Aataentsic, Femme du Ciel

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Il y a très longtemps existait un endroit merveilleux appelé Monde du Ciel. Dans ce monde loin au-dessus des nuages vivait la grande nation des êtres du ciel connus comme les habitants du ciel. Ces êtres ressemblaient parfaitement aux humains mais leur corps était fait de lumière. Ils brillaient comme des étoiles.

Le Monde du Ciel était l’endroit le plus beau et le plus paisible de l’univers. Il était similaire au monde naturel dans lequel nous vivons aujourd’hui. Il y avait des arbres, des plantes, des montagnes et des vallées et toute sorte d’animaux, à quatre pattes ou ailés. Au milieu du Monde du Ciel poussait un majestueux arbre céleste. Cet arbre sacré brillait tellement qu’il illuminait entièrement le Monde du Ciel.

Toute les créatures vivaient en harmonie, elles s’aimaient et prenaient soin les unes des autres. De nombreuses familles vivaient en paix dans le Monde du Ciel et personne n’était jamais malade ou ne mourait.

Un jour  Fleur Étincelante, une très belle jeune fille, tomba brusquement malade. Sa famille s’inquiéta beaucoup et l’amena consulter le grand chef.

Le Grand Chef fit appel aux forces du Monde du Ciel pour prendre soin d’elle. Le Grand Chef tomba amoureux de sa beauté, la prit pour femme et rapidement elle attendit un enfant.

Une nuit, dans un rêve le Grand Chef fut visité par un Esprit. L’Esprit lui parla d’un monde qui existait sous le Monde du Ciel. Ce monde du dessous était recouvert d’une couche de nuages, entouré d’une mer et complètement dans l’obscurité. L’Esprit expliqua que la maladie de  Fleur Étincelante  était le signe qu’elle devait descendre dans ce monde inférieur.

Le grand chef dit tristement à sa femme qu’elle devait voyager jusqu’au monde noir loin dessous pour retrouver des forces. Obéissant au rêve ils écartèrent les racines de l’arbre céleste et Fleur Étincelante se plaça dans le trou du sol du Monde du Ciel.

Alors qu’elle passait à travers le trou la jeune femme s’accrocha aux racines du grand arbre puis commença à tomber. Elle flotta et pénétra dans l’obscurité du monde de l’eau où seuls des oiseaux et des créatures de l’eau pouvaient vivre.

Le trou dans le ciel jeta une raie de lumière qui illumina partiellement l’obscurité de l’eau sombre du Monde de l’Eau. Les animaux s’alarmèrent quand ils virent le ciel ouvert et ce rayon de lumière coupant l’obscurité. Alors qu’elle tombait la jeune femme entendit le son de l’air, le bruit des vagues et le chant des  oies.

Un groupe d’oies intriguées, s’approchèrent pour observer ce qui se passait et découvrirent la jeune femme enceinte tombant  du ciel. Elles l’appelèrent ainsi « femme du ciel »

Les animaux et les oiseaux se demandèrent où allait-elle chuter. Ils organisèrent un grand conseil des animaux et décidèrent de lui venir en aide. Les oies furent volontaires pour récupérer Femme du Ciel sur leurs ailes afin de stopper sa chute vertigineuse.  Faisant un grand cercle de leurs plumes elles avancèrent comme une couverture pour refréner la chute car il n’y avait aucun endroit où tomber.

Juste à ce moment-là une tortue géante émergea des profondeurs de la grande mer et permis que la Femme du Ciel fut déposée sur son dos.

Les oies la déposèrent gentiment et Femme du Ciel arriva saine et sauve sur le grand dos de la tortue. Mais le dos d’une tortue est un endroit inconfortable et non adapté pour qu’y survive Femme du Ciel. Les animaux décidèrent que l’un d’entre eux descendrait au plus profond de l’océan pour rapporter de la terre à mettre sur le dos de la tortue. Ce fut une nage difficile au plus profond de la terre.

