Car, Femme, l’Histoire te ment

Car, Femme, l’Histoire te ment
Le livre qui réunit archéologie interdite et féminin sacré
Adelise Lapier
Editions Rêve de Femmes

Il existe des femmes qui cherchent au fond de leur tripes l’essence de leur réalité. Guerrières sans armes elles ont le courage de questionner leur ventre, leur cœur et leur âme. Otant toutes les fanfreluches et les petites lampes rouges[1] comme les tabliers de servantes autoritaires, elles farfouillent au plus profond de la Terre et du Sang, elles cherchent le réel. Le réel de l’incarnation.

Adelise Lapier est de celle-là.  Et, elle ne se contente pas de creuser, de chercher, de trouver, pour bien lever les voiles, elle va aussi confronter ses trésors aux réalités de la recherche.

Son ouvrage Car, Femme, l’Histoire te ment est brillant. C’est un lourd travail de confrontation entre Le Féminin et ce que l’Histoire et les croyances en ont fait.  Enlevant une à une les pelures de l’oignon elle vise le cœur. Car, oui, Femmes, l’Histoire nous ment, sur nos capacités, nos possibles, notre nature même.

Le regard a osé changer d’angle. Une autre vision se fait jour et c’est bien ce dont nous avons besoin, de regarder autrement, de déboulonner les héros conquérants et belliqueux, ceux qui nous ont fait croire que nous n’étions « que » des femmes. C’est-à-dire pas grand-chose, une bête de somme, un objet de plaisir. Le travail est sérieux, sourcé et l’écriture fluide, structurée.

Enfin je peux lire chez une autre que moi, qu’il y en a marre d’appeler les Femmes du Sacré, « Putains » de Babylone. Moi aussi, lorsque j’ai vu la flèche de Notre Dame en flamme, j’ai pensé à une libération, enfin le Phallus tyrannique tombait à terre. L’Animus phallocrate perdait-il ses prérogatives ?

Bien sûr que Ségognole[2] n’est pas une vulve accouchant[3], elle montre le féminin dans « ses eaux qui s’écoulent lors des orgasmes, une eau qui n’est libérée que lorsque la femme est gorgée de plaisir. » Et de désir.

Bien sûr aussi que les femmes s’isolaient lors de leurs menstrues pour prendre soin d’elles, entre elles et non pour quelques vilains tabous.

Oui, femmes, on nous a menti et il est temps de redresser la barre, oui celle aussi d’un phallus, non conquérant, mais compagnon, ce compagnon sans lequel nous « pouvons-nous perdre » et Adelise de rajouter avec pertinence que  « Le sexe heureux, c’est-à-dire l’harmonie du couple, est la plus grande perte des humains lorsqu’ils ont inventé les monothéismes. »

Des lieux sont étudiés, décortiqués à l’aube de ce nouveau regard, dont Françoise Gange fut sans doute la figure de proue. Ne nous privons pas, ne vous privez pas, de ce petit trésor, de cette possible réappropriation de l’Histoire qui est aussi notre histoire et le manteau de notre essence.


[1] Qui indiquaient les bordels

[2] https://sidovm.wordpress.com/2023/06/02/labri-de-segognole-une-vulve-sacree-lecture-imaginale/

[3] Le spécialiste qui a dit ça n’a jamais du voir un accouchement !

La Déesse bleue

JE 47710 – Musée Egyptien du Caire

Cette figurine de faïence bleue a été découverte dans la tombe d’un archer du Moyen-Empire d’Egypte c’est-à-dire entre – 2040 et – 1782.

Sa ressemblance avec les Vénus du Paléolithique et les figurines du Néolithique est stupéfiante.  Déjà par sa taille, haute de 13 cm et large de 5 cm[1]. Ses bras ont été cassés, cependant la posture droite et comme figée la font hautement ressembler aux figurines du néolithiques, les « nues, blanches, raides », trouvées auprès des tombes et semblant les garder, les accompagner dans un processus de métamorphose. Est-il alors surprenant de trouver de ces figurines égyptiennes dans les tombes, y compris dans celles de enfants ?

Son triangle pubien est lui aussi parfaitement marqué, tout comme nous pouvons l’observer sur de nombreuses figurines préhistoriques. Les losanges de ses cuisses ne sont pas non plus sans évoquer les gravures réalisées sur les féminins de la préhistoire. Triangles, losanges, points et croisés sont des constantes pour « la » signifier.

