Scène du puits, Lascaux, lecture imaginale

Grotte de Lascaux, Scène du puits © N. Aujoulat – Centre national de préhistoire – Ministère de la Culture

L’exposition 2023 « Arts et Préhistoire » nous partage cette image accompagnée de ce post :

« Peint sur les parois de la grotte de Lascaux, cet ensemble d’images est l’un des rares de tout l’art paléolithique à avoir été considéré comme une « scène ». On y voit un homme étendu entouré d’animaux. Que signifie cette image ?

Pour certains, il s’agit simplement d’un accident de chasse ou d’un voyage chamanique. D’autres y voient plutôt une représentation symbolique. Elle porterait une vision sexualisée du monde ou signalerait l’arrivée près d’un puits, une zone dangereuse où l’on risque de s’intoxiquer par accumulation de gaz carbonique.

Et qu’en est-il des animaux autour de l’homme ? S’agit-il d’animaux totémiques ou sont-ils les protagonistes d’un rêve animalier ? Les interprétations sont nombreuses mais elles font l’impasse sur un détail : le rhinocéros se distingue du reste de la composition. Elles oublient aussi qu’un cheval avait partiellement été dessiné sur la paroi d’en face. »

En tant que première scène connue représentée sur une paroi préhistorique, cet élément mérite que l’on y apporte grande attention. En effet, elle peut vouloir dire tellement de choses, y compris représenter par un simple dessin une scène vécue, une simple situation. Mais que se passe t’il si nous la regardons comme une production psychique projetée sur la pierre, une sorte de rêve éveillé, une inspiration induite par l’inconscient, un rêve, un schéma mythique et archétypal ?

Sur le plan de l’observation nous voyons un taureau dont les cornes sont comme penchées vers un homme allongé. Ce taureau possède des sortes de grosses poches sous le ventre. Des testicules ? L’homme est allongé, comme mort mais il est ithyphallique. Il est nu et comme sans défense. Devant se trouve un petit oiseau, qui n’est pas un charognard, ni un oiseau de proie, posé sur un bâton bien droit. Il semble y avoir 2 flèches, dont une partant du cul du taureau dirigée vers le bas, une autre remontant. Plus loin, devant, derrière ? un rhinocéros avec la queue dans une étrange position, comme s’il déféquait. Le post fait mention d’un cheval, en face, que nous ne voyons pas.

Sur le plan des associations nous pouvons avancer que le taureau s’associe à la force et à la puissance masculine, à sa puissance de reproduction, sexuelle. Ses cornes sont tournées vers l’homme comme s’il l’avait lui-même mis dans cette situation ou comme s’il le regardait avec compassion. Ses poches ressemblent à deux gros testicules et confirmeraient l’association avec la puissance sexuelle et procréatrice.

L’homme est nu, nu comme un ver, sans fards, totalement lui-même dans son essence première. Tout en semblant mort son sexe est en érection. L’image semble relier l’essence de l’être, authentique (nu) mort et en même temps très vivant et désirant, une sorte de puissance de vie, dans la mort. Le sexe en érection fait écho aux cornes du taureau, tendues, pointues, dirigées.  Les flèches semblent indiquer un mouvement descendant puis ascendant, une courbe « raide » un mouvement de l’ordre des fonctions masculines (percée, pénétration, direction) avec ici une dynamique de descendre (mourir) puis remonter (renaître)

L’oiseau est assez étrange dans ce contexte. Il s’agit d’un petit oiseau chanteur pour le différencier des charognards et des oiseaux de proie avec donc une notion de vie, de joie de vivre, avec la sensation d’appartenance au ciel, aux idées, aux éléments psychiques vivants dans la psyché. Le fait qu’il soit sur un bâton est encore plus étrange, ces oiseaux ne se posent que rarement de cette manière. Le bâton est assez phallique, masculin, comme s’il ancrait, donnait le pouvoir d’action.

Le rhinocéros est encore plus étrange, il part, ou il devance, ou bien est la conséquence. A-t-il quelque chose à voir avec l’ensemble ? Est-il en train de déféquer ? Dans quel cas il libère ses déchets, aboutit sa digestion, se libère, change de plan.

Nous ne voyons pas le cheval donc nous ne savons pas à quoi il ressemble mais nous savons qu’il est « en face ».

Sur le plan des amplifications cela devient très surprenant. Le taureau est lié aux cornes lunaires masculines des croyances les plus anciennes. Ce taureau comme la lune est sujet à mort et renaissance, de manière à régénérer la vie. Les dieux archaïques taureaux sont légion et parmi eux se trouve Osiris. Est-il besoin d’aller plus loin dans le détail quand nous avons sous les yeux un homme à la fois mort et vivant, mort tout en ayant le phallus en érection accompagné d’un oiseau actif ? Se pourrait-il que nous ayons sous les yeux la première représentation d’un schéma que nous connaissons bien, très bien, celui d’Isis oiseau sur le phallus dressé d’un Osiris, dieu Lune, mort et renaissant dans la mort ? Se pourrait-il que ce soit là une production « imaginale » (non imaginaire) de cet archétype majeur de la saga osirienne ? Le rhinocéros ne venant que confirmer ce fait d’un masculin renaissant « autre » et délesté des scories ? Le cheval, force féminine très présente dans les mythologies du monde entier, comme « pendant » à la geste masculine, « en face de » ?

Je vous laisse avec les Images.  Que voyez – vous ? Qu’intégrez-vous ?

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