‘Origins and Genetic Legacy of Neolithic Farmers and Hunter-Gatherers in Europe’, Science, 27.4.2012: vol. 336, issue 6080, p. 466-469 (DOI: 10.1126/science.1216304). Abstract:  La manière de vivre des fermiers originaires de l’est il y a 11000, 15000 ans ont envahi toute l’Europe quelques 5000 ans après.  Quoiqu’il en soit l’impact de la révolution agricole sur la démographie et les variations génomiques restent inconnues. Nous avons obtenu 249 millions de paires d’ADN génétique datant d’environ 5000 ans sur trois chasseurs cueilleurs et un fermier, excavés en Scandinavie et la génétique du fermier est sensiblement similaire aux européens du sud, contrastant avec celle des chasseurs cueilleurs dont la signature génétique est plus proche de celle des européens du nord.

Nos résultats suggèrent que les migrations du sud de l’Europe catalysèrent la propagation de l’agriculture ce mélange à la suite de cette expansion a finalement façonné le paysage génomique de l’Europe moderne.

See also in German: ‘Erste Bauern Nordeuropas stammten aus dem Mittelmeerraum. Steinzeitliche Jager und erste Landwirte waren genetisch sehr verschieden’ (in English: ‘First Farmers of Northern Europe came from the Mediterranean, Old Stone Age Hunters first farmers were genetically very different’), http://www.scinexx.de/wissen-aktuell-14699-2012-04-27.html.

[43] See for recent review of Anthony’s work: https://indo-european.eu/2017/12/the-new-indo-european-corded-ware-theory-of-david-anthony/ Published by Carlos Quiles 17.12.2017

 

 

Dionysos

téléchargement (3)Approcher Dionysos n’est pas une mince affaire, nous pouvons y laisser la raison, devenir « fou ». Mais sans lui nous ne connaîtrons pas les mystères, les transes libératrices, les ivresses fécondes et les chemins de la création.

Peu de dieu ont autant fait parler d’eux, tant il est représentant d’un domaine qui fascine et hypnotise, écho de nos plus profondes aspirations et confrontation avec l’Ombre. Dionysos nous attire car son mystère touche aux couches les plus archaïques de notre aspiration à passer les portes de la perception. Il nous effraie aussi par les excès et les dérives qui nous menacent lorsque nous basculons dans nos propres folies mortifères.

La lecture d’un mythe dans son contexte est toujours une grande révélation sur le sens qu’il porte, celui de Dionysos ne fait pas exception. A travers son histoire, ses cheminements et ses actes nous pouvons suivre le message induit pour la psyché qu’il sous-tend, comprendre et intégrer le sens qu’il nous propose de ses fonctions, de ses réalités et de ses fantasmes. Nous pourrons aisément saisir l’essence même, la quintessence, de ce qui se cache sous l’extase, l’ivresse et la folie dont il est le porteur et le gardien.

Le gardien

Le culte de Dionysos dont les traces nous sont parvenues se situe à la jonction des cultures. Les anciens mythes, les anciennes croyances, ne peuvent pas avoir totalement disparues, comme les archétypes ne peuvent mourir et ne s’accommodent que peu à peu au temps qui les incarnent. Or lorsque se trouvent encore les traces vivantes des anciens dieux, que les nouveaux sont tout juste montés sur les marches de l’Olympe, nous trouvons de ces dieux « troubles », qui tentent par tous les moyens de rééquilibrer le monde.Diony statue antique

Nous trouvons de ces figures divines qui mues par leur nature même, essaient sous toutes les formes d’éviter le pire, la bascule dans un extrême et la perversion de la Nature profonde des « choses ». Dionysos est un de ces dieux, un dieu majeur, car il parle des profondeurs psychiques les plus archaïques, les plus fascinantes, les plus « magiques ».

Qu’il fasse partie de ces anciennes croyances refoulées par les nouvelles est attesté dans le fait que dès son enfance, puis tout au long de son parcours, Dionysos est confronté à la non-reconnaissance de sa nature divine. Dans le contexte grec de l’archétype en marche il est clair que la croyance au divin Féminin dans toute sa royauté et en son Fils aimé, avec toutes leurs fonctions, ne sont plus reconnues. C’est ce qui met en souffrance et rend les gens « fous ».