Notons aussi ses jambes collées et comme coupées rappelant toujours les Vénus préhistoriques aux jambes fuselées, avec souvent pas de pieds et tout autant les figurines néolithiques, dont les jambes tout aussi fuselées, semblaient pouvoir être plantées en terre. Ici il semble difficile de pouvoir la planter en terre, tout au mieux la poser. Sur le plan du symbole et si cette image apparaissait dans un rêve, elle nous parlerait d’un féminin qui émerge de terre, avec solidité, aux racines profondes, pointant vers un « à venir », dans l’attente d’une métamorphose, d’un déploiement, promettant les trônes[2] et les tours des cités sur la tête des déesses de la vie régénérée.

Dans le Catalogue officiel du Musée Egyptien du Caire, Mohamed Saleh et Hourig Sourouzian parlent d’elle : « Combinant les qualités de la poupée, la séduction de la danseuse nue tatouée, le bassin fertile des déesses de la fécondité qu’on vénérait dès la préhistoire, et enfin la couleur symbolisant l’éternel renouveau de la vie, ces petits objets incarnent le principe féminin destiné à réjouir et à régénérer le défunt ».

Si le rapprochement avec la préhistoire est, en effet, une évidence, la lecture semble embuée de projection contemporaine : elle n’a rien d’une danseuse et rien ne nous dit que les Anciens vénéraient le Féminin comme des « poupées », objet de séduction prêt à « réjouir » « le » défunt. Elles seraient des « concubines ». En effet cette lecture est très androcentrée, ce que n’était pas la préhistoire (osons le mot gynocentré) et pas totalement l’Egypte ancienne. Dans un monde qui n’a pas oublié le sacré du Féminin, elle ne peut être réduite au concubinage d’un mort, mais se trouve plutôt être la Gardienne et la Génératrice des métamorphoses, dont la mort. Au soutien de cette lecture vient se greffer le fait d’avoir trouvé nombre de ces figurines dans des tombes de fillettes qui par évidence n’ont pas de « concubines ».

In fine nous observons, toujours avec stupéfaction, ces sortes de colliers ou de bretelles qui ne sont pas sans faire échos à ce que nous voyons sur certaines Vénus préhistoriques.

Ici ce qui change c’est la finesses de la facture, la matière,  le visage assez clairement dessiné et le bleu. Mais que serait l’Egypte ancienne sans ce bleu ? Ça fait partie de sa beauté.

Les mythes, les symboles, et donc les objets symboliques ne sortent jamais du néant, ils n’arrivent pas comme ça un beau matin. Cet exemple est un exemple vivant de ce mécanisme d’héritage psychique et spirituel, plongeant ses racines profond dans l’héritage tout en le manifestant dans un ici et maintenant et nous le voyons dans cette figurine avec beaucoup de talent, de finesse et de tendresse.

Un culte au féminin, partout et très longtemps.


[1] Les Vénus et figurines mesurent entre 3 et 15 / 20 cm

[2] Voir Isis et Déméter ou Cybèle

Des migrations réelles et mythologiques en Irlande

De la colonisation de l’Europe par les Yamnayas et leurs descendants, la France ne parle que du bout des lèvres (Peut-être que ….) En Irlande, ce curseur n’est pas encore intégré dans leur dessin de la préhistoire. Et c’est très difficile dans la mesure où les mythes celtiques irlandais sont mis en scène dans les sites mégalithiques, les divinités celtiques évoluent sur les sites mégalithiques ; nous avons tendance à les amalgamer.  Or il ne s’agit pas du tout de la même époque. Les Celtes n’ont pas construit les mégalithes.

Cependant cela nous donne beaucoup d’indications sur la manière dont l’Horizon Yamnaya[1] s’est installé en Irlande : se rattachant à de très nombreux concepts antérieurs. Nous le voyons très clairement dans les mythes et dans le système de société (autonomie des femmes, religieux)

Les traces mégalithiques sont nombreuses en Irlande et la tradition celte en a intégré de nombreux concepts.

 Ce que l’Irlande a « gagné » de l’Horizon Yamnaya c’est la guerre, le culte du héros guerrier et le tripartisme. Le reste est à rattacher aux cultures antérieures.

(migration 1, l’arrivée des agriculteurs)
Lors de mon dernier voyage en Irlande je visitais l’Heritage Park. Il était bien expliqué que des peuples étaient arrivés par bateaux, emmenant avec eux les cochons, chèvres, moutons, chevaux, chiens….

J’imaginais donc des embarcations, qui ne ressemblaient certainement pas à celles que nous connaissons, porteuses de toute cette faune et de tout un ensemble d’humains, femmes et enfants compris. Ce devait être impressionnant de les voir débarquer. Nous référant aux travaux de Françoise Gange ne pouvons-nous y voir la symbolique de l’Arche de Noé, réalité historique (fuite devant les Yamnayas ?) transférée sur le mode mythologique, avec torsion et christianisation du mythe d’origine ?