D’abord ce fut un castor qui descendit mais il revint sans terre. Puis ce fut une loutre qui disparut dans l’océan dans un grand plongeon. Les autres attendirent avec anxiété  mais elle revint tout aussi bredouille.

Finalement ce fut un petit rat musqué qui plongea. Les autres attendirent longtemps. Juste au moment où ils désespéraient de son retour il apparut avec un bout de terre entre ses petites pattes. La motte de terre fut placée sur le dos de la tortue.

Pour remercier les animaux Femme du Ciel se mit à chanter et danser, étalant ainsi la terre sur le dos de la tortue. De ses mains, de ses doigts et de ses vêtements jaillirent des plantes, des racines et des graines qu’elle ramenait du Monde du Ciel.

Alors qu’elle continuait à étaler la terre sur le dos de la tortue elle finit par former une île. Le dos de la tortue devint sa maison. Sa maison devint l’Ile de la Tortue ainsi qu’elle s’appelle toujours au Canada.

Femme du Ciel donna naissance à une petite fille qu’elle appela Celle qui porte des Fleurs. Ensemble la mère et la fille  furent les premiers habitants de l’île de la Tortue.

Celle qui porte des Fleurs grandit avec tous les animaux devenus ses amis et ses gardiens. Ils prenaient soin d’elle alors qu’elle gambadait et qu’elle chantait joyeusement.

Celle qui porte des Fleurs était pleine d’énergie, toujours prête à courir et jouer, explorant à droite et à gauche. Elle devint rapidement une jeune fille qui embellissait le monde de sa belle voix chantante. Quand elle chantait elle allumait les étoiles. Cependant elle souhaitait aussi avoir un ami comme elle.

Un jour Tonnerre Brûlant que l’on connait sous le nom de Vent de l’Ouest entendit un son merveilleux alors qu’il traversait l’univers en créant des rafales de vent. Vent de l’Ouest entendait la voix enchanteresse de Celle qui porte des Fleurs et courut jusqu’à elle.

Le petit livre vert dans Ultreïa

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Chez moi c’est un peu ravitaillé par les corbeaux, et ça me plait. Mais quand il s’agit de trouver certaines choses, comme certaines publications, heureusement il y a le Net et la poste. C’est de cette manière que 4 fois l’an je reçois Ultreïa. Il arrive, et je me laisse éblouir par les photos, charmée par les textes. Celui du printemps 2016 ne faillit pas à son habitude : de merveilleux articles. Celui-là je l’attendais avec impatience pour ses voyages à Philae et en Mongolie chamanique en particulier. Et après quelques heures à m’y plonger avec ravissement, je terminai sur la page 221 où j’eus le plaisir (et l’honneur !) de découvrir mon petit livre vert : « Le Féminin solaire dans la mythologie ». Tout ce qui me parait important de l’ouvrage est là parfaitement résumé, ciblé, clair et c’est une joie toute subjective que de le voir parmi les feuillets où trônent les flamboyants Féminins de l’Egypte.

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Le fils caillot de sang : quand l’Homme nait de la Femme

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Il est des Histoires qui narrent la création de l’homme et de la femme d’une façon bien différente de celle que nous connaissons et qui tracent pour nous des situations que nous croyons indélébiles. Mais « dieu » n’a pas forcément créé l’homme avant la femme et les Peuples Premiers sont là pour nous le rappeler. Voici un conte Lakota qui nous propose une toute autre version, le conte du fils caillot de sang :