Dionysos est le fils de Zeus et de Sémélé. Zeus, nous le connaissons, est un dieu majeur du monde patriarcal faisant régner sa loi qui, dans la majorité des cas, fait de lui un violeur. Sémélé est d’une toute autre espèce. Si l’origine de son nom semble incertaine, les spécialistes semblent s’accorder sur le fait qu’il est lié à la terre, plus encore, par son origine à la fois indo-européenne et phrygienne il fait part du lien de la Déesse à la nature sacrée de la Terre, de l’Humus. Par conséquent nous pouvons voir Sémélé comme un avatar de l’ancienne Grande Déesse et de son incarnation terrestre. Le détail n’est pas anodin, il fait de Dionysos le fils de la Grande Déesse, toute déchue soit-elle et il saura se souvenir de ça.

Diony coupeComme dans tous les mythes « retournés » par le patriarcat, l’épouse du Dieu Senex[1], réduite au rôle de « femme de », ne peut que s’offusquer des infidélités de son « mari » et se venge : Héra met en place un stratagème pour détruire Sémélé. Elle lui propose de regarder le dieu Zeus en face, pour être sûre qu’il n’est pas un monstre afin qu’elle soit brûlée par le feu du dieu. Cet épisode n’est pas sans rappeler celui dans le mythe d’Éros et de Psyché où les sœurs de Psyché lui conseillent de regarder à quoi ressemble son monstre d’amant. Si Psyché se retrouve déchue, tombée dans les affres tortueuses de l’amour pour Éros, Sémélé meurt brûlée et se retrouve en enfer : voir les réalités mène aux prises de conscience douloureuses et initiatiques.

Ce féminin blessé ne peut porter ses fruits à maturité, il en ressort des calamités et des douleurs, c’est ainsi que naissent les jumeaux d’Arihanrod, la Grande Déesse galloise, violée par la baguette d’un druide, c’est ainsi que vient au monde Narcisse, fruit du viol de Liriope par Zeus, encore une fois.

Ce dieu Senex qui veut tous les pouvoirs, y compris celui d’enfanter, récupère l’enfant et le porte dans sa cuisse, tout comme il se veut père et mère d’Athéna, façonnant des enfants à sa guise, dans le culte du seul père.

Or,  le rôle de Dionysos, la fonction qu’il représente, est de nous rappeler que l’absence de Féminin sacré et de tous les mystères qu’il recèle, mènent à la démence. Cette énergie primitive du Masculin allié au Féminin ne peut être détruite : soit elle est sanctifiée et joue son rôle de reliance avec la magie du Cosmos, nous relie à notre âme, nous laisse éprouver la transe cosmique, soit elle est occultée et se « pervertie », devient dangereuse : elle rend « fou ».

La folie

Dionysos n’est pas le dieu encourageant les excès, la folie meurtrière et la démesure, il est celui qui peut nous en libérer en donnant accès aux portes de la saine folie, de la transe inspiratrice, de l’ivresse sacrée. Tous les personnages qui refusent de le reconnaître deviennent « fous », fous furieux, jusqu’à dépecer leurs propres enfants. C’est la porte ouverte à la cruauté, à l’inhumanité. La fonction archétypale de Dionysos est claire, il nous invite à vivre l’expérience, il nous confronte à cette réalité de l’âme. Coupés de nos élans vitaux, de nos instincts, de notre écoute aux chants de l’âme la plus lointaine, nous perdons la tête. Ce que dit Dionysos c’est que relié au Féminin en soi, au Féminin sacré, nous avons accès aux mystères. Renouant aux sources de l’âme, portant les habits des femmes (tout symboliques qu’ils soient) acceptant cette part de nous-même, sauvage, intuitive, inspiratrice et lui donnant la place de s’exprimer, la place sacrée parmi les dieux de l’Olympe (voir Sémélé), lui offrant notre couronne ( abandonnant le pouvoir de l’égo, de la « loi » patriarcale) comme Dionysos le fait pour Ariane, nous pouvons accéder à ces canaux qui ne sont pas les chemins de l’esprit mais ceux de l’âme (cf James Hillman) : l’émotion, la sensibilité, l’intuition, la tendresse, la créativité, la sensualité (ce que disent les sens) et l’Érotisme (du dieu Éros).  Redonner un sens sacré à ces fonctions nous permet de renouer avec l’âme qui alors soutenue par Dionysos porte une couronne de fleurs, danse et chante, se meut, se courbe et parsème le monde de joie.