Les migrations, l’Irlande les connait, bien, très bien et les mythes en sont un écho fidèle.
En particulier il est un moment question de l’arrivée de peuples venus d’Espagne. Or l’archéologie et l’ADN nous parle de migrations venues d’Ibérie, il y a quelques milliers d’années.
(migration 2, arrivée de l’Horizon Yamnaya).
Kristian Kristiansen nous en parle :

Images conférence Kristian Kristiansen

Ce que nous appelons la culture Campaniforme a pour origine l’Horizon Yamnaya ! Il faut donc lui accorder, en plus de ses pots, la guerre, les chefs de guerre, l’androcratie etc. Kristian Kristiansen nous explique que les peuples du Campaniforme ont migré le long de la coté Atlantique vers le Nord-Ouest de l’Europe. Que dans les terres ils se sont trouvés nez à nez avec ceux de la culture des Céramiques cordées (issue aussi de l’Horizon Yamnaya). Ils ont pris la mer vers les îles…. Ils venaient bien d’Ibérie….emportant avec eux la culture belliqueuse et guerrière des Yamnayas.

Les Celtes seraient un mélange de « Yamnayas » ayant largement intégré les anciennes cultures néolithiques mégalithiques….. A suivre ….


[1] Haarmann donne à la culture Yamnaya le nom d’Horizon car il ne s’agissait pas d’un seul peuple mais d’une communauté d’idées, de culture commune, guerrière, androcentrée, patriarcale.

Le Culte de la Grande Déesse des origines

Retrouver le chemin de la Déesse c’est savoir par où elle est passée, par quoi tout a commencé et comment. Nous verrons que le chemin se dessine clairement, des Esprits Femmes de la nature aux Déesses flamboyantes de l’antiquité.

La femme qui s’est mariée avec un ours : la première religion

Barbara Alice Mann et Kaarina Kail, The Woman Who Married the Bear : The Spirituality of the Ancient Foremothers

Encore un de ces livres magnifiques, improbables en français. C’est à croire que nous devons obligatoirement migrer vers le bilingue, et finir par, un jour, tous parler anglais. A croire aussi que le marché francophone ne vaut pas une tasse de thé, tournicotant qu’il se trouve, autour de son seul nombril, excluant toutes réflexions qui ne soient « scientifiquement » prouvées par des experts.

Et pourtant, ce livre est écrit pas des expertes.

Barbara Alice Mann (La brune)

Ecrivaine, historienne, ethnographe. D’origine Native (Seneca) elle est spécialiste de la tradition orale et éducatrice. Université de Toledo, Toledo. Elle a publié environ 500 articles et chapitres et quinze livres, dont Spirits of Breath : The Twinned Cosmos of Indigenous America et Iroquoian Women: The Gantowisas.

Kaarina Kailo (La blonde)

Précédemment été professeure d’études féminines à l’université d’Oulu, en Finlande, chercheuse principale à l’Académie finlandaise et a occupé divers postes à l’Institut Simone de Beauvoir, au Canada. Elle a publié plusieurs livres, anthologies et centaines d’articles sur l’économie du don, l’écoféminisme/mythologie, les traditions des ours, le folklore des femmes et la guérison par le sauna. Elle est également rédactrice en chef de Wo/men and Bears. The Gifts of Nature, Culture and Gender Revisited (2008).

La différence tient au fait qu’elles ouvrent larges leurs recherches, sans exclure les hypothèses, toutes les hypothèses.

Elles explorent le retournement des mythes, le passage du matristique au patriarcat, les incidences sur l’histoire et la pensée collective. Les origines de l’histoire, l’accent mis sur la femme et son époux ours, l’enfant, puis le glissement : la femme de l’ours mise en second plan derrière le chasseur.
Ces passages sont très importants, ils nous apprennent à relire les mythes, à renverser la vapeur d’une pensée patriarcale qui a tout chamboulé.

D’après elles le mythe de la femme qui épouse un ours est représentatif de la première religion, le contrat entre les humains et la nature véhiculé par les grand- mères.


Puis de l’Amérique du Nord à l’Eurasie indigènes elles détaillent les éléments mythiques et folkloriques qui étayent cette thèse.

C’est un véritable bain de jouvence, un retour aux sources et aux racines.

C’est pour moi une libération. Baignée des histoire de Jean de l’Ours dans mon enfance, avec cette lecture d’un féminin un peu dégueulasse parce qu’il couche avec un ours, j’y retrouve l’énergie sauvage de mon essence humaine et féminine. Le « contrat » passé avec la nature, l’osmose, la complicité. Le message des grand-mères et non celui des hommes omnipotents.

A la mode ancienne, non je ne présente pas « que mes livres », je parle aussi de ceux des autres, de ceux des femmes surtout, de ceux des sœurs. Je tente tant que faire se peut, de pratiquer la sororité qui manque à nos frontons.