Au début la femme était seule sur cette terre qui venait d’être créée. Elle était d’une grande beauté et aucun homme ne l’avait encore touchée. Elle reçut la visite d’un esprit puissant originaire de la lune et qui portait en lui les ferments des générations. Il eut une telle influence sur elle, que, pour la première fois, elle commença à saigner comme une femme. Elle étancha le sang qui coulait entre ses cuisses à l’aide de mousse retenue par une peau de lapin. Sitôt que l’esprit quitta son corps et que le cycle naturel de la femme commença en elle, elle s’endormit. Le lendemain au réveil, elle ressentit une envie pressante d’uriner, retira sa couche de fortune et s’accroupit ; alors une goutte de sang tomba sur la terre. Mushtinchala, le lapin, qui passait par là, commence à jouer avec ce minuscule caillot, lui donnant la vie par ces coups de patte. A force d’être bringbalé de – ci de – là, la petite boule de sang prit forme et se transforma peu à peu ; apparurent d’abord de minuscules membres, une tête, suivis bientôt d’une paire d’yeux et d’un cœur. Alors le caillot commença à se mouvoir de façon autonome et à grandir jusqu’à devenir We Ota Wishasha, le Premier Homme.

Nonobstant le fait qu’il est clairement signifié que l’homme fut créé après la femme, qu’elle n’est pas faite de la côte d’Adam, mais que c’est Lui qui est fait du sang de la Dame, ce conte dévoile une autre lecture proche de celles qui peuvent être faites des déesses solaires et des dieux lunaires.kamakhya-goddess-temple-devi-r

Comme dans de très nombreux mythes archaïques la femme est là dès le début et comme toutes les déesses premières elle est « seule », perdue en quelque sorte dans ses rêves et ses attentes. Il est nécessaire que quelque chose se passe pour que la vie jaillisse. Ce quelque chose est, encore une fois, une énergie masculine et cette énergie masculine se trouve signifié par la lune, blessant (fécondant) la femme, comme dans de très nombreuses mythologies animistes. C’est cette blessure, cette fracture, cette coupure engendrée par « le » lune sur le féminin qui provoque la mise en marche du temps, de la vie, des cycles et … des menstrues. « La lecture des mythes abordant cette blessure génitale nous permet de comprendre la réalité de cet événement et de lui redonner le sens ׅ“sacré” de son essence. Si nous le lisons sous l’angle du féminin solaire, cela paraît encore plus évident. Il nous suffit pour cela de lire la lune comme masculin, celui qui met les cycles en mail_340x270.822053461_fem0rche. C’est lui qui naît, qui mature, et qui meurt. C’est bien ainsi qu’apparaissent de très nombreux héros mythiques. […] En conséquence, nous pouvons rattacher le cycle menstruel de la femme à l’effet que la lune a sur lui, et non pas l’identifier à la lune 1 » …

Quant à ce lapin, (qui souvent est un lièvre), lié à la divinité Terre – Mère, « au symbolisme des eaux fécondantes et régénératrices de la végétation, du renouveau perpétuel de la vie sous toutes ses formes » 2, il est tellement célèbre auprès des divines que nous le rencontrons jusque sous les jupes de la déesse celte Bouddica. Il est dit lunaire, parce qu’il dort le jour et gambade la nuit …. Mais peut-être danse-t-il car il sait ce que va engendrer Le Lune …. Peut -être ne danse-t-il pas vraiment, mais joue avec les caillots de sang de la déesse rependus sur les champs endormis ?

1) Le Féminin Solaire dans la mythologie

2) Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, 1982, p.571

Féminin solaire dans la mythologie Innus

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A propos d’un frère amoureux de sa sœur un mythe Naskapi (Montagnais – Innus, Canada) raconte que :  « Celle – ci honteuse d’avoir suscité une telle passion, trouva la route conduisant au refuge céleste grâce à une torche ; son frère la suivit avec une torche semblable. Avec une flamme haute et brillante la jeune fille devint l’astre solaire mais le garçon constatant que sa torche n’était plus qu’un simple tison ne put qu’éclairer les ténèbres nocturnes. Et le mythe précise que “ lorsque la jeune femme s’apitoie sur le sort de son frère, elle le nourrit ; mais lorsqu’elle est furieuse contre lui, elle le laisse jeûner ” c’est ainsi que chaque moi la lune croit et décroit. »

 

Béatrice Kasbarian-Briscout, Les Amérindiens du Québec, Les héritiers de la Terre-Mère, L’Harmattan, 2003

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