.Dionu parlant avec Hermes

Si tel n’est pas le cas, s’ouvrent les portes de la folie démoniaque, orgiaque, destructrice, et Dionysos de nous proposer la tentation, d’y puiser à la source. Qu’allons- nous faire de ce que nous ressentons, sentons, ce à quoi nous vibrons ? Allons-nous le bafouer au risque de tout pervertir ou bien le sanctifier pour en faire une danse  ? A notre choix Il portera la démesure et la folie mortifère ou la transe vivante de la joie de vivre.

Dionysos le dieu taureau, le dieu du Féminin

Il ne fait, pour moi, aucun doute que Dionysos est un dieu héritier des dieux archaïques. De par ses cornes de taureaux, ou d’agneau, il est relié aux iconographies classiques des dieux « jardiniers[2] », Taureaux, Béliers. Mais sa nature même, fils et époux, qui guide le Féminin vers sa propre réalisation, monté au ciel (Il ramène sa mère auprès des dieux de l’Olympe et honore Ariane de sa couronne, voir plus bas) en confirme l’hypothèse.

Il est dans de nombreux mythes question du chemin initiatique des hommes, qui demande d’aller de la Mère à l’Épouse, de la Mère à la Femme, de sortir des jupons de « Maman » pour caresser les jupes de L’Alter Ego. De nombreux dieux font ce parcours initiatique, avec plus ou moins de réussite. Éros y arrive après avoir pleuré dans les chambres maternelles en retournant auprès de Psyché, lui redonnant vie. Lleu quant à lui ne réussit pas le test quand moribond dans l’arbre, dépecé et dévoré par la truie il tombe dans le « giron » d’un druide et non dans les bras, le cœur, de Blodeuwedd. Christ n’y parvient pas plus, disant à Marie Madeleine « ne me touche pas » et passant des bras de Sa Mère éplorée au service de Son Père.

cratère psykter Diony et le thiaseDionysos est différent, car non seulement il est le fils direct de la Grande Déesse, mais dans la version orphique du mythe les Titans coupent Dionysos en morceaux et le font cuire dans une marmite, ce qui a tout de l’initiation primitive : cuire dans un chaudron. Il est initié d’emblée. De ce démembrement c’est son cœur qui sera ramassé pour être donné à Zeus. Il est question de cœur, d’âme. Il grandit dans une grotte, une île où il s’imprègne et développe sa Nature « sauvage » de même nature que la Grande Déesse, grande pourvoyeuse de fruits de fleurs, d’animaux.

C’est dans le domaine de Cybèle, manifestation de la Grande Déesse, qu’il est initié aux cycles de la résurrection après la mort, de la gestation interrompue et de la reprise, souterraine et céleste à la fois. C’est ici qu’il est initié aux mystères de la transe et de l’ivresse, ivresse de l’âme et de la chair, physique et métaphysique. En quelque sorte il est initié aux mystères du Féminin par le Féminin lui-même, il se relie avec son âme, il est à la rencontre de son Anima.  Lorsque la femme déploie son Anima, son féminin (le double voir P. Solié M. Cazenave), c’est qu’un Animus dionysiaque le lui a révélé, percé, mis au jour. Lorsque l’homme est en prise avec Anima, il fait face à tout ce qui est féminin en lui, il en approche alors les mystères. Il pourra, de cette manière, passer de la mère à l’épouse, de la maman à La femme, et laisser vibrer en lui les cordes sensibles, atteindre la plénitude de son être, la magie de la Vie.