A New Grange il n’y a pas que New Grange

Nous avons la fâcheuse habitude de citer 1 nom et de visiter 1 site et lorsque nous le visitons gardons notre attention sur l’exploit de construction, la beauté, le mystère. Une grande partie d’entre nous tente aussi de porter attention à ce que nous ressentons. Le site de Brú na Bóinne nous démontre que ce n’est pas la bonne lecture. 

Lorsque nous visitons un site, nous devrions « regarder » avec attention, le « où » et l’ensemble du « où ». 

Quand je débarquais à Carrowmore ou bien à Loughcrew en Irlande, les constructions m’ont semblées puissantes, magnifiques, incroyables, mystérieuses. Cependant c’est lorsque je pris conscience du « où », de l’autour et de l’environnement que je me suis sentie embarquée dans un autre monde, une autre dimension, un autre système de pensée. Assise près de Listoghil (Tombe 51), je remarquais le U formé par les montagnes environnantes, le cocon dans lequel se trouvait les tombes. Et surtout, je me sentais veillée de tout son regard par Maeve, placée plus haut, au-dessus, surplombant tout à Knocknarea. Par évidence les peuples de la Déesse savaient ce qu’ils faisaient en faisant là, en choisissant l’angle et l’orientation, toujours en phase avec le soleil.

A Loughcrew c’est tout aussi marquant. L’enfilade de sites sur plusieurs sommets, ne peut se saisir si l’on se contente de ne voir que le Cairn T, maison de la Cailleach  sise en haut, encore, toujours, trônant sur sa chaise et regardant l’horizon.

Il en est de même du côté de la Vallée du Brú na Bóinne. Nous ne parlons que de New Grange et lorsque nous avons la chance de le visiter, de sa grandeur et de sa beauté. C’est un fait, c’est beau, c’est grand, c’est mystérieux.

Cependant, nous le comprendrons bien différemment si nous regardons le « où », si nous regardons l’environnement dans ce « où ».  

Brú na Bóinne s’appelle aussi Bealach Bo Fionn, maison des fées de la rivière de la déesse vache blanche, demeures des divinités principales de la mythologie irlandaise, l’endroit où elles se manifestent. Le nom signifie littéralement « La maison des esprits ».

New Grange est connu pour être la demeure du dieu soleil, le Jeune Oengus, mais le lieu dans son ensemble est d’abord lié à la déesse Bo, Boan, composé de 3 cairns et non des moindres :  Newgrange, Knowth et Dowth.

  • New Grange est donc la célèbre Bru Meic in Oc, la maison du jeune dieu soleil (80 m de diamètre)
  • Knowth est Cnocha ou Cnocbo dédié à la déesse Bo (90 m de diamètre)
  • Dowth est Dubhad la maison de l’obscurité (85 m de diamètre).

Regardé dans son ensemble le lieu nous livre 3 monticules reliés à la naissance, la vie et la mort.

New Grange représente la renaissance du soleil à l’aube et nous savons comme il pénètre ses profondeurs au moment du lever du soleil au solstice d’hiver. Knowth de son côté est aligné sur les équinoxes, ce qui fait dire à Frank Roberts « un alignement du soleil au mi-point de sa course » et Dowth est aligné au soleil couchant du solstice.

C’est en prenant conscience de cet ensemble que nous pouvons rencontrer la pensée préhistorique des constructeurs de mégalithes. C’est à ce point là de regard que nous pouvons commencer à approcher leur conception du monde et de la vie, tournée et orientée vers cette osmose entre l’espace cosmique et l’humanité. Il ne s’agit pas ici d’un culte à une divinité suprême nous exhortant à la puissance ou à la soumission, un maitre de guerre ou un juge. Il ne s’agit même pas du seul culte au soleil, à la lumière, il n’y a pas que le « fils », que l’homme, mais une tentative d’alignement sur les mouvances cycliques du Cosmos, avec l’humain à la jonction, naissant, vivant puis mort, retournant dans les sombres mystères de Sa Mère Première.  

Parution de  » Autour de Marija »

Vous pouvez trouver l’ouvrage d’Erik Rodenborg « Autour de Marija » en suivant le lien ci-dessous.
Une étude de plus de 200 pages, analysant les thèses des détracteurs et des partisans de Marija Gimbutas. Un long travail de recherche. Une passionnante épopée. Que nous révèle l’archéologie, l’histoire, la symbolique des peuples anciens, à travers leurs Vénus, leurs figurines de femmes, leurs temples, les mégalithes… ? Cet ouvrage vous propose des réponses et vous permet des questions, dévoile un monde autre, une perception et une conception autre du monde, le monde de nos ancêtres.

Lien vers l’ouvrage