De la mère à l’épouse

dionysos et séméléA aucun moment Dionysos ne blesse le féminin, le viole, l’enferme dans une tour, lui bloque une porte, l’enferme dans le silence, nous sommes loin des héros guerriers de la mythologie grecque. Mieux, sa mère reléguée aux Enfers, il descend la chercher en plongeant dans un lac, le lac Lerne, en quelque sorte en plongeant dans les strates humides de l’inconscient. Il est attesté que ce plongeon est associé à de nombreux rites initiatiques en Grèce ancienne, liés au passage de l’adolescence à l’âge adulte et nous ne pouvons que constater que sur le plan symbolique, il s’agit d’approcher la mère morte (celle tuée par l’idée patriarcale), et de la « monter au ciel », parmi les dieux, où elle devient immortelle sous le nom de Thyomé. Dans le contexte du mythe Dionysos redonne à la Grande Déesse sa place légitime, de Déesse primordiale, de Féminin Sacré.

Mais Dionysos ne s’arrête pas là, il va chercher l’Épouse. Non pas l’épouse telle qu’elle est conçue dans le monde patriarcal, celle de la raison, il va chercher l’Épouse du cœur. Il va chercher celle qui est blessée, trahie, abandonnée par ce monde patriarcal, Ariane, sur l’île de Naxos. En cadeau d’épousailles, en hommage, Dionysos jette sa couronne dans le ciel (Couronne Boréale) geste qui divinise Ariane. Ce détail est explicite du Roi, du Dieu, du Masculin qui relie sur un plan symbolique et sacré sa couronne, sa royauté, au Féminin aimé. Nous sommes en présence d’un vieux schéma mythique du monde, comme Enki et Ninhursag de Sumer, jusqu’au Roi Celte qui ne peut régner sans la royauté première de la Déesse.

Diony et ariane Albacini

Dionysos se révèle le Grand Dieu qui tend à réparer le Féminin, à le réhabiliter en la femme et en Anima. A ce titre il est un dieu majeur et précieux, particulière guérisseur dans un monde déjà entaché par les schémas patriarcaux de la période grecque.

Il n’est pas possible de conclure cette approche sans parler de l’essence même de la thématique. Il y a dans l’approche spirituelle dont je parle, un lien tenu entre la matière et l’âme, un lien sacré entre la chair et l’âme. Cela induit une expérience particulière de tous les actes qui mettent en œuvre la chair, c’est à dire sentir, goûter, écouter, ressentir, voir et bien évidemment, (il est question de Dionysos), la sexualité. Il est question d’extase, il est question de transe, quand toutes les dimensions sont réunies, la matière, l’esprit et l’âme. Cette expérience tant décrite dans les textes les plus anciens de Sumer ou dans les Chants de l’Inde à la déesse Kali, nous donne une clé pour la lecture de Dionysos. Ces expériences vibratoires qui jaillissent lors de connexions profondes entre la matière et l’âme ouvrent les portes des mystères et de la joie dionysiaques. Il ne suffit pas de s’enivrer, de se défoncer, de se faire vibrer à coups de butoir pour ressentir l’extase, Dionysos nous indique que nous devons y mettre du féminin, de l’âme, c’est l’âme qui donne la vibration ultime et la jonction la dimension sacrée : le Hierogamos. Hors de ce lien, de cette intention, le clivage s’installe et la folie meurtrière nous guette, ne serait ce que le meurtre de l’âme. L’âme esseulée se cloître, s’insurge et l’ombre, sans oxygène, explose de tous les maléfices. Les hystériques du XIXe siècle ne ressemblent-elles pas à des Ménades délirantes ? En acceptant de perdre la tête tout en sanctifiant l’expérience, en se laissant glisser dans la transe sous l’égide du dieu, dont il ne reste qu’un cœur après démembrement, alors nous pouvons faire l’expérience du sacré.  En acceptant de perde la tête, entreront dans la danse les deux grands Archétypes que sont Éros et Psyché …

[1] Vieux roi, dans le sens qui n’a pas été renouvelé, ne veut pas laisser sa place.

[2] Voir Figures symboliques du Féminin et du Masculin, S. Verchère M 2019, Du Cygne.

Marija Gimbutas… Marija Gimbutas was right

Quelle satisfaction de voir que certains se sont penchés sur les travaux de Marija Gimbutas sans à priori et avec sérieux, pour enfin lui donner raison. Oui il fut un temps matristique où les peuples vivaient autrement que par la guerre et le sang. Oui il fut un temps où des fils, oubliant leur Mère, apprirent à harnacher les chevaux, fabriquer des armes et s’approprier le vivant… Oui il fut un temps…
Demain … Demain je vais poser mes pieds sur le sol de New Grange,  je vais glisser mes semelles sur le sol des Temples de Malte… J’aurai une pensée, un fil de joie pour cette grande dame, qui a tant apporté.

MG texte

Vous trouverez le texte entier sur le site de Annine van der Meer

Aataensic Awenhai, partie 2 du mythe

MosaiCulture Gatineau 2018: Mother Earth, the Legend of Aataensic
MosaiCulture Gatineau

Première femme, première mère, première grand-mère sur terre

La plus ancienne version de la deuxième partie du mythe[1]
(voir première partie du mythe : Aataentsic Femme du Ciel))

L’histoire d’Aataensic ne s’arrête pas quand elle arrive sur le dos de la tortue et que les animaux remontent du fond de l’eau la première Terre…

Aataensic arriva sur le dos de la tortue enceinte d’une petite fille qu’elle appela Lynx (ou celle qui porte des fleurs). Sur ce qui était devenu Turtle Island elle construisit une maison longue (telle que les construisaient les Iroquois). Elles y vécurent heureuses et fusionnelles.

Lorsque Lynx fut en âge de procréer elle tomba enceinte du dieu du Vent du Nord..

Ses enfants furent deux paires de jumeaux. Deux filles, fille du Nord et fille du Sud. Et, deux garçons, garçon de l’Est et garçon de l’Ouest.

Épuisée Lynx mourut et fut inhumée sur Turtle Island où elle se transforma en terre féconde et nourricière : le « lait de la terre », le maïs, jaillit de ses seins, la courge de son nombril, les haricots de ses pieds. Ce sont ses trois autres enfants, trois filles sacrées. Dans certaines versions le tabac jaillit de sa tête.

La mort de Lynx affecta tellement Aataensic qu’elle sombra dans un chagrin profond. Pour attirer l’attention de leur grand-mère les enfants rivalisèrent entre-eux en agrémentant la Terre de forêts et d’animaux. Leurs créations étaient antagonistes, dès que l’un eut inventé les fraises, l’autre inventait la rose épineuse. Quand l’un produisit de paisibles animaux, l’autre créait les bêtes rugissantes. Pour finir l’un d’eux provoqua un âge de glace, menaçant toute vie. La Grand-Mère sortit de sa torpeur et demanda alors qu’il reste sage à l’intérieur d’une montagne où son frère l’enferma.

La vie repris son cours.

Devenue vieille La Déesse partit se retirer dans le monde souterrain et en partant créa la Voie Lactée, le « Chemin des Esprits » pour montrer à ses petits-enfants le chemin vers elle. Pour qu’ils puissent mesurer le temps elle plaça la lune dans le Ciel.

Son petit-fils de l’Ouest et sa petite fille du Nord vivaient avec elle sous les Rocky Mountains. Ils divertissaient les Esprits de la Terre des morts. Son petit-fils de l’Est et sa sœur du Sud hissèrent leur grand-mère jusqu’à la lune et, depuis, son visage y sourit. Eux trois divertissent les Esprits du Ciel des morts et Aataensic les renvoient afin qu’ils renaissent.

Voie lactée
La Voie Lactée

La version de cette partie du mythe n’est pas encore entravée par les censures catholiques et ne porte aucune trace d’une trame patriarcale. Son schéma très archaïque nous montre parfaitement celui que nous retrouvons dans les mythes les moins déviants de leur origine. Le Féminin descend du Ciel, s’incarne, puis descend dans le monde souterrain pour enfin remonter au Ciel. C’est bien le même schéma que nous avons dans le mythe irlandais de La Courtise d’Etaine, dans La Caverne Céleste du Japon d’Amaterasu. Mais plus archaïque encore, il ne montre pas de Masculin violent, violeur, guerrier, qui signe l’arrivée du patriarcat. Le Masculin est présent, mais il est « petit- fils », ce qui n’est pas sans rappeler le schéma archétypal de la Grande Déesse et de son fils-Amant, tout en exposant des caractéristiques encore plus anciennes : Lynx ne conçoit qu’avec le dieu du Vent du Nord. Le Masculin met en œuvre le monde crée par la grand-mère, il ranime la grand-mère, il hisse la grand-mère. La seule force qui meut l’ensemble c’est l’amour de la mère pour la fille, de la grand-mère pour les petits-enfants, des enfants pour leur mère et grand-mère. Pas de conquête, de volonté de possession, de « contrôle ». Ce mythe n’est pas naïf, il est archaïque, cosmique, à la source du monde. Il nous écrit la nature profonde du divin, le sacré de la Nature et du lien que nous avons avec « elle ». Il nous rappelle comment nous sommes à l’origine. Il est la Nature seule et notre Danse sacrée, Le Féminin créateur et nourricier, le Chemin qui est le sien dans son essence profonde, quand il peut agir sans diktas.

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Du coté des Archétypes féminins Aataensic couvre le spectre d’un bout à l’autre : fille, mère, grand-mère. Chute, descente, remontée[2], du Ciel à la Terre, de la Terre au Monde souterrain, du Monde souterrain au Ciel : Elle a accompli l’unification de la Terre et du Ciel. Et, surtout, elle joue le rôle de celle qui fait passer de la mort à la renaissance, cette fonction très caractéristique des Grandes Déesses, telle que Morrigu[3] ou Kali. Cette énergie particulière qui fait émerger la vie de la mort, comme Isis avec Osiris … Il y a aussi du Déméter… qui pleure sa fille. Nous n’avons pas le mythe original de Déméter, celui que nous connaissons est déjà passé par le prisme patriarcal, mais nous pouvons aisément imaginer combien la remontée de Koré/Perséphone devait être plus aisée et moins violente que celle que nous lui connaissons. Depuis Aataensic il a fallu « manger les pépins de grenade » qui n’ont pas la réputation d’être très agréables ! Et depuis les pépins de Grenade acidulés, le Féminin a avalé bien d’autres amertumes.

Mais la mythologie amérindienne nous dit aussi autre chose comme Heide Goettmer-Abendroth n’oublie pas de le mentionner (Et nous prendrons le temps de nous pencher sur cette particularité). Les « sociétés médecines[4] » amérindiennes travaillaient (travaillent encore) avec ces mythes, ce mythe chez les Iroquois. Cela nous donne une vision réelle de la pratique chamanique qui n’est pas détachée des mythes, des dieux, du religieux : « La croyance traditionnelle en la divinité de la féminité est aussi en train d’avoir de nouveau cours aujourd’hui et elle est particulièrement associée aux cérémonies des sociétés médecines de femmes. Le plus ancien et le plus puissant des esprits est la mère totale, dans tous ses aspects, en tant que fille, mère et grand-mère. Son nom iroquois est « Aetensic » ou « Awenhai »[5]… »

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J’aime profondément ce conte d’Aataensic, de cette Femme du Ciel, sans aucun doute parce que j’y trouve mon chemin, moi qui suis à l’âge des grands-mères : il couvre le cercle de ma vie de femme. Je l’aime aussi par sa beauté, sa vibration sauvage, sa forme cosmique, sa poésie…  J’y entends le bruissement des feuilles des arbres, le chuchotement des sources, le reflet de la lune et le cri des oiseaux. J’y sens l’humus de la terre, le terreau… J’y vois le soleil qui se lève et qui chute, tourne sa lourde tête dans le flanc des montagnes, puis revient à moi, dès l’aube…. Cette poésie touche l’âme car nous sommes de même nature que les feuilles des arbres, le chuchotement des sources, le soleil et la lune… de la poussière d’étoile…

 

 

 

[1] Après de nombreuses recherches sur les différentes versions proposées du mythe d’Aataensic, cette version est donnée par Heide Goettner-Abendrothqui tient ses sources de Barbara Alice Mann (Les sociétés matriarcales, Editions des femmes, 2019). Elle rejoint en de nombreux points les plus anciens mythes connus de la Grande Déesse des origines.

[2] Voir mon ouvrage Les Figures symboliques du Féminin et du Masculin, Du Cygne, 2019.

[3] Voir mon ouvrage La Femme dans la société celte, Du Cygne, 2014.

[4] Médecines mais avant tout spirituelles

[5] Heide Goettmer-Abendroth, Les sociétés matriarcales, Editions des femmes, 2019, p. 378.